Bon, la vie continue, non ? Et toujours aussi échevelée. Je cours, je cours, j’ai de moins en moins l’occasion d’écrire. Ce qui finit par me manquer. On ne peut pas non plus pleurer tous les jours. 

A dire vrai, je ne déteste pas complètement la vie que je mène en ce moment. Que l’on me comprenne bien, je déteste (le mot est faible) la pression exercée sur les enfants, l’angoisse, le stress, la violence psychologique que nous subissons. Mais changer de vie ainsi du jour au lendemain a quelque chose d’étourdissant. Et les petits malheurs de chaque jour prennent un tout autre relief. Soit ils se parent d’une importance bien trop grande, soit ils provoquent une hilarité qu’ils ne méritent pas plus, mais qui forge les bons souvenirs : ce qu’il restera quand tout sera

Payé, balayé, oublié

que je me foutrai du passer

Vendredi dernier, journée à Tours. J’ai quitté l’atelier où nous étions hébergées en laissant mes petits au soin de ma plus grande. Je suis partie un peu tard, mais j’avais, en me dépêchant le temps d’arriver. C’est ce qui s’est d’ailleurs passé. En bousculant un peu tout le monde, j’ai pu récupérer mon billet, et me diriger sans trop courir vers mon train. Voiture 19… Au bout du quai… J’avançais en jetant un coup d’œil rapide aux numéros. J’allais pour monter dans la voiture, quand…

Je vais vous donner un conseil. Vérifiez toujours votre numéro de wagon avant de monter dedans. Parce que se tromper de voiture, ce n’est pas très grave, mais se tromper de train, ça peut avoir des conséquences hasardeuses. Ainsi, en levant le nez pour avoir la confirmation que je montais bien dans la 19, je me suis rendue compte qu’il ne s’agissait pas du train pour Tours, mais de celui pour Nantes. Je m’étais plantée de quai. Je ne vous dis pas le coup que j’ai pris au cœur. Même pas le temps de dire merde, j’ai pris mes jambes à mon cou pour courir le long du train, vers la gare, loin, loin…

Je n’ai pas vu mon train partir. Je l’ai juste entendu. Je n’avais jamais fait attention au bruit du train qui accélère alors qu’il est toujours en gare. C’est ce bruit-là que j’ai entendu. Alors, je me suis arrêtée de galoper, et je me suis mise à pleurer. Ouiiin, j’en ai marre, personne ne m’aime, même pas les trains…

Ça ne valait pas vraiment le coup. J’ai pris le train suivant. A l’IUT, ils ont pris plutôt ça à la rigolade. C’était déjà arrivé, et à plus illustres que moi. Ainsi, Harry Roselmack n’a pas eu le réflexe de lever les yeux au moment de monter dans son wagon (gniak gniak) et, lui, s’est bel et bien retrouvé à Nantes. C’est ce qu’ont m’a raconté en tout cas…

Bref, après, il a fallu bosser pour rattraper le retard. Les étudiants réalisent un journal, un vrai. Mon rôle était de donner l’impulsion à ceux qui font mon métier, le SR. Corriger les papiers avec eux, voire s’ils avaient les bons réflexes, leur expliquer ce qui n’allait pas et pourquoi. C’est là que l’on se rend compte que faire, est une chose, mais expliquer pourquoi on fait, en est une autre…

Pour déjeuner, nous avons pique-niqué dans une salle, celle des enseignants j’imagine. Après ce frugal repas, j’appelais le Nom. Il avait accompagné Garance la veille à l’atelier et lui avait demandé que je le rappelle. Et lui a aussi dit qu’il ne voulait pas qu’elle aille chez sa copine le vendredi soir, ni Léone chez un autre copain, qu’il les voulait à la maison. Je craignais le grabuge. En fait, non, il ne voulait pas me parler. J’en ai profité pour lui raconter, comme si je ne savais pas qu’il savait, que les petites étaient invitées chez leurs copains et qu’elles étaient « super contentes », qu’elles iraient après la sortie de l’école. J’omets de préciser qu’elles sortiront exceptionnellement à 16h30 au lieu de 17h30. On ne peut pas penser à tout…

Retour au boulot jusqu’à 16h45. Je suis sortie abrutie avec un léger mal de crâne. Mon train n’était qu’à 17h20, j’ai eu le temps de prendre un pot avec une collègue et copine. Sur le quai, avant de partir, j’ai appelé la gardienne de l’école. Les petites étaient parties chez leurs amis respectifs sans aucun problème. Pas de Nôm à l’horizon (en fait, il est bien venu, à 17h30…).

Je respirais. Pas longtemps. Dans le train, un peu moins. Je tombais sur trois BEPCiennes survoltées et bruyantes qui exhibaient leur vulgarité et leur bêtise. Même si je suis devenue une fervente adepte de la non-violence, je trouve qu’il y a des paires de claque qui se perdent. C’est trois-là sont une purge.

Une bonne paire de claques

Rien de tel pour faire circuler le sang

C’est du miel en plaque

C’est revigorant comme l’onde claire.

A Montparnasse, ce fut enfin la libération. J’appellais Lou qui m’attendait à l’atelier pour lui proposer de me rejoindre à la station Rennes. Le plan, pas mauvais, était d’aller nous balader et manger un morceau dans le quartier latin avant d’aller au théâtre de l’Odéon, voir L’Ecole des femmes, de Molière. Pas mauvais, mais non réalisé, la malchance nous poursuivais… Voyez plutôt.

Après avoir raccroché, je décidais moi-même de m’y rendre à pied. La lumière était belle, mais le vent à décorner tous les cocus de la Terre (d’ailleurs, non, en fait rien…). Pratiquement arrivée à Rennes, appel de Lou : elle était toujours à l’appartement. En voulant fermer la fenêtre, elle avait cassé un carreau et était légèrement blessée. Je lui conseillais de venir me rejoindre sans plus attendre, je la conduirai à une pharmacie. Au moins, je préservais l’essentiel.

Dix minutes plus tard, nouvel appel : elle était toujours au métro Pigalle. Elle avait perdu les deux tickets que je lui avais laissés le matin et personne ne voulait lui en vendre un unique à tarif réduit. On ne peut les acheter que par carnet. Or, sur elle, elle n’avait pas de quoi s’acheter un ticket plein tarif.
Il y a des jours où je hais la RATP.

Finalement, elle décida d’aller voir la gardienne de l’école, qui non seulement lui remis deux tickets, mais en plus un billet de 5 euros, au cas où. Il faudra que je lui offre des fleurs un de ces jours…

Lou m’envoyait des SMS à quasi toutes les stations où elles s’arrêtent. Quand elle finit enfin par me rejoindre, il était plus de 19h30, et nous avions juste le temps de rejoindre le théâtre. Je regardais sa blessure, mais il n’y avait rien de grave. L’estafilade la faisait souffrir. Un peu.

Sortie de Théâtre

Devant l’Odéon, il y avait la foule des grands jours. Mais on ne laissait entrer les spectateurs qu’un par un, ce qui prit du temps. Tout le monde fut fouillé. Je me fis engueulée parce que je n’avais pas, d’avance, ouvert mes deux sacs. Une fois passé le sas, je me précipite vers les vestiaires où Lou déposa nos manteaux et ma sacoche pendant que je rejoignais les toilettes. Puis nous gagnâmes nos fauteuils. Nous étions plutôt bien placées. A l’orchestre, exactement au milieu, au dixième rang environ. Nous jouions depuis un moment avec nos portables pour photographier le plafond et le rideau de scène, quand on nous demanda fort aimablement d’éteindre nos téléphones, de ne pas prendre de photos.

Attention, mesdames et messieurs, dans un instant on va commencer
Installez-vous dans votre fauteuil bien gentiment
5, 4, 3, 2, 1, 0, partez, tous les projecteurs vont s’allumer
Et tous les acteurs vont s’animer en même temps

Je ne vais pas vous raconter L’Ecole des femmes, le petit chat est mort, Arnolphe, Agnès, tout ça. J’attendais beaucoup de la mise en scène de Jean-Pierre Vincent et du jeu de Daniel Auteuil. Mais je suis restée un peu sur ma faim. C’est bien, on s’amuse beaucoup, on rit. Mais encore ? Eh bien rien, justement. On assiste à un numéro d’Auteuil, certes parfaitement bien réussi, mais tout tourne autour de lui, ses mimiques, ses gags, ses grimaces. Je devais être fatiguée, je n’ai pas marché. Le pire, ce fut de ne pas entendre tout le texte. Agnes et son amoureux étaient parfaits. Mais pour les autres, y compris Auteuil, nous ne saisissions qu’un mot sur deux, voire sur trois. Moi, je connaissais la pièce, j’ai réussi à suivre. Mais Lou qui la découvrait n’a même pas compris l’histoire.

Beaucoup de bruit pour rien…

A l’entracte, nous avons tenté de visiter le théâtre qui est magnifique depuis qu’il a fait peau neuve. Mais nous nous sommes fait refouler. Nous avons donc rejoint nos places et avons recommencé à jouer du portable. Comme à mon habitude, j’ai pris des photos du salut. Pour ma collection personnelle.

Divertissement

Puis nous sommes remontées vers les Abbesses. Après avoir dîné dans une gargote du coin où je bois mon café tous les matins et où l’ambiance reste encore bon enfant, nous avons rejoint l’atelier, où il ne faisait pas chaud, carreau cassé oblige. J’ai tenté de colmater la fenêtre avec du papier bulle et du gros scotch. Puis nous avons fait les valises puisque nous déménagions vers d’autres cieux le lendemain matin. Et, enfin, gros dodo.

Mes journées de SDF sont riches.

Mais ça continue encore et encore

C’est que le début d’accord, d’accord…

Le jeudi 27 mars 2008, 19:45 par Milky

Au cas où ce serait toujours un problème : j’ai passé un hiver entier avec un carreau cassé sans trop en souffrir (sauf esthétiquement peut-être) : un simple morceau de carton (éventuellement doublé) collé avec du gros scotch marron isole étonnamment bien…

2. Le vendredi 28 mars 2008, 10:36 par Clopine Trouillefou

quel bonheur de te lire, tu tiens la route, magnifiquement…

Bien à toi

Clopine

(pas de solution pour le babysitting et autre. J’ai bien un copain qui… Mais il faudrait que je lui en parle d’abord, et je ne le vois que de loin en loin. Je vais essayer d’y penser quand même, je connais une, deux, trois personnes à Paris qui elles-mêmes… Pourvu que tu y arrives, quoi.

Le personnel de l’école ne peut-il refuser de donner les enfants , compte tenu de la situation ?

à toi,

Clopine

3. Le vendredi 28 mars 2008, 20:04 par Fauvette

Pour L’Ecole des femmes, j’ai eu la même déception qu toi : Daniel Auteuil qui cabotine, et articule mal. Des décors pas géniaux, mais Agnès sublime !