C’était un samedi matin, pas très tôt. Elle sortait acheter du pain, ou des pommes de terre, peut-être même les deux. Elle s’arrêta devant la boîte aux lettres et se rendit compte que la clé en avait disparu. Heureusement, la main menue d’un de ses enfant lui permit de récupérer une grosse enveloppe qui lui était adressée.
Chemin faisant, elle ouvrit le courrier et reconnu immédiatement l’entête de son avocat. Elle ne fut pas surprise, l’ordonnance du juge devait tomber le 11 précédent. C’était sans doute le résultat. Elle commença sa lecture tout en marchant, attentive à ses pas plus qu’à sa lecture.
« Chère madame »
J’ai plaisir à vous prier de vouloir bien trouver sous ce pli, pour votre parfaite information, copie de l’ordonnance… Dieu que ces avocat écrive de façon ampoulée. C’est joli et désuet. Ou désuet et joli, se dit-elle. Et elle poursuivit sa lecture.
Il n’y avait là rien de particulier : le déménagement et le changement de ville avaient été acceptés, le domicile conjugal attribué normalement à l’époux, à charge pour lui d’en assumer le coût et l’entretien (tiens, ça c’était un point intéressant. Ça mettait une brèche dans la solidarité qu’elle devait à son mari tant que le divorce n’était pas prononcé), la remise des vêtements et des biens (c’était déjà réglé)…
Et puis tout à coup, elle s’arrêta et relu deux fois le même paragraphe : « condamné monsieur votre mari au versement à votre profit d’une somme de 1500 euros au titre de la provision ad litem… » (chercher ce que ad litem veut dire) L’avocat se félicitait de la chose, d’autant que monsieur ne justifiait pas de salaires importants (incroyable !).
L’autorité parentale restait bien sûr partagée, mais la résidence des enfants était fixée à ses côté, un droit de visite était organisé pour le père, tous les quinze jours, sans droit d’hébergement, et uniquement en sa présence à elle ou en présence d’un tiers. L’ordonnance ne disait pas qui devait payer le voyage… Et puis, une autre décision inattendue dans le contexte : « fixé à 100 euros par enfant la contribution mensuelle paternelle à leur entretien et à leur éducation. »
Elle referma la lettre, continua son chemin, songeuse. Elle ne savait pas encore si elle devait être contente, soulagée, heureuse, triste. Peut-être tout cela à la fois. Elle flottait. Elle eut même un moment l’impression qu’elle allait s’effondrer comme si le fait d’avoir tout gagné absolument tout dans cette première décision (mais ne pas oublier qu’il y en aura d’autres) lui enlevait toutes ses béquilles, cette nécessité de tenir pour se battre, se battre pour les enfants.
Il lui fallut toute la fin de la matinée pour se rétablir.
Mais une curieuse sensation au creux de l’estomac. Elle était de nouveau dans sa vie.
Le lundi 22 septembre 2008, 11:03 par jeanpadupe
Bravo mais la bataille acharnée demande tellement de force qu’on peut arriver aux limites de l’épuisement.
Je ne crois pas que tu baisseras un jour les bras, tes filles te soutiendront, comme des arcs-boutant.
2. Le lundi 22 septembre 2008, 11:14 par andrem
Le ciel souvent tombe sur la tête de celui qui se laisse embarquer par les conseilleurs pas payeurs.
Et qui va devoir se pencher avec la petite cuiller pour ramasser les morceaux?
Ne pas se précipiter à ramasser les morceaux. Il faudra bien apprendre à se recoller tout seul, un peu, un jour.
Surtout si d’autres décisions viennent, et des appels, et tout le bazar judicieux.
3. Le lundi 22 septembre 2008, 11:52 par Benjamin
Une belle étoile qui brille à nouveau dans ton ciel !
Bises à vous quatre
4. Le lundi 22 septembre 2008, 12:22 par Anne
Parfois les pages qui se tournent prennent la forme de missives ampoulées.
Un pas de plus dans une direction plus… moins… enfin la tienne, quoi. La vôtre, chères 4 jolies 
5. Le lundi 22 septembre 2008, 15:04 par Johann
Justice. rl-)
6. Le lundi 22 septembre 2008, 21:14 par samantdi
Ce qui me frappe, c’est que tu parles à la 3ème personne, ce pourrait être un rêve, imprécis (Elle sortait acheter du pain, ou des pommes de terre, peut-être même les deux), comme si cela n’était pas arrivé à un « toi » mais à une « elle »… Impression étrange et cotonneuse alors que s’éloigne encore plus dans le temps et dans l’espace un « monsieur votre mari ».
Tendres pensées.
7. Le mardi 23 septembre 2008, 11:52 par antagonisme
Ouf !!! Félicitations. Maintenant, une autre vie commence, peut-être pas facile, mais à toi.
8. Le mardi 23 septembre 2008, 18:33 par Oxygène
Bienvenue dans ta nouvelle vie.
9. Le mercredi 24 septembre 2008, 08:37 par beasoub
Je suis heureuse pour toi et les filles… Bon courage et vive votre nouvelle vie. Tendres bisous à vous 4 Béa