Je me souviens d’un livre que j’ai lu enfant, et dont l’action se situait en Andalousie. On y disait que le mardi était un jour de malchance. Un peu comme les vendredis chez nous. Les vendredis 13 surtout.
Hier, ce n’était pas une journée de malchance. Juste un peu de malheur. Et un peu de bonheur. Une journée, quoi.
Premier acte

Toute la matinée, boulot. Je ne suis pas très bien au boulot en ce moment. Je n’ai pas toujours la tête à y être, c’est sûr. Mais je m’y sens aussi très seule. Entourée par des gens qui n’attendent qu’un faux-pas pour me clouer au pilori.

La semaine dernière, j’étais arrêtée pour cause de maladie. La rumeur est venue jusqu’au pied de mon lit que des membres de mon service trouvaient cet arrêt curieux. Ou plutôt arrivant à un moment curieux. Comme si je ne savais pas assumer ni mon rôle ni ma fonction (déléguée syndicale en pleine grève, remplaçante d’une chef de service partie en congé maternité). En temps ordinaire, je m’en serais foutu. Mais là, je suis blessée. Je ne peux pas me permettre de baisser la garde. Je me sens particulièrement seule.

Certains, dans l’entreprise, savent ce que je vis. Me soutiennent. Pas eux. Ils savent juste que je traverse une phase difficile. Avec eux, je n’ai jamais partagé le degré d’intimité suffisant pour éprouver le besoin de leur raconter quoi que ce soit. Ce sont les pauses déjeuner qui sont le plus difficiles, quand tout le monde s’en va et que je reste là, à couver mon chagrin en pique niquant sur un coin de mon bureau. J’ai connu des heures plus palpitantes.

Hier en fait, je n’ai même pas pris le temps de déjeuner. J’avais du boulot par-dessus la tête et un rendez-vous à ne pas manquer, à 15 heures. Je devais avoir fini avant. Pas le moment de laisser une part de mon boulot à mes chers collègues. Mes oreilles auraient encore sifflé.