Je viens de fermer les volets de la chambre des petites. Ça sent bon l’air frais. On se croirait à la campagne, alors que nous sommes en centre ville, à dix minutes à pied de la gare, un quart d’heure de la mairie et du palais de Justice…
L’air sent bon, oui, Et nous y sommes bien. Mais pas encore chez nous. Nous avons emménagé tant de fois ces derniers mois que nous avons du mal à nous rendre vraiment compte que nous sommes ici chez nous. Que les cartons que nous déballons (pour la deuxième fois de l’année quand même) ne seront pas à remplir dans quelques semaines, que les sacs et les valises sont au repos et ne resserviront que pour de vrais voyages.
Il faut dire que la fin de notre errance fut « apothéotique » si vous voulez bien me pardonner cette expression. J’avais pris langue avec des déménageurs, je voulais un « luxe », à savoir : il font tout, je ne fais rien. J’en ai reçu des devis. Ce n’était pas donné. J’ai donc mis plusieurs sociétés en concurrence, histoire de faire baisser les prix. Et puis une de mes collègues m’a donné les coordonnées de gens bossant (dans la broc) pour son mari, qui m’ont promis de faire 20 % de moins que le moins cher. Ils ont donc emporté le marcher.
J’aurais dû me méfier. Déjà, le devis, je l’ai reçu le jour où je déménageais. Impossible d’y modifier quoi que ce soit s’il était mal fait. Samedi, ils m’ont livré des cartons. Ça m’arrangeait pour faire le partage. Je me voyais mal les suivre toute la journée en disant : « Cette pile de vêtements, c’est pour moi, non ça vous ne touchez pas…» Donc tout ce qui relevais du tri, c’est moi qui l’ai encartonné, ce qui faisait quand même pas mal de boulot. Mine de rien, j’en profitais pour essayer de récupérer certains papiers que j’avais « égarés » mais il me semble que le Nôm a pris la précaution de les mettre à l’abri, ailleurs…
Bref, j’ai passé mon week-end à faire des cartons avec Lou.
Lundi matin, arrivée des membres de l’équipe. Ils sont trois, plus loulous de banlieue que broc bon chic bon genre. Et tels que je les vois, je comprends que les 20 %, ils vont essayer de les récupérer d’une manière ou d’une autre. Donc ils ne perdent pas de temps. Déjà, ils essaient de tout faire entrer dans un seul camion (ils n’ont que des véhicules de 25 mètres cubes quand les estimations concernant mes biens étaient de 40). Je doute un peu, mais ce sont eux les spécialistes : « Mais oui, tout se démonte, donc on peut gagner de la place. »
Je les laisse charger ce qui peut l’être et encartonner. Je pars récupérer mes nouvelles lunettes, poster du courrier. Je reviens vers 13 heures. Nouvelle économies annoncée, l’équipe a décidé de tout faire en une seule journée. Je vois mal comment ils vont faire pour finir de charger le camion, aller à Tours, décharger, remonter tout. Mais puisqu’ils y tiennent, personnellement, ça peut m’arranger. Je rejoins donc Lou sur notre lieu d’hébergement, nous finissons nos bagages en vitesse (heureusement, j’avais un peu anticipé, mais j’ai oublié plein de trucs). Je téléphone au copain qui nous a accueilli pendant tout un mois pour lui rendre ses clés. Chargées comme des bourriques nous descendons une dernière fois les 5 étages (sans ascenseur), faisons les quelques mètres qui nous séparent du bistro où nous attend le copain. Nous lui rendons son bien, nous nous saluons. J’ai la gorge serrée par l’émotion, Lou aussi. Il plaisante, ce qui nous fait du bien. Et me prête un billet pour prendre un taxi. Nous avons un train à 16 h et des brouettes, nous avons juste le temps.
J’appelle un taxi. C’est un autre qui nous prendra en charge, se faisant passer pour le premier. Un voleur. Il ne nous fait pas faire de détour, il voit bien que je connais le terrain. Il se contente de prendre les rues les plus embouteillées en nous disant qu’il aurait mieux fait de passer par tel et tel endroit. C’est en plus un facho de première qui nous sort des énormités sur « Notre Dame de Paris » et les « Folles de la mairie ». Je m’insurge plusieurs fois. J’ai commencée la course la gorge nouée à regarder défiler les maisons de mon quartier (je vivais là depuis 1981), j’écume presque de rage maintenant. Pour couronner le tout, nous avons évidemment raté notre train. Je hais ce mec.
Heureusement, Tours est bien desservi. Mais là, il nous faudra changer à Saint-Pierre-des-Corps. J’échange nos billets prévus pour le lendemain. Lou et moi n’arrivons pas à avoir de place dans la même voiture tant le train est bondé. On se débrouillera bien, de toute façon, nous n’avons pas le choix.
Nous prenons cinq minutes pour acheter des sandwich, nous n’avons rien mangé depuis notre petit déjeuner. Nous montons dans le TGV, une petite salle, qui ressemble à une voiture bar, le bar en moins. Nous commençons à nous entasser là dedans quand arrive une femme, seule avec ses trois enfants (dont une d’à peine un an) et des tonnes de bagages. Visiblement, elle n’en peut plus. Elle fait monter ses filles à bord, largue la dernière dans les bras de la grande. A sa façon de faire je glisse à Lou que je reconnais là le stress de la femme débordée. Je la vois hisser deux énormes valises dans le wagon et chercher désespérément une place où les mettre. Dans les TGV on empile et on tasse les gens pour en faire loger le plus possible dans les voitures, mais on a oublié que ces voyageurs là partaient avec des valises, des sacs, des bagages, quoi…
Pendant ce temps, la petite dernière hurle tout ce qu’elle peut, affolée par l’énervement de la mère puis son départ. Elle hurle tant et si bien qu’elle en vomit sur sa sœur, sur une passagère, par terre. La mère, toujours à ses valises, n’a rien vu. L’aînée prend un pagne et commence à essuyer comme elle peut. La petite s’échappe et est rattrapée par la voyageuse sur qui elle a vomi. Celle-ci appelle la mère, qui laisse les valises en plein milieu du chemin (à la guerre comme à la guerre) et revient s’occuper de sa progéniture et de ses déjections.
Cela dit, avec le vomi, le wagon s’est quelque peu vidé. Et nous trouvons tous de quoi nous asseoir. L’odeur n’est pas trop forte, la maman ayant largement aspergé l’espace d’eau de colonne. Elle s’assoit avec ses filles. Le calme revient. Lou a sa place à côté de moi. Curieusement, le sandwich, lui, finit à la poubelle.
Le vendredi 15 août 2008, 10:40 par Valérie de Haute Savoie
Des moments de purs bonheurs dont on ne peut rire que quelques temps après.
Les taxis je les ai longtemps pratiqués et je ne compte plus le nombre de fois où ce qui s’y disait me vrillait le ventre de rage.
2. Le vendredi 15 août 2008, 10:45 par Saperli
heureuse de te savoir enfin installée dans une nouvelle ville, et vie.
3. Le vendredi 15 août 2008, 11:06 par Fauvette
En centre ville ? Ah c’est vraiment bien, tout sera facile aller au travail, à l’école, faire les courses, le marché. Vivre enfin.
Bonne installation, après une semaine qui a dû être assez lourde côté coeur.
Je vous embrasse, et puis oui tu as raison : on prendra le train pour Tours !
4. Le vendredi 15 août 2008, 13:41 par Marloute
oh my God.
C’est épique.
J’attends la suite avec impatience, tu raconte trop bien!
5. Le vendredi 15 août 2008, 18:30 par janu
1981 x-) Toute la vie, quoi
Mais ah, la Loire et la douceur de l’air ! Vous l’aurez bien méritée.