J’avais a peine quitté la vie, assise dans mon TGV que le ciel s’est dégagé, le bleu est revenu et le soleil a illuminé la campagne française. Quand le train a traversé La Loire, dans cette lumière toute neuve de printemps, mon cœur a fait un bon. Je rentrais chez moi.
C’est une chose qui m’étonne chaque fois que je rentre. J’ai un sentiment violent et heureux de retour à la maison. Je reconnais les champs, les maison troglodytes, puis nous traversons la Loire, Saint-Pierre-des -Corps et sa gare tentaculaire, le centre commercial, les petites rues, le rond point que j’emprunte chaque fois que j’emmène les filles à l’escrime, la maison qui fait l’angle, la passerelle, toutes ces marques de mon quotidien. Puis, enfin, la gare. Pourtant, il y a encore un an Tours n’était pour moi qu’un joli labyrinthe (dont une grande partie reste cependant à déchiffrer). Comment passe-t-on d’étranger à familier ?
Ce que je préfère, quand je rentre, c’est la traversée de la Loire. Je l’aime, presque plus que la Seine. C’est un fleuve qui met du sauvage dans la ville, de la rébellion dans le béton, du pied de nez dans nos dessins de constructeurs. C’est un fleuve impétueux et baroque qui change chaque jour, gonfle puis s’abaisse, exhibe ses îles pour mieux les avaler, plus tard, jamais de la même couleur. Et habité, de poissons, de hérons, de cormorans, de castors, de ragondins, de loutres que l’on peut même apercevoir des berges citadines.
Eh oui, nous sommes au centre de Tours
Mais pour goûter aux délices du retour, il a bien fallu que je parte. Ce que j’ai fait vendredi après-midi, sans les filles. J’avais décidé, oui, d’un week-end juste à moi, d’un petit voyage pour les amis. Je suis partie un peu à la bourre. A force d’avoir du temps devant moi, j’ai un peu trop traîné et surtout j’ai oublié que j’avais encore mon billet à récupérer au distributeur.
La fois précédente, j’étais carrément arrivée avec dix minutes de retard. Je n’ai heureusement pas récidivé. Arrivée à Paris, je me suis tranquillement dirigée dans mon ancien quartier. C’est là que j’avais rendez-vous trois heures plus tard pour voir une pièce de théâtre avec ma sœur. Impossible de me baguenauder aux Abbesses sans croiser des connaissances et des amis. J’y ai vécu presque trente et j’en connais chaque recoin, même si les boutiques attirants les nouveaux riches changent tous les jours.
Je me suis arrêtée à l’école des filles, pour tailler une bavette avec la directrice. Puis chez mes amies stylistes pour enfants. Puis je file au restaurant, je meurs de faim. Je suis presque en hypoglycémie. En fait, non, je suis en train de tomber malade, mais je ne le sais pas encore.
A 20 heures, je me dirige tranquillement vers le théâtre des Abbesses. Je reçois un SMS de ma sœur qui me prévient de son retard. Je lui laisse la place à l’accueil. Le hic, c’est qu’en général, les ouvreuses replacent les gens juste avant le spectacle, pour boucher les trous. Et je ne suis pas sûre de pouvoir garder un siège voisin. En fait l’ouvreuse est sympa. Du moment que je certifie que ma sœur arrive, je peux lui garder la place. Il faudra que je la défende bec et ongle car les spectateurs moins bien placé tente de me la ravir. Heureusement, Aude arrive juste à temps.
La lumière baisse et nous voyons entrer sur scène une femme entre deux âges, vêtue d’une combinaison de soie, marchant pieds nus. Elle s’installe à une table et commence à raconter son odyssée dans un super marché. Les premiers rires fusent. Il faut dire qu’elle est drôlement corrosive, ou acidement drôle. Bref, tout le monde reconnaît la scène et on aurait aimé avoir ce talent là pour la raconter. Elle attend à la caisse. Devant elle un couple aux deux charriots plein à ras bord. La femme qui pose les produits sur le tapis de la caisse, et l’homme les bras croisés, qui critique tout : et pourquoi tu as pris ceci, tu sais bien que je n’en mange pas, et tu as vérifié le prix de celui-là ? Tu crois que l’argent pousse dans les arbres ?
Et notre héroïne de s’adresser in petto à sa congénaire : « Barre-toi ! Mais fous le camp, laisse le tomber, ce connard… » Elle s’interroge alors sur ce qui pousse les femmes à rester. Puis, après un grand silence, elle ajoute que, pour la première fois, après toutes ces années, elle se demande ce qui l’a poussée, elle, à faire ce choix. Parce que les femmes, les autres, ne l’ont pas ce choix. Elles sont nées comme ça, femme… Mais elle, elle a choisi de l’être, de le devenir. Notre héroïne est transsexuelle.
Pour qu’on puisse mieux comprendre, elle déballe alors sa vie, du jour de sa naissance à maintenant, la soixantaine sonnée. Ses parents, malheureux mais au combien compréhensif (le moment où ils apprennent qu’elle s’est fait opéré est un pur moment d’émotion et d’amour), ses années d’apprentissage du théâtre quand on la voulait en Roméo et qu’elle se préférait en Juliette, son voyage au Maroc en 1975 pour devenir la première transsexuelle belge, la prostitution, son mariage, son retour vers le théâtre enfin.
Et tout au long, on rit aux malheurs de cette diva hors normes, jusqu’à ce qu’elle nous cueille, à l’émotion, et nous atteigne en plein plexus. Ouch ! Mais quel bonheur que cette pièce, quelle humour et quelle générosité. Merci Vanessa van Durme pour ce pur bonheur de vous voir, de vous applaudir, pour nous avoir fait partager cette vie bousculée et bousculante…
Le mardi 19 mai 2009, 19:44 par Tili
Ca donne envie d’aller la voir ! 
2. Le mercredi 20 mai 2009, 12:21 par Moukmouk
Mais tu ne dis rien de ta maladie… Est-ce grave? es-tu mieux? Je n.ai pas fait è heures de vol pour aller te voir à l’hopital! je refuse que tu sois malade.
3. Le jeudi 21 mai 2009, 20:34 par akynou
Je n’ai pas eu le temps d’écrire la suite, ça va venir. Mais ça va, c’était juste passager 
