Paris – New York

par | Mar 3, 2026 | 2026, Ça se culture, J’ai vu

Je poste tous les jours plusieurs billets sur ce blog, même si ça ne se voit pas beaucoup. Pourtant, ils sont dûment publiés. C’est que petit à petit, je déménage mes anciens blogs sur celui-ci, commentaires compris. Et ça me prend du temps, d’autant que je relis presque tout.

Je suis en plein année 2010. Je viens de faire deux voyages au Maroc, j’ai perdu deux chats, j’ai été à l’opéra et visiblement, je bossais comme une damnée.

Retour au présent. Cela fait plusieurs jours que je veux avancer sur l’exposition sur Madeleine de Sinety que j’ai commencé à raconter et qui m’a si fortement marquée. Dans ma tête, je l’ai divisée en quatre périodes (et donc posts) : sa passion pour les trains, son regard sur Paris et sur New York (très proches curieusement). Ses années en Bretagne. Ses années aux Etats-Unis.

Au début des années soixante-dix, Madeleine de Sinety était illustratrice pour les magazines. Elle dessinait des gravures de mode. Mais en même temps, elle écumait son quartier du 14e arrondissement de Paris, prenait des cours de peinture dans un atelier. Et photographiait la ville.

Le Paris de Madeleine de Sinety, je l’ai connu. J’en ai des souvenirs. Nous avons quitté la région parisienne pour nous installer en Charente en juillet 1967. J’avais un peu plus de 8 ans. La ville était noire. Notre Dame de Paris, la conciergerie, les immeubles, tout était noir. Il y avait encore de nombreux boulevards pavés.
Je me souviens des bus avec la plateforme arrière par laquelle on montait. Les arrêts de bus étaient munis de distributeurs de tickets et l’on montait par ordre d’arrivée. Un monsieur poinçonnait nos tickets.
Dans le métro, l’accès au quai était fermé par une porte en métal. Quand le métro était à quai, les portes s’ouvraient et laissaient passer le flux des voyageurs.

Je me souviens de l’ancienne gare Montparnasse, qui a été détruite en 1969. Un de mes oncles habitait rue de Rennes et nous allions souvent le voir.

Et si je ne me souviens pas du quartier photographié par Madeleine de Sinety, j’en ai vu bien d’autres qui avaient la même allure (ou le même manque d’allure). Nous habitions à Issy-les-Moulibeaux, dans un immeuble neuf (pour l’époque). En face, de l’autre côté de la rue, c’était un dédale de ruelles étroites bordées de petites maisons, certaines en pierres, d’autres en tôles. Ou ayant des parties en tôles.Le train passait au dessus, les trains de banlieues gris couverts de métal.

Tout a été rasé peut de temps après notre départ. A l’occasion d’une compétition d’escrime d’une de mes filles, je suis retournée à Issy-les-Moulineaux. J’ai retrouvé l’immeuble, je n’en ai jamais oublié l’adresse. Mais je n’ai rien reconnu. A part l’immeuble qui lui n’avait pas changé.

Je me souviens de Montmartre, où habitaient mes grands-parents maternels. Je me souviens du rémouleur qui poussait sa carriole en criant « Rémouleur ». Et des femmes qui allaient donner leurs couteaux à aiguiser. Je me souviens du rétameur aussi et des petites boutiques, d’artisans qui réparaient tout et n’importe quoi.
Bref, les photos de Madeleine de Sinety m’ont replongée en enfance, dans ce Paris noir et populaire. A mille lieux de celui qu’on imagine d’une aristo, même fauchée.

Je n’ai pas de souvenir de New York et pour cause, je n’y suis jamais allée. Madeleine si, de nombreuses fois, à la même époque, son compagnon étant new yorkais. Mais ce qui l’attire, dans cette ville, c’est une fois de plus les quartiers besogneux.

Jamais le regard de Madeleine de Sinety n’est condescendant. Elle photographie, elle témoigne d’une vie qui est en train de disparaître. Et ce regard m’émeut. Terriblement.

Comme je l’indique dans les portfolios, l’exposition est à voir jusqu’au 17 mai au château de Tours et du 12 juin au 27 septembre au Jeu de paume, à Paris. Mais j’en reparlerai. Il manque encore deux parties et pas des moindres.