Dans la série ma vie est tout à fait fascinante…, je trouve que la journée d’hier était vraiment top.

Je suis montée à Paris pour trois raison : acheter un portable Mac sur une promo d’IC*LG valable uniquement hier, signer mon solde de tout compte avec mon ex employeur, et comme j’aime bien m’imposer des contraintes sans lesquelles je vivrais beaucoup mieux, ramener les quatre meilleurs copains de Léone qu’elle avait invité pour son anniversaire.

Première étape, l’ordi. Evidemment, j’avais oublié les papiers à la maison. J’ai toujours sur moi un justificatif de domicile, mais je n’avais pas de feuille de paie. Le paiement en dix fois sans frais foutait le camp vitesse grand V, j’étais au bord de la syncope, mais je fus sauvée par la commerciale, tout à fait charmante, qui m’a pris en pitié et m’a débloqué le truc. Je dois lui faxer ma feuille de paie ce WE et je pourrai récupérer l’ordi quand je remonterai à Paris le 6 octobre. Pffff. Il me restait tout juste le temps de courir au siège de mon ancien employeur. Ce que j’ai fait sans souffler. Je suis arrivée avec cinq minutes en retard. Mais j’ai tout de même attendu. C’est un truc des DRH : quoi qu’il arrive, qu’on soit en avance ou en retard, ils nous font attendre cinq minutes. Donc aucun intérêt de s’amener trop tôt.

A 18 heures, je me suis retrouvée dans une gare Montparnasse bondée comme chaque vendredi soir. Le temps de papoter une demi heures avec les parents,nous avons installé les quatre gamins à leurs places. Et nous voilà partis pour Tours.

Une heure de train, ce n’est pas la mer à boire. Les enfants s’amusaient tranquillement. Comme des gamins de 9 ans. J’ai l’habitude d’avoir la responsabilité d’autres vies que la mienne, mais à les voir si heureux de se retrouver, si excités à l’idée d’un week-end sans leurs parents, je commençais à entrevoir ce qu’allait être mon week-end, amusant, mais fatigant. Nous avons traversé le dernier tunnel avant Saint-Pierre-des Corps. Deux secondes plus tard, nous traversions la Loire dans le soleil couchant, magnifique, à son habitude. J’ai demandé aux enfants de ranger leurs affaires, nous n’allions pas tarder à arriver.

Effectivement, le train s’est arrêté. Net. Mais nous étions loin de la gare. Cela arrive, ça ne dure pas très longtemps. Mais dix minutes après, nous étions toujours en carafe, sans autre précision de la part du chef de train que : nous sommes arrêtés en pleine campagne, merci de votre patience. Une telle sagacité m’impressionne toujours. Il faisait encore assez jour pour que nous puissions admirer les champs aux alentours…

Au fur et à mesure que la nuit tombait, les impatiences croissaient. Les enfants, tous réunis dans le même carré central, continuaient de jouer. Franchement, ils n’étaient pas pénibles. Juste des gamins de leur âge, qui rient, se racontent des idioties, se cherchent aussi (deux garçons, deux filles). Ils en étaient à se parler d’histoires de cœur, l’un des garçon cherchant à savoir si la meilleure amie des deux filles était toujours amoureuse de lui. Vous dire s’ils étaient turbulents… Ça rigolait bien.

J’ai appelé Garance pour la prévenir de notre retard

C’est là que nous avons fait la connaissance de M. Connard. Cela faisait un moment que j’avais remarquée sa mine agacée. Le retard du train, les enfants ? Dans le doute, j’avais demandé à ces derniers de baisser le ton, mais assez mollement, parce que, franchement, ils étaient plus marrants qu’emmerdants. Et puis, au moment où j’allais me diriger vers les toilettes, voilà le type qui saute de son siège, fonce vers les mômes et commence à leur gueuler dessus. Les gamins, estomaqués, en sont resté cois. Puis l’affreux, se tournant vers moi, me sort : « Je le fais, puisque vos n’êtes même pas capable de vous en occuper. » Et il ajoute sort deux ou trois phrases bien senties sur les enfants insupportables et les parents incapables.

Putain, lui il a oublié qu’il a eu 9 ans un jour. Au bout d’un moment, comme j’en avais assez de cet énergumène, je lui ai dit que s’il n’était pas capable de voyager en commun, il fallait qu’il prenne des transports privés. Je sais, ce n’est pas une remarque très Grenelle de l’environnement, mais il me courait sur le haricot le pépère. Et puis comme il continuait à éructer et que j’avais vraiment envie de pisser, j’ai coupé court à notre pseudo conversation et lui disant que je l’emmerdais.

Faut pas pousser mémère dans les orties, elle n’aime pas cela. Surtout quand son train au lieu d’entrer en gare prend la campagne pour un parking de nuit. Je lui ai tourné le dos et je suis partie au toilettes. Quand je suis revenue, le gars était parti râler ailleurs, contre la SNCF, les incapables, les parents et les enfants.

Les enfants me regardaient avec de grands yeux consternés. Je leur ai dit qu’il ne fallait pas prêter attention à ce connard, « Monsieur Connard » me suis-je repris parce qu’il faut toujours être poli. Ma sortie les a bien fait rire. Des M. Connard ont fusé, faisant sourire les autres passagers. Et les petits ont repris leurs jeux.

L’attente a continué. Le chef du train a eu enfin des nouvelles. Un incendie s’était déclaré sur les voies en aval, les pompiers pour intervenir avaient demandé à ce que le courant soit coupé sur les voies, il fallait attendre que les pompiers aient fini d’éteindre le feu. Seule notre voie était touchée. A une quinzaine de mètres nous pouvions voir les TGV filer vers Bordeaux ou Poitiers, comme une étoile dans la nuit, une étoile filante bien sûr.

J’ai appelé Garance pour lui expliquer que nous aurions du retard. et envoyait des SMS à la grande qui était à l’escrime. Une demi-heure après, un parent d’une amie de Garance m’appelait sur mon portable. « Excusez-moi de vous déranger, mais je viens d’avoir votre fille en larmes, elle avait très peur pour vous et s’inquiétait de ne pas avoir de vos nouvelles. » Il ne manquait plus que ça. Je remerciait le monsieur, charmant et appelait ma fille derechef. Elle pleurait effectivement toutes les larmes de son corps. Elle croyait que c’était notre train qui était en feu ! Elle avait essayé de m’appeler, mais cela devait être pendant l’algarade, je n’avais pas entendu le téléphone. Je la rassurais. Et l’attente repris.

Nous étions là depuis presque deux heures, à nous demander si la SNCF avait prévu de nous faire passer la nuit dans son train et si elle avait prévu breakfast, lunch aussi pourquoi, pas pour le lendemain, quand M. Connard est revenu. Avec quelques autres énervés de son genre, il était décidé à descendre sur les voies, appeler quelqu’un de ses amis pour venir le chercher. Et malgré l’interdiction formelle du chef de train de descendre sur les voies, la bande d’excités a réussi à ouvrir la porte du wagon (alors qu’il y avait des enfants dans ce même wagon) et à descendre.

On ne les a plus revu, et c’est tant mieux. Un quart d’heure plus tard, on nous annonçait que l’incendie ayant été maîtrisé, le courant avait été remis. Mais comme des passagers avaient trouvé judicieux de quitter le train, le machiniste était obligé d’aller faire une reconnaissance à pied le longs des voies pour être sûr de ne pas les écraser. Et c’est ainsi que nous avons attendu vingt minutes supplémentaires. Merci M. Connard. Décidément, je ne regrette pas cette rencontre.

Sous les hourras des passagers, le train s’est remis en branle pour s’immobiliser en gare de Saint-Pierre-des-Corps. Mais ce n’était pas encore fini. Au bout de dix minutes, nous n’avions toujours pas redémarré. Les annonces les plus fantaisistes se succédaient. Sans doute pour nous faire patienter. Puis nous avons fait trois mètres. Et nous nous sommes arrêtés à nouveau. Des gamins se baladaient près des voies avec des torches enflammées, paraît-il. Finalement, doucement, nous avons fait les 2 kilomètres qui séparent les deux gares de Saint-Pierre et de Tours.

Arrivée prévue 19 h 50. Arrivée réelle, 22 h 15. Evidemment, pas de remboursement possible, puisque l’incident n’était pas du fait de la SNCF… Alors, j’ai amené les enfants à la maison. Lou est rentrée de l’escrime par ses propres moyens. Nous avons dîné d’un bon plat de pâtes. Et à 3 heures du matin, la petite colo était toujours à papoter dans la chambre de Léone. Mais bon, ils se voient deux fois l’an. Qu’ils en profitent.

Ce racontars est ma participation au jeu des titres, dont vous trouverez les règles ici. Je devais placer dans un texte cinq titres proposés par Mavie

– D’autres vies que la mienne
– Parking de nuit
– Breakfast, Lunch
– Ma vie est tout à fait fascinante
– Comme une étoile dans la nuit

Et un trajet en train était absolument parfait pour placer tous ces titres.

Le samedi 26 septembre 2009, 16:37 par charlottine

Chapeau, j’y ai vraiment cru jusqu’au bout,tellement ce texte est bien dans ton style habituel et l’aventure que tu décris tout à fait plausible !

2. Le samedi 26 septembre 2009, 17:04 par Akynou

Mais Charlottine, il y a du vrai dans ce que je raconte :-) C’est le propre du racontars, « Un racontar, c’est une histoire vraie qui pourrait passer pour un mensonge. A moins que ce ne soit l’inverse. »

3. Le samedi 26 septembre 2009, 17:47 par Papillon

N’essayons pas de démêler le vrai du faux… Moi aussi j’y ai cru jusqu’au bout!

4. Le samedi 26 septembre 2009, 19:04 par Oxygène

Franchement, tu m’as bien eue ! J’ai accroché du début à la fin et même, je t’ai trouvée rudement courageuse.

5. Le samedi 26 septembre 2009, 19:21 par PASDUPE

N’étant que peu concerné par le jeu je n’ai retenu que la galère supplémentaire, vrai ou faux: tel que je connais Mr Connard je saisqu’il existe dans la vraie vie, tel que je connas la SNCF pour avoir attendu des amis en gare à cause d’un feu paysan, ça peut être vrai, quant au marchand d’ordinateur, là je crois au roman.

6. Le samedi 26 septembre 2009, 23:38 par Lyjazz

Je suppose que tu connais les racontars de Jorn Riel …. un homme charmant à la prose délectable.
J’ai eu le plaisir de l’entendre (avec sa traductrice) et c’était un régal.
Tu as bien fait de donner ce nom à ton blog, et vraiment il me tentait bien pour le mien (mais j’avais déjà envie de jouer à un de tes jeux !).
Quant à ton texte il est vraiment dans la veine de ce qui pourrait t’arriver en vrai : tu annules le sort ? Comme on fait en prenant un parapluie par temps gris ?
Bien joué !

7. Le dimanche 27 septembre 2009, 19:53 par Valérie de Haute Savoie

Je ne crois pas une seconde que ce récit soit faux. Et je te dis Chapeau 😀

8. Le dimanche 27 septembre 2009, 23:50 par andrem

Moi, madame, j’ai vu de suite que c’était du faux, une histoire inventée juste pour caser des titres. On ne me la fait pas, à Moi.

Ce n’est qu’à la chute que j’ai compris que c’était une histoire vraie. Que sont devenus les jeunes incendiaires avec leurs torches? Ils n’en parlent pas, à la télé.

9. Le lundi 28 septembre 2009, 01:09 par Akynou

Lyjazz, bien sûr, je connais Jorn Riel, puisque la phrase des racontars est de lui. En fait, qu’importe ce qu’on écrit, que ce soit vrai ou faux, l’important c’est comment on le raconte. Il n’y a vraiment que mes jérémiades que je me garderais d’appeler des racontars parce qu’elles n’en sont pas et aussi par respect pour la compassion de mes lecteurs. Mais il n’est pas dit que je ne m’en serve pas un jour. Autrement.

Valérie : un racontars n’est pas faux, il y a du vrai et de l’enjolivé pour les besoins du récit. Après, le pourcentage, ben ça dépend.

Andrem : c’est quand je critique la SNCFesse que ça fait vrai ? ;-) Pour les jeunots, j’en sais rien. Ont-ils existé d’ailleurs autrement que dans le cerveau de Hassan Cehef, le cadre commercial qui nous renseignait

Jeanpadupe. Eh bien pour l’ordi, tu te trompes :-) Il ne faut jamais désespérer des commerciaux.

10. Le lundi 28 septembre 2009, 14:49 par Clopine Trouillefou

Bon sang, je ne me suis pas encore mise à l’exercice pour lequel je suis inscrite. Peut-on avoir un petit délai, s’il vous plaît, Madame Akynou ?

Clo

11. Le lundi 28 septembre 2009, 15:29 par Moukmouk

Moi qui chante les louanges des trains français, je ne comprenais pas un tel retard.

12. Le lundi 28 septembre 2009, 18:00 par Anna

Une suggestion plus écologique pour M. Connard : les bouchons d’oreilles. Pratique, pas cher, et à moins d’avoir quelqu’un qui colle des coups de pied dans le siège, on n’est vraiment plus emmerdé par rien (personnellement ce sont les gens qui passent leur temps sur leur téléphone portable qui m’énervent dans les trains, mais avec mes bouchons, plus de souci, le calme, la quiétude…)

13. Le lundi 28 septembre 2009, 19:47 par Akynou

Moukmouk. Il y a des retard incompréhensible, mais celui-ci l’étais tout à fait. Je voyais mal des pompiers travailler à éteindre un incendie sur des voies où l’électricité n’était pas coupée.
Anne : oui, c’est une idée. Mais il est loin. Et puis c’est le genre de type à penser que c’est aux autres de se plier à ses exigences. Age mental, 2 ans.
Clopine, oui bien sûr mais ne tarde pas trop quand même.