Or donc, le lendemain matin, je suis partie travailler, en emmenant Barbarella dans ma sacoche. Mon but, c’était de la montrer aux informaticiens du journal pour leur demander… des explications sur les cavaliers. Cette histoire de disque maître et esclave
(terme que certains continuent d’utiliser en anglais, alors qu’ils sont la plupart du temps plutôt d’ardents défenseurs de la langue française, ce qui me laisse songeuse) (termes qui me turlupinent en tant que femme et mère de descendants d’esclaves) (eh ho, ça va les parenthèse là…), cette histoire de maître et esclave – disais-je – me posait question : comment l’ordinateur pouvait-il reconnaître un maître d’un esclave ? Est-ce que l’emplacement du ou des cavaliers blancs (oui, en français, cela s’appelle comme cela) avait une quelconque importance ?
Je conseillerais à ceux pour qui tout ceci est totalement évident de se mordre la langue pour ne pas rigoler, je le prendrais assez mal. Je les mettrai alors devant une page à monter et je relèverai les copies.
D’informaticiens, je n’en croisais point, occupés qu’ils étaient à contrer l’attaque de nos messageries par quelque méchants virus. La fin de la journée arrivait et je n’avais toujours pas de réponse. Ce n’est pas cela qui allait m’arrêter. Je me saisis de mon téléphone et contactais la boutique qui m’avait vendu Akynou (mon nouveau disque dur). Je posais mes questions. Le vendeur, au bout du fil, charmant, y répondit.
Les disques durs sont tous vendus pour être reconnus automatiquement comme maîtres (c’est vrai que la vente d’esclave n’est plus autorisées en France depuis 157 ans). La position des cavaliers n’a rien à voir (il y en a encore un qui m’a raconté des bêtises un jour). Je lui explique alors que j’avais fait la copie de Barbarella (heureusement, je ne lui ai pas donné son nom) sur Akynou (via musique), que j’ai choisi le nouveau disque pou redémarrer, et que je ne pouvais plus démarrer sur rien.
– Vous avez copié directement le disque de démarrage sur l’autre ?
– Eh bien, non, vous savez, je suis assez néophyte, mais pas totalement idiote. Je sais bien que cela ne marche pas comme cela. J’ai fait une image disque (j’ai d’ailleurs failli lui dire : je vous en pris, je ne suis pas blonde).
– Oh, c’est bien. Bravo (j’ai cru qu’il se moquait de moi). Vous au moins, vous retenez ce qu’on vous dit (là j’ai cru qu’il allait se moquer des femmes). Parce que je peux dire que même des collègues à moi, on a beau leur dire, ils n’ont toujours pas compris. En tout cas bravo. Vous vous débrouillez bien. C’est rare. Vraiment, bravo… Bon, pour votre problème, ce n’est pas grave, vous démarrez en appuyant sur alt, vous n’aurez plus qu’à choisir votre disque de démarrage…
Alors là, d’un coup, je ne sais pas pourquoi, mes chevilles ont doublé de volume. « Me voilà bien, me dis-je en raccrochant, comment vais-je pour rentrer à vélo maintenant. »
C’est cependant toute guillerette que j’enfourchais mon destrier de métal pour m’en retourner dans ma demeure. Arrivée là, je saluais mes héritières et mon royal époux et me ruais dans la cuisine où, preuve de ma joie de vivre, je préparais le repas. Lou, qui n’avait jamais vu ça, s’étonna : « Comment, mère, vous rentrer juste de guerroyer et vous vous mettez derechef à nous concocter un délicieux banquet ?
– Ma fille, ne vous le puis cacher. Il m’est impossible de laisser votre père tous les soirs de la semaines devant les fourneaux. Ventre saint gris, ce serait injustice !
Puis, alors que la ratatouille mijotait et la saucisse de Toulouse grillait, ne pouvant attendre plus longtemps, je me précipitais sur le maître, l’esclave et ce qui les entoure. J’appuyais calmement sur le bouton tout en maintenant la touche Alt enfoncée (je confirme, je sais retenir ce qu’on me dit). L’ordinateur ronronna, la petite roue tourna sur l’écran, et… rien. Nada. Je ne pouvais pas changer de disque de démarrage malgré ce que ce &%$£# de vendeur m’avait assuré. J’ai réessayé une fois, deux fois… Toujours rien. J’ai tenté des variantes. Ça ne bougeait pas plus. La mauvaise humeur m’est tombée dessus comme la vérole sur le bas clergé, j’ai envoyé balader les pisseuses, j’ai trouvé le Nôm chiant. Faites chier quoi toute cette merde. Hum hum…, zen, je dois rester zen me dis-je.
Nous nous sommes mis à table. Heureusement, les enfants ont trouvé la ratatouille délicieuse. Une copine m’a raconté sa vie au téléphone. Tout cela a fait diversion. Mais au milieu du repas, je me suis écrié :
– Bon sang, mais c’est bien sûr… Je vais rouvrir l’ordi, remettre Barbarella en place. Redémarrer. Je change le disque de démarrage, je redémonte et remonte, j’initialise, et hop, le tour est joué.
Autant vous dire que m’a famille m’a regardé d’un drôle d’air. Mais sitôt le dîner terminé, j’ai débarrassé la table sous l’œil du Nôm un rien sceptique qui se demandait dans quoi j’allais encore l’embarquer. J’installais l’ordi sur la table d’opération, j’ouvrais, j’extirpais, je posais, je fermais, je rebranchais… Tout cela en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire. La sauce a eu l’air de prendre. J’entendais le doux ronron de Barbarella (pas un disque dur ne fait le même bruit). Génial, tout se réinstallait comme avant. J’en profitais pour effacer Akynou que j’avais mis à la place du trio. Et je refaisais toute la manœuvre dans l’autre sens.
J’étais fière de moi, rien ne m’arrêtais, l’ordi s’allumais avec le CD d’installation, j’allais pouvoir installer proprement le système sur le disque idoine. Enfin, presque. Car on me faisait savoir qu’Akynou refusait de recevoir le système. Gasp. Regardant plus attentivement le message je me rendis compte que je n’utilisais pas un disque d’installation, mais un disque de mise à jour.
Jamais mes chevilles n’ont dégonflé aussi vite… Je m’étais trompée de disque depuis le départ. J’aurais pu économiser une journée et nombre de questions idiotes.
Je recommençais la procédure avec le bon CD cette fois. Avec succès.
Voilà, j’ai un ordinateur au cœur tout neuf et en parfait état de marche. Me restera à réinstaller ma connexion Internet, ma messagerie, la seule qui pêche car si j’ai retrouvé tout mon carnet d’adresses, j’ai perdu les messages que j’avais mis patiemment de côté. Ce qui me rend le plus triste, ce sont les mails que Moukmouk avait écrits aux filles et que je gardais précieusement. D’autant que je ne les leur avais pas tous lus encore. Le reste… Eh bien tant pis…
Tout ceci a eu deux mérites :
Pendant mes deux soirées sans Internet, j’ai recousu les jambes du petit ours avaleur de cauchemars de Léone, et celle du plus doux doudou de Garance. Cela faisait au moins un an que je le leur avais promis. J’ai également cousu l’écusson du club de la Tour d’Auvergne sur la manche gauche de la veste d’escrime de Lou. J’ai regardé la télé avec les filles. Et on s’est fait plein de bisoux. Bon, je n’avais pas besoin d’avoir un ordi opéré pour cela. Mais j’en ai eu beaucoup plus que d’habitude.
Une histoire qui finit bien somme toute.
1. Le jeudi 27 octobre 2005, 16:44 par Anne
D’aucun(e)s continuent à utiliser les termes anglais car ce sont les plus souvent usités par les geeks des forums. La force de l’habitude, en fait (et non, l’inertie c’est pas beau).
Allez, bravo, pour une débutante, tu t’en tires remarquablement !
2. Le jeudi 27 octobre 2005, 17:03 par akynou/racontars
Merci, j’espère faire mieux la prochaine fois 
3. Le vendredi 28 octobre 2005, 16:22 par jalb
Bravo!!! Ca se fête 