Ce soir, Anne Teresa De Keersmaeker. Deux heures de spectacles avec des musiques de Bach, Webern et Shonberg. Surtout du Bach.
Je suis arrivée très fatiguée et après avoir bien mangé, ce qui n’est pas la meilleure indication pour s’enfermer dans le noir d’une salle. Mais j’ai tenu le coup.
Le ballet était difficile, il ne se livrait pas complètement et cela, sans doute, à cause de l’inégalité des danseurs. Les garçons, tous formidable. Chez les filles pas la même chanson, hélas. L’une d’elle, extraordinaire. Une présence, un âme. Elle est restée quelques minutes allongée sur scène de dos, sans musique, sans mouvement, sans rien. Elle aurait pu y rester dix minutes de plus que nous ne nous serions pas ennuyé tant son corps à lui seul parle.
Une brune à cheveux long aussi, que j’avais vue l’an passé était bien. Les autres, en dessous. Une blonde à robe bleue nous rendait à notre torpeur dès qu’elle était en solo. Une petite brune à talons rouges, que l’on a attendu longtemps, était en fait plus que décevante. Rien. Pas d’envie, pas de transport, des gesticulations.
L’inégalité des interprètes, dans une pièce de Keersmaeker est peut-être encore plus difficile à digérer qu’ailleurs tant son propos est aride. Bien sûr, il y a la musique, celle de Bach d’ailleurs, dont on se dit qu’on devrait en écouter plus souvent, tellement c’est beau. Et puis les deux autres, plus modernes, plus contemporains, mais dont devrait couler le geste, la fureur, l’emportement des corps.
La musique n’est pas tout. Le décor est, comme souvent, sévère, sec. Une salle de répétition, de sport, un hangar, un gymnase peut-être. Parquet au sol, panneaux de bois posé contre les murs. Dans un coin, des tuyaux rouges enroulés. De l’autre, un piano à queue. Car pratiquement tous les morceaux de Bach seront interprétés, et de quelle belle manière par Alain Franco.
C’est dans cette aridité-là que se lancent les danseurs. Scènes décousues, solos, duos qui se jettent par terre, rencontre, trios, fuites, cercles. Il n’y a pas d’histoire, que la beauté du geste, du mouvement, de l’ensemble ou de la solitude. Oui, c’est cela, « dans nos ville de grande solitude », marmonnait un chanteur populaire. Et c’est ce que l’on ressent, des gens qui se croisent et se décroisent. On se croirait même parfois dans West Side Story
C’est beau quand c’est bien dansé. Les hommes, encore une fois, sont magiques, tous, sans exception. Les duos sont poignants, les pas de deux fascinants. Et puis il y les couacs, quand l’interprète fait retomber la sauce. A la fin, c’est fatigant, on ne sait pas sur quel pied danser, on attend d’être emporté, on est déçu on s’ennuie.
Et puis ça repart, on se redresse, on suit le mouvement, on a envie d’applaudir bien avant la fin. Et la scène suivante on a hâte que tout soit terminé. On ne sait plus si on adore ou si on s’ennuie parce que probablement, il y a un peu des deux…
Tout de même, la danseuse blonde en jean. Quelle belle époustouflante. Son premier duo et son premier solo, presque au tout début, était d’une virilité étonnante qui m’a rappelé une des pièces vue l’an passée. A tel point que je me suis demandée si elle n’était pas garçon aux cheveux longs. Et puis dans les duos et dans les solos suivants, elle fut d’une féminité sans égal, toujours en jean. Ronde, alanguie, douce, gracieuse, juvénile. Des allures de brindille et des rondeurs d’odalisque. Vraiment, une grande. Très grande.
Au final, oui, si vous aimez la danse, il faut aller le voir, ce spectacle d’Anne Teresa. Mais si vous n’êtes pas féru, fan, amateur, vous risquez de faire comme beaucoup ce soir. Partir avant la fin.
Le dimanche 20 janvier 2008, 11:11 par Bladsurb
Comme spectatrice fatiguée, tu as été bien attentive
Je n’ai pas pensé à analyser les différences de qualité d’interprétation, me suis contenté de flotter, en accrochant de manière intermittente.
2. Le dimanche 20 janvier 2008, 12:20 par akynou
Nous étions deux
La discussion après spectacle avec Luciole a facilité la mise en mots d’impressions
3. Le dimanche 20 janvier 2008, 14:07 par luciole
C’est très révélateur, quand un spectacle ne m’emballe pas du début à la fin, quand je m’y ennuie ne serait ce qu’un peu, pour m’occuper je cherche pourquoi. Un spectacle que j’ai adoré me laisse sans mot, un spectacle que j’ai moins aimé, j’ai tout de suite beaucoup à en dire 
4. Le samedi 26 janvier 2008, 00:07 par flo
oh bin moi, j’aime que Guillem, alors… bon, non, je rigole (quoique), côté chorégraphes Edouard Lock c’est bien, Nacho Duato, Sacha Waltz (sauf quand elle reprend ostensiblement les tics du contemporain, mais qu’est-ce que c’est que cette mode de se flanquer par terre et sur les murs, et ça dure ce truc, y pourraient pas faire des grands jetés à la place ?), Robbins, et puis un néerlandais dont je ne me rappelle plus le nom… autrement, je trouve ça pas assez épuré, le contemporain, pas assez « joli » non plus, c’est trop de langage, à un moment donné la danse ça doit juste te trouer le cul tellement c’est beau, et puis voilà. Après, si on a envie de grammaticaliser, très bien, mais le spectateur c’est par les sentiments qu’il faut le prendre, lui rentrer dedans, le faire rentrer dans. Non ?
sinon, c’est davantage les danseurs/danseuses auxquels je suis sensible et qui me rendent fan. Aurélie Dupont, par exemple, une grande blonde chez Lock (si ça se trouve c’est aussi ta grande blonde ?), ou Guillem, tiens, au hasard. –Elle passe au TCE ce printemps, mais les places sont à des prix stratosphériques, j’avais reçu un dépliant « d’offre spéciale », et moi qui suis pourtant pas coincée de la dépense et du claquage, je me suis sentie les sourcils friser.
Mais ces temps-ci je n’ai pas vu grand chose. C’est bien de lire ton compte-rendu. Il y a vraiment des gens qui sont partis avant la fin ? quelle horreur. ça ne se fait pas du tout, même si le spectacle est mauvais, parce que même un mauvais truc, cest du boulot, et puis je trouve qu’il faut en avoir dans le ventre pour aller sur scène, ça se respecte.
