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Pour en revenir à ceux que je considérais comme des adultes, leur spectacle ne laissait pas de me surprendre. Surtout celui des hommes. Sous prétexte de libéralisation des mœurs, ils adoptaient des comportements puérils, tel ce jeune prof d’université qui poursuivait sa femme dans les allées du supermarché où nous faisions nos courses pour finir par lui mordre sauvagement les fesses devant le présentoir des yaourts. Cela devant une petite vieille médusée qu’il était très content, pensait-il, d’avoir choquée.

Leur unique préoccupation, à ceux-là comme à d’autre, c’était le cul. Mais pas le cul à la papa. Non, il fallait rompre avec les habitudes petites-bourgeoises et s’envoyer en l’air dans les parkings, les ascenseurs, sur les aires d’autoroute, dans la buanderie des voisins à qui ils étaient venus emprunter un peu de sel. Exhiber leur sexualité explosive et bruyante. Et comme ce n’était pas encore assez, ils s’envoyaient aussi en l’air chacun de leur côté, laissant leurs deux mômes grandir à la va comme je te pousse, beaucoup plus intéressés par leurs pseudos jouissances que par le changement des couches du dernier.

Moi, je disais déjà que plus on en parle, plus on s’exhibe et plus on a probablement un problème de ce coté là. Les rois du matelas, les défonceurs de sommier ne sont jamais des bons coups. Je les trouvais donc plutôt inquiétants. Les gamins étaient mignons, attendrissants. Nous, les ados, les avions pris un peu sous notre aile, en attendant que leurs parents aient fini de grandir.

Les adultes faisaient des fêtes tous les week-ends, s’invitant chez les uns ou chez les autres. Sans les enfants. Nous qui étions habituées à suivre nos parents un peu partout l’avions, saumâtre. Les deux aînées gardaient les trois plus jeunes. Le lendemain, il fallait gérer les gueules de bois, un sale dimanche en perspective. Quand nous leur demandions comment s’étaient passé leur « sauteries » (et j’ignorais encore toute la réalité contenue dans ce mot), ils restaient évasifs. Je soupçonne très fortement des coucheries peu glorieuses, des corps imbibés d’alcool. Que nous étions loin, alors, de l’exultation des corps dont on nous rebat les oreilles à l’heure actuelle.

C’est à cette époque que ma mère a commencé à tutoyer a bouteille. Paumée entre ses principes et la réalité de sa vie avec mon père. Il l’avait persuadée que cette libération sexuelle était absolument nécessaire, vitale. Il faut dire qu’il a bien été aidé par le milieu ambiant. Lui en profitait pour faire venir ses maîtresses à la maison. Ma mère devenait leur copine, faisant contre mauvaise fortune bon cœur. Je suis sûre qu’elle a été tentée de les foutre à la porte. Mais elle ne pouvait se montrer aussi rétrograde, il fallait être L.I.B.E.R.E.E.

Je soupçonne qu’elle tentait de leur donner mauvaise conscience en les recevant si amicalement sans sa maison. Ça a marché, ça n’a pas marché, cela dépendait de ces femmes. Ma mère haussait les épaules, philosophe et disait : « C’est à moi qu’il a donné des enfants. » Oui, cinq filles qui regardaient tout cela en se demandant ce qui se passait dans cette maison. Et puis un jour, l’une d’elles s’est mis dans la tête que mon père allait lui faire un garçon. Elle ne parlait pas au hasard. Elle se disait qu’en donnant un petit mâle à cet homme qui n’avait eu que des filles, elle réussirait sans doute lui faire quitter sa famille. Comme quoi, on avait beau être libéré, on se retrouvait les vieux réflexes. On se retrouvait dans le pire des Labiche (un grand-oncle paraît-il d’ailleurs).

Pour nous, cependant, il y avait une chose claire : ces femmes étaient des salopes. Nous ne pouvions concevoir qu’elles ne se rendaient pas compte de l’humiliation qu’elles infligeaient à notre mère. Nous leur étions ouvertement hostiles. Et folles de rage lorsque nous constations qu’elles avaient profité de notre absence pour baiser dans nos lits, pas forcément avec mon père d’ailleurs, mais sans penser à changer les draps ensuite. Certaines avaient du mal à accepter notre attitude, nous traitaient de mal élevées. Ce qu’elles ne supportaient pas, surtout, c’était l’image que nous leur renvoyions. Salopes elles étaient, salopes elles demeuraient. Nous avons mis des années à leur pardonner. Et encore, pour les certaines, je ne sais pas si j’y suis vraiment parvenue, tout au moins suis-je parvenue à donner le change.

Nous avions, par contre, encore beaucoup de mal à incriminer le père. Il était pourtant beaucoup plus fautif qu’elles. Cela dit, ce n’est pas tant d’avoir pris des maîtresses que je lui reproche, mais de les avoir exhibées sous le nez de ma mère, en se moquant éperdument de la douleur et de l’humiliation qu’il lui infligeait, ce mépris total dont il a fait montre pendant toute cette période, mépris qui s’est ensuite transformé en haine. Ah ! le Love Power. Tout une époque !

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Le mardi 28 juin 2005, 15:22 par Anne

Au nom du Love Power, effectivement, que d’humiliations, de manipulations…

Je crois que c’est normal qu’on en veuille moins à son parent qu’à sa ou ses conquêtes. Que c’est normal, jusqu’à un certain point, de chercher des circonstances atténuantes ou d’excuser plus ou moins. Pas toujours consciemment.

A vous lire je pèse encore plus ma chance de venir d’une famille si unie. Ca ne veut pas dire sans problèmes, hein ! Mais ça aide à en surmonter quelques uns…

2. Le mardi 28 juin 2005, 21:36 par luciole

« J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne » Jean Luc Lagarce. Si tu ne connais pas, je te conseil cette lecture! Magnifique et tellement parlant.

Extrait.
La plus jeune: Lorsque le père le chassa dans sa colère, sa violente colère, une de ces colères terribles à faire trembler les murs…
Car je n’ai jamais eu le souvenir qu’il y eut des jours sans cette colère et sans ces cris et sans cette violence. Car il s’agit de violence et rien d’autre.
J’étais petite et on ne se souciait pas de moi, mais j’entendais déjà…

La mère: Tu te souviens de ça de toi? Tu te souviens de tout ça, tu l’as vu, tu n’étais pas endormie, loin de nous, tu l’as vu et tu t’en souviens? Tu inventes, où est ce que tu étais?

3. Le mardi 28 juin 2005, 22:17 par racontars

Luciole : Les extraits sont déjà parlant… Tu me l’apporterais en vacances ???

Anne, la condamnation du père, en tout cas ça cause profonde est à venir, parce qu’elle a fini par venir… Tu sais, ce qui m’énerve, c’est la vague des trentenaires qui râlent parce qu’on ne leur fait pas de place. On en entend plein à la radio, on lit plein de papiers là dessus dans les médias en ce moment. Et qui disent : « Oui, mais vous, vous n’avez pa eu le Sida… » Comme si c’était un gage de bonheur absolu…
Chaque génération connaît ses galère et doit se faire sa place. Faudrait pas que ça leur tombe tout cuit dans le bec non plu ????

4. Le mercredi 29 juin 2005, 07:27 par luciole

Oui, bien sur, je te le pretterai, mais tu le liras avant de repartir!!! rires!!!

La génération des trentenaires a un côté enfant gâté qui voudrait tout, tout de suite, un gros problème a gérer la frustration… Mais ils apprennent… Enfin certains… Sourire d’une qui s’approche à grand pas des 35 balais!

5. Le mercredi 29 juin 2005, 09:35 par Anne

Me doutais. D’où le « jusqu’à un certain point ».

Ils sont cons les gens. Les trentenaires qui n’arrivent pas à se faire leur place. « Vous n’avez pas eu le Sida »… ben ouais mais justement, il y a plus de gens de ta génération que de la mienne qui l’ont chopé, du coup.

C’est d’une nullité crasse de dire des trucs pareils, enfin je sais qu’on est d’accord mais d’un coup j’en suis toute indignée.

6. Le mercredi 29 juin 2005, 13:25 par Fauvette

Elle a bon dos la libération sexuelle. Cela a permis à des machos infantiles de faire ce qu’il voulait sans se sentir responsables de leurs actes.
Bon courage.

7. Le mercredi 29 juin 2005, 22:02 par Aude dite Orium

Rajouterais je mon grain de sel ? Tiens je parlerai des trentenaires, moi qui cours vers la quarantaine, et de tous ceux qui se plaignent qu’on ne leur fait pas de place, qui réclame des autres de faire le boulot qu’ils ne font pas eux mêmes. Et puis quoi encore ? tétine et couche culotte ? Enfants de grands gamins n’ont pas beaucoup grandi eux même. « c’est pas de ma faute, c’est au cause de… mes parents… la société… la génération… » Tous des victimes , jamais acteur de leur vie. Quelle tristesse.

8. Le jeudi 30 juin 2005, 14:23 par Seashell

Fauvette : des machos…et des machottes ! Dans mon cas, c’était ma mère qui faisait tourner les amants au nom de la révolution sexuelle (à laquelle je ne mets pas de majuscules ;-)). Et mon père qui subissait, comme quoi…
J’imagine qu’elle devait se venger de quelque chose, d’un ex-macho, ou d’un père macho. mais ça n’excuse pas…