1er mai. Bon qu’est-ce qu’on fait un premier mai. En général, on va manifester. En tout cas, cette année, c’est important de manifester. Je suis donc allé à la plage avec une feuille sur laquelle j’avais écrit : A bas Sarkozy. Et une autre avec : Touchez pas à nos retraites. Et enfin : on veut du pouvoir d’achat…

Je suis arrivée la première. Puis d’autres femmes sont arrivées avec leurs enfants. Nous avons fait un sit-in. Et l’après-midi est passée comme ça. Bien sûr, à un moment, je n’ai pas pu résister, j’ai piqué une tête.

Tiucce

Les enfants allaient et venaient. Il y avait des concurrences d’âges, des groupes d’amis constitués, des garçons, des filles. Les mères, m’ont proposé une belote. Mais bon, la dernière fois que j’ai joué, ce devait être il y a, au moins, trente ans…
– Trente ans ? Si longtemps ? Mais t’es pas une grand-mère…
– Bé non, je n’en suis pas une. Mais j’aurais pu. En tout cas, j’en ai l’âge. J’en connais des plus jeunes que moi.
– Mais tu ne les fais pas…
– Merci, merci, ce sont toujours des compliments bons à prendre…

Bref, elles se sont mises à jouer à la belote. J’avais complètement oublié que ça se jouait comme cela. J’ai entendu des mots qui avaient un sens pour moi. Preuve que je n’avais pas non plus tout oublié. Ils sonnaient à mon oreille comme de vieux souvenirs qu’on exhume d’une malle : on avait oublié qu’ils existaient, mais on est content de les retrouver.

Pendant qu’elles jouaient, j’ai essayé de lire. Mais je suis d’humeur contemplative en ce moment. Et j’étais passionnée par les fillettes de 8-9 ans qui jouaient à la maîtresse et aux esclaves. L’une d’elle reposait, alanguie, c’était la maîtresse. Les autres s’affairaient, les esclaves : médecin ou servantes. Et puis il y avait J., 3 ans, qui jouait la fille de la maîtresse et s’en sortait fort bien.

Elle savait aussi que, quand elle avait du sable dans les yeux, il ne fallait pas aller voir sa « mère », mais la servante (sa sœur). Les miennes, de filles, étaient dans l’eau. Puis à côté de moi. Garance a des difficultés avec les filles de son âge et leurs « je t’aime moi non plus » pourtant courant à cet époque de la vie (et bien plus tard aussi d’ailleurs). Et puis parfois, elle n’a pas envie d’être avec d’autres que moi ou que ses sœurs. Elle a envie de n’être qu’avec nous. Elle angoisse. Je le sens. A un moment, elle s’énerve. Elle n’arrive pas à me parler. Alors je l’entraîne faire une petite promenade le long de la mer. Et là, elle me crache ce qu’elle remâche depuis quelque temps. « Quand je pense à papa, ça fait tellement triste que je n’arrive pas à travailler. C’est pour ça que je ne travaille pas bien à l’école. Et puis aussi, j’ai peur pour toi. J’ai peur qu’il soit tellement en colère qu’il te fasse mal. »

Je ne peux quand même pas lui dire que ça m’a aussi traversé l’esprit. Je ne crois pas que ça l’aiderait. Alors je lui glisse que son père ne m’a jamais frappée, moi. Et que je ne vois pas pourquoi il commencerait maintenant. En fait, si, je le vois bien aussi. Mais je le garde pour moi. Le dialogue étant complètement rompu, la colère qui ne s’exprime pas verbalement peut tout à fait sortir par un autre canal.

Garance se calme. Nous trouvons de jolis cailloux dans l’eau. Je retourne à mon sit-in, elle reste près de moi, puis retourne se baigner avec Lou et Cannelle. La crise est passée.

Le temps passe, lui aussi. Peu à peu les manifestantes s’en vont. Je reste seule avec les filles. Passer un moment toutes les quatre avant de remonter vers le village. Ce que nous finissons par faire vers 19 heures. Sur la route, je m’arrête quelques fois pour prendre des photos. L’heure exquise. Des fleurs, la campagne, la montagne, le village…

En revenant au village

Puis nous arrivons à la maison. Toujours la même manœuvre périlleuse pour garer la voiture. Depuis la fenêtre de la cuisine, le coucher de  soleil à l’air merveilleux. Alors, je monte à l’étage. On y a une vue magnifique sur toute la côte et sur M. Soleil qui prend disparaître dans l’eau. Les couleurs sont somptueuses. Je reste là, un bon moment. Et je salue l’astre qui plonge. Je redescends préparer le repas.

Le dimanche 8 juin 2008, 02:01 par Minium

« Psychologiquement » c’est certainement très bien qu’elle puisse verbaliser cette angoisse et s’en ouvrir directement à toi qui es l’objet de son inquiétude. Oui ça vous prend du temps et les références à cette période seront toujours douloureuses, mais je vous sens sur la bonne voie.

J’espère toujours que tout se passe au mieux, que le dialogue avec le Nôm puisse se rétablir, surtout avec ses filles, et que tu puisses aussi sereinement que possible aborder une nouvelle période de ta vie.

2. Le dimanche 8 juin 2008, 15:10 par laure

Si tu as peur, pourquoi ne pas le lui dire? Elle le sent, et si elle sent en plus que tu lui cache quelque chose, ça sera peut-être pire.
Mais dis-lui aussi qu’il y a peu de chance pour que ça arrive, que tu pourrais te défendre, et qu’avec les lois, il n’a vraiment aucun intérêt à le faire et qu’il le sait. Bref, rassure-la quand même.
A mon avis (mais ce n’est que mon avis), lui cacher quelque chose qu’elle sent risque de ne pas la rassurer tant que ça…

3. Le lundi 9 juin 2008, 10:36 par Clopine Trouillefou

Ah, je voudrais que tu puisses te prémunir de tout risque. C’est pour cela que l’éloignement géographique est une vraie de vraie bonne nouvelle,au moins le temps de la cicatrisation, et dieu sait que ses plaies-là sont lentes à se refermer. Mais comme tu prends les bons chemins…

bien à toi

Clopine

4. Le lundi 9 juin 2008, 18:48 par Moukmouk

Fais attention, protèges-toi oui, mais il faut vivre aussi, il faut être heureuse. Comment faire tout cela en même temps? je ne sais pas vraiment, mais je t’envoie toute ma tendresse.

5. Le lundi 9 juin 2008, 23:41 par Fauvette

Des câlins pour toutes. Elles et toi.

6. Le mardi 10 juin 2008, 19:07 par caro

…. tout à fleur de peau ta Garance… je pense bien à toi, à tes moments de grande inquiétude comme à ces quelques minutes de répit à profiter de courts instants très lumineux comme celui à regarder le soleil se coucher, les enfants absorbés dans leurs jeux, la flore alentour… je vous embrasse.