Fichtre, c’est mon sixième jour de train depuis le début de la semaine. J’ai acheté une carte Grand Voyageur, j’aurais peut-être droit à un voyage gratuit d’ici à fin de l’année…
Vers 16 heures donc, j’embarque tout mon petit monde vers la gare de Châteaudun : les filles, le chat, les vélos. Sauf que ces derniers refusent de rentrer dans le coffre de ma mère. Et pourtant, elle a – j’ose à peine le dire – un 4×4. Mais tout petit le 4×4, si petit que les vélos n’y entrent pas, c’est dire.
Je fais une parenthèse. Je dois avouer que ma mère n’a pas la fibre écologique. Intellectuellement, si, bien sûr, comme tout le monde. Mais il ne faut pas que cela remette en cause ses habitudes et son mode de vie. Elle trie ses déchets, parce qu’elle y est obligée par la mairie. Mais pour le reste, elle roundeupe à mort dans son jardin et elle roule en 4×4.
Cette voiture, elle l’a achetée en Espagne. Et elle y tient. C’est sa première voiture à elle, réglée avec ses sous. C’est important. Et ce n’est pas la peine de lui faire une quelconque remarque. Dans le meilleur des cas, elle se contentera de dire qu’elle n’a pas les moyens d’en changer. Dans le pire, elle vous enverra bouler avec d’autant plus de hargne que vous aurez réussi à lui donner mauvaise conscience. Moi, j’ai abandonné toute velléité de ce côté-là depuis longtemps (sauf quand je suis de mauvais poil et que j’ai envie de la faire chier, mais c’est une autre histoire).
Cela dit, à quoi ça sert de rouler en 4×4 quand on ne peut même pas y loger deux vélos d’enfants. Avec ça l’heure tourne. On va rater notre train. Léone a déjà la larme à l’œil à la seule idée de laisser son biclou chez sa grand-mère. Elle sait en faire depuis peu, mais elle est prête pour les JO. La nouvelle Jeannie Longo, c’est elle…
Tout ce remue ménage finit par me courir sur le haricot. Je saisis les vélos et les enfourne dans la voiture, je ne sais même pas comment. Toujours est-il qu’ils sont entrés, moitié dans le coffre, moitié sur la banquette arrière. Je pose la cage du chat par dessus, j’entasse les filles à l’arrière, monte à l’avant en prenant la valise de Léone et les sacs sur mes genoux, puis je jette à ma mère : « Alors, on y va ? » Elle hausse les épaules, s’installe à son siège en grommelant : « Ben il n’y a plus qu’à espérer qu’on ne croise pas de gendarmes. » Et en l’occurrence, elle ne parle pas des punaises.
C’est dans cet équipage que nous débarquons à la gare de Châteaudun, sans avoir croisé, heureusement, le moindre pandore. Nous sommes juste à l’heure. Mais le train, lui, ne l’est pas. Il nous faut attendre. Môssieur a du retard. Vingt-cinq minutes précisément. Vous avez remarqué ? Les retards annoncés ne dépassent jamais la demi-heure. Parce que sinon, la SNCF serait obligée de nous rembourser nos billets. Alors donner moins de service pour faire des économies, oui, mais pas au détriment de la caisse. Quand je me rappelle tout le mal que l’on disait sur les chemins de fer britanniques et espagnols. Nous n’avons plus aucune leçon à donner.
Finalement, le train arrive. Ça tombe plutôt bien, parce qu’il pleut depuis cinq bonnes minutes et nous n’avons pas tous de quoi nous protéger. Nous nous y engouffrons, les vélos, le chat, les filles et moi. Et c’est reparti pour deux heures et demie au rythme peinard de notre express qui porte si mal son nom.
Nous sommes à peine installées que le matou ne se retient plus. Il pisse dans sa cage. Branle-bas de combat. Les filles font des allers et retours entre nos places et les toilettes pour ramener du papier et éponger les dégâts. Sinon, bonjour l’odeur. Je décide d’employer les grands moyens. Je prends la caisse en main et l’emmène dans les WC du train. Lou m’accompagne. Une fois enfermées dans le local, nous sortons le chat et je nettoie la cage de fond en comble. Une couche de PQ pour essuyer, une autre pour faire le fond, nous remettons le greffier à sa place et nous rejoignons les autres comme si de rien n’était. Il n’y a que le caniche installé derrière nous qui nous regarde d’un sale œil et grogne en se rencognant contre sa maîtresse.
Maintenant, je crois que je vais piquer un petit roupillon. Pas longtemps, je vous rassure. Dix minutes tout au plus. Allez donc dormir avec deux minettes qui se livrent une guerre sans merci. Je suis bien sûr le cahier de doléance continuellement ouvert.
Fataliste, je crie un bon coup, puis sort mon appareil photo et mon ipod. Je me tourne vers la fenêtre pour m’adonner à mon nouveau hobby, la photo ferroviaire.
Tours, terminus du train, tout le monde descend.Nous récupérons les vélos que je confie à leurs propriétaires. Elles roulent, comme la valise de Léone, Dieu merci, je n’ai donc pas à la porter. Pour faire bonne mesure, nous posons dessus la cage du chat qui lui aussi aura beaucoup voyagé : métro, voiture, train et maintenant valise. Un vrai globe trotter le Charlot.
Nous arrivons enfin à la maison. Léone est la dernière à découvrir notre nouvelle demeure. Elle va de pièce en pièce, furète partout et sourit, ravie.
Pendant ce temps, je prépare le dîner et fait chauffer l’eau pour le bain. Car si nous avons gagné la bataille du rail, il nous reste à mener la guerre du gaz.
Le vendredi 29 août 2008, 18:19 par samantdi
Ah que j’ai ri, de cette épopée… c’est bon de rire à nouveau en lisant ton blog. Ce pauvre Charlot, je l’imagine, dans les toilettes du train, pendant que tu nettoyais sa cage ! Quel exploit, dis donc, c’est minuscule, les toilettes dans les trains rl-)
J’admire ton incroyable énergie, et à la fin, malgré tout, » ça roule ma poule » 
2. Le vendredi 29 août 2008, 18:30 par jeanpadupe
Eh ben, quelle aventure!
Vous voilà réunis en lieux sûre ça doit être achement batheu.
3. Le vendredi 29 août 2008, 23:37 par Valérie de Haute Savoie
J’aime tes voyages et je voulais déjà te le dire la dernière fois, mais je trouve que ta dernière photo est magnifique. J’aime beaucoup tes photos prises à travers la vitre du train.


