Aujourd’hui, il faisait humide, mais pas trop froid. Gris surtout. Nous avons décidé (enfin, j’ai décidé et la petite était d’accord) d’aller à Oceanopolis. Je connaissais l’aquarium que j’avais visité avec les filles et le Nôm. Mais la petite l’était trop pour s’en souvenir, même pas 3 ans. J’ai encore plein de photos de cette période-là. Encore heureux, parce que je n’en ai pas du tout de cette visite-ci. J’ai pris quelques photos minables avec mon portable, mais je n’avais pas rechargé la batterie… Alors.
En tout cas, l’aquarium n’a guère changé depuis cinq ans. Il y a quelques nouveaux specimens, d’autres qui ont disparu. Je n’ai pas retrouvé ces énormes roussettes que j’avais aperçues la fois précédente. Par contre, on a pu admirer deux très beaux requins zèbres. Nous avons discuté avec le plongeur qui s’occupe du bassin tropical, assisté au repas des manchots et des phoques (pas en même temps, bien sûr). Et puis nous avons été me ruiner dans la boutique aux souvenirs. Comment peut-ont vendre des souvenirs ?
Je ne sais pas si c’est parce que j’y suis plus sensible, ou parce que la chose a évolué, mais j’ai trouvé l’aquarium plus proche des préoccupations écologiques que la fois précédente. En tout cas le signal d’alarme sur les coraux et sur les pôles était bien plus présent. Nous avons loupé de peu une semaine spécial Guadeloupe (ça se terminait hier avec un défilé de carnaval).
Léone a voulu acheter une peluche. Mais elle ne voulait qu’une peluche WWF. Parce que c’était un signe qui était important pour Garance (la peluche est un cadeau pour sa soeur). Je suis de tout cœur avec cette organisation, mais les peluches siglées coûtait le triple des autres et je ne pouvait quand même pas en acheter une à 35 euros. Plus de 200 francs. Je calcule rarement en francs, sauf quand je veux me persuader de la chereté d’un objet. J’ai dit à Léone qu’avec une telle somme, je pouvais nous nourrir pendant une semaine. La suite me prouva que j’avais raison.
Nous sommes reparties peu avant 18 heures. Nous étions arrivées à midi. J’étais fourbue, elle avait mal aux pieds. Et puis le froid était tombé, elle n’était pas assez vêtue ayant refuser de prendre la polaire que je lui tendais en partant. Nous avons garé la voiture au pied de l’immeuble où nous sommes (génialement) hébergées et nous sommes parties à pied à la recherche du Biocoop qu’on nous avait indiqué.
Je n’étais jamais rentré dans un biocoop. Dans des magasins bios, oui, mais pas dans un de ceux-ci. A Paris, les magasins bios sont le plus souvent des pièges à bobos fortunés. Ici, il y avait de tout, du raisonnable et du hors de prix. Nous nous sommes fait quelques petits plaisirs, prévu plusieurs repas jusqu’à notre départ. Un bouteille de jus de pomme pour elle, de cidre pour moi. Nous en avions pour 34 euros.
Tu vois, lui ai-je dit à la caisse, le prix de la peluche. Elle a acquiescé d’un air grave. Plus loin dans la rue, elle m’a dit qu’elle aimerait qu’un jour, on ai beaucoup d’argent. Elle m’a rappelé sa grande sœur. Qui voulait qu’on arrête d’être pauvre. Mais nous ne sommes pas pauvres, tu ne sais même pas ce que c’est d’être pauvre. Ce n’est pas parce que je te refuse des trucs parce qu’en ce moment on ne peut pas, que nous sommes pauvres…
Je ne leur ai jamais rien caché question argent, parce que j’ai été élevée comme cela. Mais je n’ai jamais eu l’impression d’être pauvre, bien au contraire, je me sentais plutôt privilégiée. Mais je n’habitais pas dans le même milieu. Nous évoluons en milieu bobo ou très bourgeois. Dans mon enfance en Charente, je suis entrée dans des maisons qui ressemblaient plus à des taudis qu’à autre chose. Quand je repense à mes 10-14 ans, à mes camarades d’école, je mesure la différence avec ma famille et le milieu dont j’étais issue. C’est comme si, moi, je n’avais pas bougé de place, mais qu’autour le paysage, et donc le point de vue que l’on peut avoir sur soi même, avait changé.
Cet après-midi, j’ai éprouvé le même genre de sensation. Dans le pavillon polaire d’Oceanopolis, il y a la projection d’un film sur écran géant. Je ne donnerai pas de chiffre, je me tromperai. J’y réfléchissais d’ailleurs, dans la salle : ça ne peut être 360 degrés, puisque sinon, ce serait totalement circulaire. Pas non plus 180, mais plus de 90… Enfin, à un moment, on projetait une balade en hélicoptère au dessus de la banquise. Vu que la totalité de notre vue était capturée par l’écran, nous avions physiquement la sensation d’être dans l’hélico. Quand celui-ci se penchait pour virer, nous avions l’impression que notre corps penchait aussi. J’expliquais à la petite que les informations que donnait notre vue à notre cerveau trompait celui-ci et que c’était lui qui, de façon erronée, nous donnait des sensations que nous aurions dû vivre si nous avions été réellement dans l’hélico. Pourtant, nous étions toujours assises sur notre banc, dans la salle de cinéma. C’est juste le paysage qui avait changé et nous donnait un autre point de vue de nous-même.
Nous sommes rentrées avec nos courses. La petite s’est mise à jouer sur le canapé et j’ai continué un bon roman policier islandais emprunté à l’hôte de ces lieux. Arnaldur… Envoutant.
Et puis la soirée s’est laissée glisser. La petite dort maintenant. Entourée de toutes ses peluches qu’elle avait emmener de la maison. Donc un certain gorille noir dont elle ne se départit jamais. Un petit gorille noir qui me renvoie à d’autres points de vue, de ceux qui ne me font sentir nulle par chez moi. Oui, c’est ça. Depuis un an, je n’ai pas réussi encore à me considérer comme étant chez moi quelque part. Et c’est douloureux. Je pense que c’est aussi à cause de cela que je ne dors plus beaucoup. Il faut que je veille…
Le week-end prochain, nous devons monter à Paris. J’ai un rendez-vous désagréable. Mais comme les filles sont en vacances, je les emmène. Je n’ai pas d’hébergement prévu. Parce qu’à part une personne à qui j’ai osé (après des jours de tergiversations) en parler, les autres, niet. Simplement demander : est-ce que tu peux m’héberger ? à une copine, je n’y arrive pas. ça me renvoie à des mois en arrière. Ce n’est pas tout le temps comme ça. ça va ça vient. Quand je monte seule, je ne me pose pas de questions. Et quand je suis juste avec un des filles non plus. Mais quand nous nous retrouvons toutes là bas… Les angoisses remontent. Elles m’ont demandé ce voyage, je le leur ai promis. Mais ça me fait grincer des dents. Depuis quelques jours, c’est violent.
Je crois que le seul endroit où je serais bien, c’est sous mon lit. C’est pour cela que je me force à partir. Pour ne pas m’y retrouver, sous mon lit. Ce serait un putain de retour en enfance, quand je m’y planquais, sous mon lit…
Le mardi 24 février 2009, 08:12 par jack if
Ah, je connais bien aussi, ces nuits courtes et mauvaises, et ces journées pleines de fatigue.
Et depuis deux semaines je suis bloqué chez moi avec le minimum de mouvement à faire pour tout conseil. Et deux semaines de plus à buller. Donc des livres, des jolies piles de livres que l’on m’a prêté.
J’ai découvert la semaine dernière « La voix » du Sieur Arnaldur, avec son inspecteur Erlandur enquêtant dans un hôtel sur l’assassinat du père Noël, et m’en suis régalé.
Je suis ensuite parti à l’autre bout du monde avec « L’âme du chasseur », de Deon Meyer, un bon livre policier en Afrique du Sud. Le titre original est « The Heart of the Hunter », et il convient mieux, toujours ces curieuses traductions des titres.
Côté roman je me suis absolument délecté de « L’arbre aux haricots » et « Les cochons au paradis » de Barbara Kingsolver. Pour être franc je me suis trompé et j’ai commencé par le 2ème, donc cela gâche un peu. Le premier c’est celui des haricots. La viand’ cochon c’est pour après.
Je te les conseille vraiment si tu ne les connais pas encore, ils te feront faire un beau voyage.
Et je viens de débuter la lecture de « Azteca » de Gary Jennings, un bon pavé de Poche, dont le ton plein de sarcasmes du narrateur « ancien Indien » racontant sa vie et, partant, sa civilisation au colonisateur est très prometteur.
Si tu peux les avoir entre les mains, surtout les haricots et les cochons, je pense que tu vas passer de bon moments.
Bonnes Vacances.
2. Le mardi 24 février 2009, 09:16 par Anne
Je sais que chez moi ça n’est pas intra muros et ça rend les déplacements un peu plus compliqués, mais si tu n’as pas mieux, pas de problème pour nous.
D’un point de vue moins logistique, c’est normal, après ce que vous avez vécu, de ne pas encore avoir réussi à faire « ton terrier ». Déjà quand on déménage juste pour le plaisir, c’est dur de se sentir chez soi dans une nouvelle maison.
Mais ça viendra (avec ce moment où on est tout étonné de se rendre compte que ça y est, on es passé de l’autre côté et qu’on ne sait pas à quel moment exact).
Et puis j’adore les aquariums.
3. Le mardi 24 février 2009, 11:41 par Clopine Trouillefou
Zut, je m’étais promis de m’atteler à ma tâche, sans baguenauder à droite à gauche sur la blogosphère, mais une petite visite chez toi, Akynou, et me voici en train de violer ma promesse – c’est ta faute, à cause des mots simples que tu emploies et qui sont si « parlants »…
Juste pour te raconter qu’il y a eu une période, dans ma vie, où cela allait très mal. Moi aussi, (mais dans un mouvement de balancier inverse au tien) j’avais dû quitter une maison qui était la mienne, je me retrouvais dans une situation très compliquée, où je n’étais, je ne me sentais pas chez moi, et, même au milieu de gens attentionnés, je me sentais engoncée dans la solitude, comme « sous une cloche de verre », pour reprendre les termes d’une Sylvia Plath. Je croyais être comme sous anesthésie : en fait, j’étais écorchée, j’avais perdu ma couche protectrice.
Et voilà où je veux en venir, Akynou. Je n’ai rien fait. Rien fait pour moi, s’entend. J’ai laissé délibérément la situation se dégrader – je partais le matin au travail dans ma petite voiture, tralali, je prenais l’autoroute – je m’arrêtais sur une aire de repos, je faisais quelques pas et je vomissais, puis je reprenais la route comme si de rien n’était, n’est-ce pas, il ne s’était rien passé… Au travail, je n’arrivais bien évidemment plus à faire face, et cela commençait à se voir. Chez moi, j’étais devenue une sorte de zombie qui larmoyait, dès que le climat était un peu trop affectif. Seule ma relation à mon fils était (un peu) préservée de la contagion : je « tenais » mon rôle de mère, comme on dit…
Ca a duré, ça a duré, et puis un jour mon médecin généraliste, constatant des eczémas qui ne se soignaient pas, un état général pas trop reluisant et une tendance à ingurgiter des boissons alcoolisées avant d’aller me coucher (en guise de somnifère, tu parles d’un plaisir….) m’envoya chez la psy. Du plus loin qu’elle m’a vue arriver, cette dernière m’a arrêtée instantanément, m’a prescrit une cure, et donné un rendez-vous pour le surlendemain. Pendnat trois mois, elle m’a « marquée à la culotte », sans me lâcher. Je crois qu’elle a fort bien fait…
Et je crois que j’aurais dû accepter de l’aide depuis des mois. Toute cette histoire douloureuse, que je prétendais assumer seule, aurait pu m’être beaucoup plus légère, si seulement j’avais admis être dans la merde. Mais quand on subit les conséquences d’un choix que l’on a soi-même opéré, quand on est là où on a décidé d’aller, soi-même et personne d’autre, c’est difficile d’admettre qu’on puisse ne pas faire face, avoir besoin d’aide. C’est comme si on reniait le parcours qui vous a conduite là où vous êtes.
Si j’avais admis devoir être aidée, disons six mois avant que tout commence à se lézarder, j’aurais pu éviter la dégradation de ma relation au travail. J’aurais pu aussi m’éviter quelques sérieux conflits avec mon entourage. J’aurais pu commencer à remonter du fond vers le haut du bassin, dans la piscine où j’avais volontairement plongée, avant d’avoir de l’eau jusqu’au fond des poumons.
Je sais que chacun, chacune, a sa propre histoire. Mais de l’aide, bon sang, de l’aide – parler de soi, tirer les fils de l’écheveau, recevoir un « traitement » qui vous permette d’enjamber un peu plus facilement les difficultés – de l’aide est souvent nécessaire, et il n’y a aucune honte à l’admettre. Allez voir une psy (je crois qu’il vaut mieux que le psy soit du même sexe que vous, quand il s’agit d’histoires où votre identité sexuelle a interagi) c’est déjà s’occuper de soi. C’est un acte salvateur, en fait, je reconnais que pour moi ça a été un acte salvateur – je ne sais même pas où je serais, si je n’avais pas accepté de pousser cette porte-là. Et je sais que j’y suis allée beaucoup, beaucoup trop tard…
Voilà, je voulais juste te raconter cette histoire. Elle n’est pas « exemplaire », hein, je ne te donne pas de conseils, mais si je viens si souvent ici, c’est parce que tes mots me renvoient à mes maux à moi, anciens. J’espère que je ne te fais pas de mal en te parlant comme ça, et je crois que tu connais ma sincérité : en tout cas, quoi que tu fasses, je t’embrasse bien fort, Akynou, et je t’assure de mon estime. Tu es décidément une fille bien !
Clopine
4. Le mardi 24 février 2009, 16:20 par saperli
je comprends ton sentiment d’avoir envie de te cacher sous ton lit, et en même temps le souhait que tu as de faire plaisir à tes filles… Cela semble cependant difficilement conciliable, il est peut-être trop tôt pour vous retrouver toutes les quatre dans une situation rappelant de si mauvais moments. Mais tu trouveras une solution, j’en suis sûre.
5. Le mardi 24 février 2009, 18:42 par Vealaure
Idem Anne pour l’hébergement…RER A branche ouest…
Courage pour tout