Je crois que je vais laisser tomber ce jeu. Jusqu’ici, j’ai deux réponses, une que j’ai déjà publiée, l’autre, de Julio, qui est hors sujet car lui, il l’accepte le job. C’était un petit peu compliqué sans doute à réaliser. Trop de contraintes. Et puis de toute façon, j’ai d’autres chats à fouetter.

Je vais sans doute être obligée de recommencer une VAE, ailleurs. Rien que d’y penser, j’en ai des nausées. Me replonger dans la paperasse, devoir refaire un projet, tout ça… je n’ai pas envie. Je n’ai pas le choix.

L’appel pour le divorce a été interjeté. On me demande de fournir dans un délai assez bref tout une série de documents, pour certains simples à trouver, pour d’autre, je ne sais pas… Comme le titre de propriété, un état hypothécaire de moins de trois mois, le relevé cadastral ainsi qu’un évaluation du bien concerné. Je n’ai pas de bien. Juste une voiture. Il y a bien une maison, en Guadeloupe, pas terminée de construire, il manque le toit, l’électricité, la plomberie. Mais ce qui est déjà réalisé, c’est moi qui l’ai payé. Elle est située sur un terrain appartenant au père de mon ex. Mais le relevé cadastral n’est pas à jour puisqu’il donne comme propriétaire le grand-père décédé il y a de nombreuses années.  Je ne vois pas bien comment je vais pouvoir obtenir ces éléments, à moins de payer un notaire et un géomètre, que je ne pourrais pas choisir puisque je suis loin, pour faire un boulot dont je ne suis pas sûre du résultat.

Je dois également prouver que je n’ai pas participé à une émission qui s’est arrêtée, il y a déjà quelques années. Je ne sais même pas comment faire. Et dont le producteur a fait la une des journaux récemment et doit donc avoir d’autres chats à fouetter.

Tout ceci me mine, parce que je n’arrive pas à tourner la page. A chaque fois que je crois m’en sortir enfin, pouvoir passer à autre chose, on me ramène de force à ces deux années de galère qui ont bouleversé ma vie. A quoi cela sert-il de rebondir si continuellement on vous rappelle combien votre situation est précaire et fragile ce que vous avez réussi à construire, ou reconstruire. Et puis j’ai peur, aussi. Peur de me retrouver sans emploi dans trois ans. Peur de voire écorner ce que j’ai réussi à sauver. Peur de ne pouvoir assurer. J’ai avancé comme une folle pendant si longtemps. Pas d’état d’âme, il fallait sortir de la nasse et protéger les enfants. C’est maintenant que le plus dur est fait que je souffre le plus. J’en parle peu car j’ai horreur de m’apitoyer sur moi-même. Alors je râle, je gueule, je m’emporte souvent contre les filles. Mais je n’avance pas. J’ai même parfois l’impression de m’enfoncer.

Je n’ai pas encore réussi à me remettre à mes cours. Ils commencent dans un peu plus d’une semaine. Et je n’arrive plus à faire de billets, à m’intéresser vraiment à ce qui se passe dehors, à aller donner un coup de main. Si, j’ai été à la manif du 7, pas celle du 4 (mais j’ai un billet d’excuse).

Si au moins l’environnement nous portait vers l’espoir. Mais entre les Roms, l’affaire Woerth, la loi sur les retraites, l’ambiance est à la fin de règne et ce n’est pas joli joli… La concurrence entre certains ministres pour la place du premier d’entre eux fait que certains se lâchent sur tout et surtout sur n’importe quoi. Des lois passent qui sont autant de mesures électoralistes et inefficaces mais qui enfonceront durablement les plus pauvres d’entre nous dans la merde. Car, si au niveau des idées, de l’humanisme, nous fonçons droit dans le mur (en passant, merci Tarquine pour ce billet), économiquement, il en va de même. La crise n’a eu aucun effet sur nos dirigeants. C’est vrai ailleurs, mais chez nous, c’est au point qu’au lieu de sauver et de revivifier ce qui pourrait peut-être nous aider à nous en sortir, on continue à suivre aveuglément les agences de notation, le FMI, et les thèses ultralibérales. Alors que ce sont elles qui ont provoqué la crise économique dans laquelle nous nous débattons. Même les économistes commencent à s’inquiéter. Tapie toucherait 220 millions d’euros, une somme si astronomique qu’on n’arrive même pas à y penser. Le bouclier fiscal redonne 679 millions d’euros pour un peu plus de 18000 personnes. Il ne faut pas croire que ce sont surtout les propriétaires de gros biens aux revenus modestes qui en ont le plus profité : « 1169 Français très bien lotis. Avec des revenus annuels de plus de 43 000 € et un patrimoine supérieur à 16 millions d’euros, ils se sont partagés pas moins de 423 millions d’euros, soit plus de 362 000 € par foyer fiscal. » Le petit papier que je vous mets en lien, bien qu’écrit avec les pieds, est à cet égard assez éclairant.

Je suis en colère, perpétuellement, dès que je regarde une info. Contre son contenu et, souvent aussi, hélas, par la façon dont elle est délivrée. Qui, dans les grands médias populaires, a réalisé une vraie enquête de terrain sur la situation des gens du voyage. Leurs vies de tous les jours, le non-droit les contraintes, les brimades. Enquête qui aurait peut-être aidé à faire comprendre l’explosion de Saint-Aignan cet été. Ce sentiment que ces citoyens français ont d’être autres, étrangers, inférieurs, traités différemment… Qui a relevé l’amalgame nauséeux du gouvernement entre gens du voyage et les Roms après cette même affaire. Jusqu’à ce journaliste du journal de la mi journée sur une radio nationale voulant à tout prix faire admettre au président de La vie du voyage, James Dubois, représentant ceux qui, à Bordeaux, manifestaient, qu’il était comme les Roms. Agacé que l’autre se défende mordicus en disant qu’il était français, que Dubois, comme nom de famille, c’était difficile de faire plus hexagonal, et que Roms et voyageurs étaient deux entités bien distinctes, le journaliste lui a coupé la parole, puis le micro, et a continué à pérorer. Juste une phrase, mais terrible : Ils voyagent, donc ils sont au moins des descendants des Roms, Romanichels, Gitans arrivés dans le pays il y a longtemps. Même mode de vie, donc ils sont les mêmes. C’était tellement outrancier, tellement inepte… Pourquoi personne n’a relevé ça ?

C’était dans l’air du temps, sans doute. Le discours de Sakozy à Grenoble avait fait le lien le premier. On ne pouvait pas le contredire. Il fallait faire la jonction pour pouvoir développer cette pseudo politique sécuritaire, expulser des familles manu militari, des Roms de préférence. Faire du chiffre, du chiffre et encore du chiffre. C’est tellement facile de faire dire n’importe quoi aux chiffres et de faire passer l’échec d’un gouvernement à gérer sainement son pays pour une réussite. A la fin de l’année, les ministres pourront expliquer qu’ils sont contents, ils auront accompli leur mission avec succès. Le nombre d’expulsés n’aura jamais été aussi grand. Comme s’ils gouvernaient pour cela, comme si c’est pour cela qu’ils ont été élus.

La politique sécuritaire est une des plaies de la fin du XXe siècle et du début du XXIe. Elle tente de nous faire croire que NOTRE problème le plus important, c’est la délinquance, qu’il faut bouter l’étranger, forcément dangereux hors de notre territoire, et jeter le crève la faim en prison. En inventant toujours de nouveaux délits. Les bourses n’ont jamais été aussi plates ni les prisons aussi remplies…

Oui, nous avons besoin de sécurité. Mais pas celle-là. Nous avons besoin d’avoir la sécurité alimentaire, en arrêtant de faire la part belle aux gros distributeurs qui nous vendent de la merde, cher, en affamant les agriculteurs. Mais aussi, celle plus basique qui nous permet de nous nourrir, nous et nos enfants, tous les jours. Et même deux fois par jour. Faut-il rappeler que 2,5 millions de Français ont recours à l’aide alimentaire ?

La sécurité de l’emploi, également. Quand on cessera de faire confiance au Medef pour mener une politique de l’emploi en France, on arrivera peut-être à faire quelques progrès. En attendant, l’amélioration, infime, des chiffres du chômage cet été n’est due qu’à un jeu d’écriture, la balance entre les gens que l’on radie dès pour peu qu’ils n’aient pas répondu à un coup de téléphone et à une convocation. Ou qu’ils aient eu l’outrecuidance de refuser un emploi trop loin de chez eux, pas assez rémunéré. Un emploi de trois heures par exemple, alors qu’ils en auraient quatre de transports pour s’y rendre, et les coûts qui vont avec. Il faut lire, ou relire, Florence Aubenas et son Quai de Ouistreham

Quant au retraite, on veut nous faire partir plus tard. Combien y a-t-il de chômeurs longue durée en France de plus de 50 ans ? Demander aux gens de partir plus tard quand on n’a pas de boulot à leur proposer, est-ce que ce ne serait pas se foutre de la gueule du monde ? Il faut sauver notre système de retraite, nous dit-on d’un ton docte. Ou avec celui du gentil qui explique un truc compliqué à un débile profond… Mais est-ce qu’une vraie lutte contre le chômage (et pas contre les chômeurs), un travail de terrain, en profondeur, pour recréer de l’emploi ne serait pas le moyen le plus sûr pour le sauver, ce système ? Parce que lorsqu’il n’y aura plus de retraités, je ne vois pas bien ce qu’il restera encore à sauver.

La sécurité du logement, aussi. Parce que avoir un toit décent au dessus de la tête, c’est un droit fondamental. Comment faire, quand on gagne entre 500 et 600 euros par mois pour pouvoir se loger quand on habite en région parisienne ? Le plus grand bassin d’emploi. Quand le prix des logements publics s’alignent sur ceux du privés. Les plus pauvres n’ont pas accès aux HLM, sauf à ce que celui-ci soit très largement subventionné par les pouvoirs publics. Cependant, les allocations logements, comme les autres d’ailleurs, fondent comme neige au soleil. La mienne en quelques années, alors que ma situation financière n’a pas bougé, est passé d’environ 120 euros par mois à à peine un peu plus de 20. Mes loyers, eux, ont régulièrement augmenté. Bien plus que mon salaire. Je m’en sors, mais comment font les autres. Les classes moyennes n’ont plus les moyens d’accéder aux logements publics non HLM. A chaque changement de locataire, les tarifs font la culbute. Et l’ont vous dit : désolé, vous ne gagnez pas assez.

La sécurité de l’instruction, aussi. Non, la rentrée ne s’est pas bien passée. Non tout ne va pas bien dans nos écoles. Et c’est logique. A force de supprimer des postes et des postes et des postes, on finit par avoir des trous dans le maillage.

La sécurité, oui, j’en rêve. Mais ce n’est pas avec ce gouvernement que mon rêve va devenir réalité.

En résumé, être déprimé, ce n’est déjà pas gai. Mais dans la période actuel, il y a de quoi se supprimer. Tiens, pour finir sur une bonne nouvelles, vous avez vu que les suicides à France Telecom on repris ?