Il pleut. On est de rentré de vacances hier soir. Pourtant, l’école, ce n’est pas tout de suite. On avait encore le temps. Maman nous habille avec de belles robes blanches, des socquettes et des chaussures vernies. J’ai un peu mal au pied, mais les robes sont si jolies. Je me souviens, maman les a achetées avant les vacances. Je me demandais bien quand on allait les mettre.

Nous prenons la voiture. Il pleut toujours. Maman chantonne, papa conduit. A un moment, il dit : « Mariage pluvieux, mariage heureux. » Je ne comprends pas trop de quoi il parle.
Il gare la voiture dans un endroit que je ne connais pas. Je me demande ce qu’on fait là. Il ne pleut plus, ou alors plus beaucoup. Maman nous dit de faire attention à ne pas nous salir. Il y a une église et c’est vers elle qu’on se dirige. Même papa. Pourtant, il dit toujours qu’il boufferait du curé le matin, le midi et le soir. Ça me fait rire. Je ne comprends pas trop ce que cela veut dire. Mais j’imagine papa en train de manger un curé. Drôle d’idée.

Et puis je vois mon papi, ma mamie et ma tatie. Qu’est-ce qu’elle est belle ! Elle a une grande robe toute blanche, avec un voile qui traîne par terre. Maman m’explique : « Aujourd’hui, ta tante se marie. Toi et ta sœur, vous êtes les demoiselles d’honneur. C’est vous qui accompagnez la mariée jusqu’à l’autel. » Je ne comprends pas trop ce qu’elle dit. Mes parents, le jour de leurs noces, ils n’étaient pas habillés comme ça. Maman avait une robe verte, et papa un costume clair. C’était joli aussi. Mais ça ne faisait pas princesse, comme ma tante. Qu’est-ce que j’aimerais avoir une robe comme ça. C’est tellement beau. Les mariages, quand même, j’aime bien, parce que tout le monde est élégant.

Ma mamie se tourne vers nous. Elle dit : « Ah, vous voilà ! » sur le petit ton sec qu’elle a toujours quand on arrive. Il paraît qu’on est toujours en retard. Maman rit. Elle est belle maman, elle est de bonne humeur. Mamie organise le cortège. Les enfants devant : ma petite sœur, mon cousin Olivier, et moi. Puis derrière, une autre fille, que je ne connais pas et un petit garçon qui est habillé comme Olivier. Nous avons tous des gants blancs. C’est la première fois que j’en mets. Ce n’est pas facile à enfiler, pas comme les moufles. Mais c’est joli !

Ma tante et mon grand-père viennent ensuite. Je tire la main de ma mère : « Dis, Sylvie, elle ne va pas se marier avec Papi quand même.
– Non, mais c’est toujours le papa qui emmène sa fille à l’église pour la donner ensuite à son mari. »

Maman me pose une couronne de fleur en tissu sur la tête. Je voudrais avoir une glace pour me voir… Mais une question me trotte dans la tête. Donner sa fille, c’est une drôle d’idée. Ce n’est pas un animal quand même.

On entre dans l’église. La musique se met à jouer. Maman m’a dit de faire attention, j’ouvre la marche, j’ai un rôle important à jouer. Ce n’est pas le moment de s’amuser. Alors je me concentre. En même temps, j’ouvre de grands yeux : il y a des fleurs partout et au bout de l’allée, un monsieur avec une robe blanche et or qui nous attend. Le curé. C’est lui que papa veut manger ? C’est vraiment idiot. Je suis très très impressionnée. Je serre mon bouquet de fleur dans la main, de toutes mes forces. Je tiens le bras d’Olivier, comme si c’était moi la mariée. Sauf que de l’autre côté, il y a ma petite sœur. Je suis là, mais en même temps, j’ai l’impression d’être quelqu’un d’autre. De regarder tout ça de loin, ou à travers les yeux que quelqu’un d’autres. Papa filme. Un monsieur prend des photos. Il y a des flashs partout.

Et puis voilà, nous sommes arrivés au fond de l’église. Maman nous fait signe de la rejoindre. Papa, lui, continue de filmer. Devant le monsieur en robe, il y a maintenant ma tante et son fiancé. Le curé parle, beaucoup, longtemps. Je m’ennuie un peu. Beaucoup. Je compte les carreaux sous ma chaise. Ma sœur s’agite, me fait des grimaces. Elle a envie de jouer. Mais je ne veux pas me faire gronder par maman. Je reste sage. Et puis je n’ai pas envie de jouer avec elle.

Enfin, le curé parle à ma tante et son fiancé. Ils lui répondent. Ils échangent des bagues. Le curé dit encore quelques mots et c’est fini. Les mariés s’embrassent. Tout le monde à l’air content.
Moi, je ne sais pas. J’étais ailleurs. J’aurais aimé rester plus longtemps en vacances, la bas, à la campagne…

Ceci est ma participation à la deuxième session du Dyptique d’Akynou (mon jeu quoi…) version : racontez une histoire à partir d’une photo.

1. Le mardi 25 octobre 2005, 15:48 par luciole

Déjà ouf, ton ordi est sauf apparamment… Et bravo, pour le texte ;-))

2. Le mardi 25 octobre 2005, 19:03 par Moukmouk

Ce que tu écris bien… et dire qu’on aurait pu perdre un truc possible à cause d’une machine…

3. Le mercredi 26 octobre 2005, 07:52 par julia

Ce texte, j’étais en train d’écrire quasiment le même parce qu’en voyant la photo, j’ai cru nous voir ma soeur et moi en 1960 au mariage de mon oncle. C’était pas une église mais une synagogue. Et c’était à Alger. Bon, peut-être que je le finirai quand même en essayant de ne pas penser trop à celui-là…

4. Le mercredi 26 octobre 2005, 11:42 par akynou/racontars

Julia, ne t’occupe pas de moi, écris :-)

5. Le mercredi 26 octobre 2005, 16:07 par Shaggoo

J’espère n’avoir pas jeter un voile trop sombre sur la bonne humeur générale!
Mais bon ce personnage – ce Lucien… – je l’ai vu, instantanément, comme je le décris.

6. Le mercredi 26 octobre 2005, 16:55 par akynou/racontars

Ah mais c’est le jeu ! Chacun raconte ce qu’il voit. D’autant que personne, ou presque, ne connaît le véritable contexte de la photo. Qui n’a, de plus, aucune importance.

7. Le jeudi 27 octobre 2005, 09:41 par andrem

Moi aussi je va jouer, mais Shagoo il m’a pris mon idée que je ne savais même pas encore que c’était mon idée.

Alors je dois repartir de zéro, si vous croyez que c’est facile.

Je sens que je vais un peu tricher, et chercher un vieux grimoire à recopier.

8. Le jeudi 27 octobre 2005, 10:01 par andrem

Voilà, je l’ai trouvé; le grimoire. Alors j’ai recopié sur mon bloghumeur.

C’est ma participation au jeu d’Akynou, un texte sur la photo. Le billet s’intitule « les deux mariages ».