Hier, le billet d’Eolas m’a rappelé quelques souvenirs et j’ai voulu relire le discours de Robert Badinter devant l’Assemblée nationale. Il se trouve que j’étais dans l’assistance ce jour-là, comme auditrice bien sûr. Je n’aurai pas voulu manquer cela pour rien au monde.
Et puis je suis tombée sur cet extrait, que j’avais complètement oublié. Coïncidence, c’est cet extrait là aussi que France Inter a rediffusé ce matin, lors du journal.
« En fait, ceux qui croient à la valeur dissuasive de la peine de mort méconnaissent la vérité humaine. La passion criminelle n’est pas plus arrêtée par la peur de la mort que d’autres passions ne le sont qui, celles-là, sont nobles.
Et si la peur de la mort arrêtait les hommes, vous n’auriez ni grands soldats, ni grands sportifs. Nous les admirons, mais ils n’hésitent pas devant la mort. D’autres, emportés par d’autres passions, n’hésitent pas non plus. C’est seulement pour la peine de mort qu’on invente l’idée que la peur de la mort retient l’homme dans ses passions extrêmes. Ce n’est pas exact.
Et, puisqu’on vient de prononcer le nom de deux condamnés à mort qui ont été exécutés, je vous dirai pourquoi, plus qu’aucun autre, je puis affirmer qu’il n’y a pas dans la peine de mort de valeur dissuasive : sachez bien que, dans la foule qui, autour du palais de justice de Troyes, criait au passage de Buffet et de Bontems : « A mort Buffet ! A mort Bontems ! » se trouvait un jeune homme qui s’appelait Patrick Henry. Croyez-moi, à ma stupéfaction, quand je l’ai appris, j’ai compris ce que pouvais signifier, ce jour-là, la valeur dissuasive de la peine de mort. »
Il faut relire le discours de Robert Badinter. Il est passionnant tant historiquement que sur le sens de ce combat. Car la peine de mort est loin d’être abolie partout…
1. Le mardi 10 octobre 2006, 12:52 par Anne
A lire certains commentaires nauséabonds de partisans de la peine de mort chez Eolas, ça donne des ailes pour l’apprendre par cœur, ce discours, et le clamer sur tous les toits…
2. Le mardi 10 octobre 2006, 17:59 par Amazone
@anne : in extenso, je n’aurais jamais le courage de l’apprendre par cœur ! Néanmoins, il faudrait le faire lire au collège et au lycée, et donner la tâche suivante aux élèves : trouvez les idées directrices de ce discours. (travail par groupe de 2 ou 3).
J’ai fait moi aussi un tour chez Maître Eolas, hier, et j’ai pu constater qu’il y a encore trop de partisans de cette abjection en France. C’est pourquoi je crois que seul l’enseignement à L’Ecole, en ECJS (par exemple), pourra un jour, (bientôt?), faire évoluer les mentalités sur ce sujet.
3. Le mercredi 11 octobre 2006, 00:21 par Gavilan
Je ne connaissait que la fin de cet extrait. Le début est fort. Merci de me l’avoir fait connaître.
4. Le mercredi 11 octobre 2006, 01:03 par Fauvette
Merci. Cela a dû être un grand moment pour toi. Inoubliable. Robert Badinter quel monsieur !
Moi aussi j’ai lu le billet chez Eolas, grâce à Kozlika. Mais je n’ai pas lu tous les commentaires, trop c’est trop.
En tout cas 25 ans ! Ce soir R. Badinter a rappelé aux infos de la 3, chez Marie Drucker, que l’Europe interdisait un retour à la peine de mort. Alors les paroles et textes des pro-énervés, sont comme qui dirait inutiles.
C’est irréversible. Un point c’est tout.
5. Le mercredi 11 octobre 2006, 17:53 par tirui
la peine de mort est le cheval de bataille des braves gens qui aimeraient tuer mais veulent le faire sans risque et par bourreau interposé.
6. Le jeudi 12 octobre 2006, 23:28 par avanaé
C’était et c’est encore un magnifique discours… Hélas , il n’a pas persuadé en masse , et y a du boulot encore…
Et puis , moi , j’ai peur , que l’on y revienne , en France .
Tirui> J’aime bien ton commentaire !