Cela fait une semaine que je replonge dans mon dossier médical, ce que j’avais assez peu fait jusque là. Lors d’un de mes premiers voyages en Guadeloupe, un an après le cyclone Hugo, j’avais demandé à un ami comment il l’avait vécu. Il a refusé de me répondre. Il a juste dit : « L’avoir vécu, ça suffit. Je n’ai pas envie d’en parler. »
Mon cancer, ça a été longtemps pareil. A la naissance des blogs, j’en ai lu quelques uns de femmes qui racontaient leur vie de cancéreuse. Je me souviens particulièrement de celui d’une journaliste de Libération. C’était merveilleusement écrit, drôle, émouvant Jamais larmoyant. Une femme en lutte dans sa vie quotidienne. Et puis il y a eu le silence. Et puis un billet annonçant son décès.
Je ne voulais pas écrire le énième blog qui aurait décrit un cancer au jour le jour. Je ne voulais ni écrire, ni lire, ni en parler. Je n’ai pas pu ouvrir le magazine Rose, sauf pour un article sur la reconstruction mammaire. Je n’ai jamais participé à Octobre Rose. Ça m’énervait même cette journée qui est pourtant très utile pour sensibiliser les femmes à la prévention. Oui, il faut faire les mammographies dès qu’on les propose. Cela sauve des vies. Mais il s’agit juste de prendre le cancer de vitesse. Une vraie prévention devrait aussi poser la question des causes. Il n’y a pas de fatalité aux mutations de nos cellules. Et puis encore du rose pour les femmes… Ça va ! Je suis plus Cancer colère qu’Octobre rose. Il faut quand même voir les statistiques des atteintes de la maladie quelle qu’elle soit et la courbe des âges.
J’ai été voir celles de l’institut national du cancer, l’édition anniversaire de 2025 car elle montre l’évolution sur vingt ans (2003 – 2023). Et celle de 2026 qui porte sur les chiffres de 2023 (le cancer étant une maladie longue, contrairement à la grippe, au Covid19, etc., il faut plus de recul pour traiter les chiffres).
Sur le premier schéma, on constate que les hommes sont plus atteints que les femmes. Et que cette différence baisse très peu. Cependant, quand le taux d’incidence baisse chez les hommes, il augmente chez les femmes.
Le taux d’incidence représente le nombre de nouveaux cas rapporté à la population dont sont issus les cas pendant cette même période. Il est souvent calculé en divisant le nombre de cas survenus dans l’année par la taille de la population observée en milieu d’année. Il s’exprime en nombre de personnes pour 100 000 personnes-années.
Le deuxième schéma indique les localisations les plus fréquentes liées au décès et comment évolue leur taux de mortalité.
Le document précise qu’entre 2003 et 2023, toutes localisations confondues, le nombre de nouveaux cas de cancers a été multiplié par 1,4. Cela correspond à une augmentation de 43 % chez les femmes et de 34 % chez les hommes. Le recul chez les hommes porte surtout sur les cancers de la prostate, du poumon, et une stabilité pour les cancers colorectaux. Les cancers du pancréas voient leur incidence augmenter chez les femmes comme chez les hommes. L’incidence de ce dernier cancer ainsi que celle du cancer du poumon est encore préoccupante chez les femmes. On peut toujours se poser la question de savoir si les femmes sont aussi bien soignées que les hommes, si les traitements sont adaptés à leur genre.
Troisième tableau, évolution des taux de mortalité chez les hommes et chez les femmes.
Je précise juste que que VAM du TSM signifie : variation annuelle moyenne d’un taux d’incidence (ou de mortalité) standardisé sur la population mondiale.
Par ailleurs, le document de 2026 précise : « Si les cancers chez les AJA (adolescents et jeunes adultes ) restent rares avec une incidence beaucoup moins élevée que chez les plus de 60 ans, l’étude montre que l’incidence de l’ensemble des cancers a augmenté de 1,62 % par an entre 2000 et 2014, puis baissé de 0,79 % par an entre 2015 et 2020. L’incidence de six cancers est en hausse : lymphomes de Hodgkin, glioblastomes, liposarcomes, carcinomes colorectaux, carcinomes du sein et carcinomes du rein. Ces résultats appellent de nouvelles études pour mieux identifier les facteurs de risque sous-jacents responsables de ces tendances afin de promouvoir ou de renforcer la prévention chez les AJA »
Il serait temps, oui, de faire de nouvelles études. Sur l’environnement de ces jeunes notamment.
Un peu plus loin, le document explique que près de la moitié de ces cancers pourraient être évités.
Si la moitié des cancers sont évitables c’est que l’autre la moitié ne sont pas évitables. Quelles en sont les causes ? Quelle type de cancer ? Et pour les évitables avec causes identifiées, est-on sûr qu’elles sont seules en cause ? Untel est effectivement fumeur, et depuis longtemps. Mais a-t-on fait une étude de son environnement, de la pollution ?
Concernant l’alimentation déséquilibrée, a-t-on mesuré l’incidence de la nourriture ultratransformée, des produits que nous sert l’industrie agroalimentaire ? Et étudié le niveau social des personnes touchées par ce type de maladie ? En clair, tous les cancers touchent-ils de la même façon toutes les catégories sociales ? On nous sert régulièrement tout une liste d’éléments qui seraient cancérogènes. Pourquoi ne les retrouve-t-on pas ici ? Font-ils partie des causes inévitables ?
Je ne parle pas de mon cas particulièrement. J’ai pris la pilule pendant une vingtaine d’année, Je ne me suis pas toujours nourrie avec de bons produits quand je vivais à Paris (le bio était vraiment hors de ma portée financière). Mais il y a des questions à se poser et à poser.
Vu l’état de notre système de santé, pourquoi ne mise-t-on pas plus sur la prévention. Pourquoi favoriser une caste d’agriculteurs, les tenants de l’agroalimentaire, au détriment de la population. Nourrir les Français soit, mais nous ne sommes plus après-guerre et on porrait éviter de nous empoisonner.
Je n’ai jamais autant parlé de mon cancer que depuis une semaine. Je ne l’ai jamais tu. J’ai un sein en moins, ça se voit et je ne fais rien pour le masquer. J’en ai fait parfois mention quand certaines de mes étudiantes proposaient des articles sur Octobre Rose. Toujours des étudiantes. Jamais d’étudiants. De façon générale, ces derniers étaient peu nombreux à proposer des articles sur le « care ». Politique, géopolitique, économie parfois, société. Mais la santé…
La personne avec laquelle j’en ai le plus parlé, finalement, c’est ma sœur. Mais c’est qu’elle a été atteinte à son tour. Il n’en mouraient pas tous mais tous étaient touchés… C’est le titre d’un livre sur le mal-être au travail. On peut le reprendre pour le cancer.
Cela fait maintenant six ans et je sais que les souvenirs s’effacent. Il est plus facile de raconter quand on a suffisamment de distance. Le seul problème, c’est que ne me fis pas à ma mémoire (pourtant assez bonne). Je suis sûre par exemple que ma sœur garde un autre souvenir ou une autre impression des rendez-vous où elle m’a accompagnée. Mes souvenirs sont entachés des sentiments qui m’ont traversée. Peut-être ne faut-il pas tout prendre au pied de la lettre.
Les témoignages sont importants mais ils sont forcément parcellaires. Aussi j’essaie de retrouver dans la presse les événements de la période, d’autant qu’elle n’est pas quelconque. Par exemple, ma seconde opération a dû être repoussée car j’étais malade. J’ai un temps imaginé que c’était peut-être le Covid. Un pur fantasme. Certains symptômes pouvaient y faire penser. Mais c’était strictement impossible. Les dates ne correspondent pas. Et puis, avec ma pathologie, je ne m’en serais pas sortie comme cela. Non, j’avais choppé une simple grippe. Chez moi, elles finissent toujours sur les bronches. Et comme je m’étais fait vacciner, j’ai pu m’en remettre rapidement.
A suivre
Quelques adresses
Rose Magazine : s’adresse aux femmes confrontées au cancer, ou non. Tiré à 180 000 exemplaires et distribué dans les principaux centres et services d’oncologie, il est complété par des contenus sur le site internet.
Octobre rose : la campagne d’octobre
Cancer colère: « Depuis 1990, le nombre de malades du cancer a doublé en France. Les causes environnementales de l’épidémie sont dénoncées par des milliers de médecins et scientifiques, actées par des décisions de justice. Mais dans leur quête d’une rentabilité maximum, l’agro-chimie et l’agro-industrie répandent le poison des pesticides dans les sols, l’air et l’eau, dans notre alimentation, polluant les pays du Sud, menaçant la santé des agriculteurs et détruisant le Vivant.
Cancer Colère se mobilise contre l’inaction du gouvernement : les malades prennent la parole ! Politiser les causes du cancer, défendre les pratiques d’agroécologie, lutter contre la violence chimique qui expose les plus fragiles : c’est le chemin de la guérison. Unissons nos colères et transformons ce système qui nous détruit ! »





Et oui heureusement que lorsque nous avons été atteintes (2005 pour moi, et j’ai un an de plus que toi) nous n’avions pas connaissance de toutes ces statistiques.
C’est après que j’ai pris conscience que non contrairement à ce qu’on entend ça ne se soigne pas si bien…
Des femmes pleines d’humour et « battantes » qui ne sont plus là, j’en ai tellement croisé…
J’ai lu tous tes articles concernant ce sujet ( j’ai trouvé le lien chez Anne, ce matin).
Les veines compliquées ça me parle, et comme j’imagine que la chaîne ganglionnaire n’est plus là, avec un seul bras à piquer c’est encore plus compliqué.
Bon dimanche
Parfois l’inconscience protège… Mais la réalité n’est pas si rose. Ça se soigne relativement bien. Mais le nombre de récidive reste important. Tant de femmes sont décédées au bout de la deuxième ou troisième agression. Comme si le cancer nous avait à l’usure. Et oui, mon problème de veines ne s’est pas amélioré 🙂 J’en parlerai plus tard