Après m’être amusée avec mon caca pendant trois jours, j’ai laissé des blouses blanches analyser le résultat. Vous allez croire qu’ils m’ont déclarée folle ou sénile. Pas du tout, ils m’ont trouvée éligible pour un nouveau petit jeu, la coloscopie. Youpi !

Le règles sont simples. Plus on grandit (veillit), plus on a de chance de développer des polypes dans les intestins. Ne rigolez pas, ça arrive à tout le monde, j’ai bien dit à tout le monde. Ces polypes grandissent à leur tour. Plus ils sont grands, plus il risquent de se transformer en tumeur cancéreuse. D’où le dépistage. Parce que, dit mon médecin, c’est un cancer qui se soigne très bien quand il est pris à temps. Après… on meurt. Il y a cinq cents nouveaux cas par an rien que dans mon département. Il faut dire que ce dernier est à la pointe sur cette question du dépistage, normal qu’il y en ai beaucoup. Il n’y a pas de terrain à risque, de prédisposition, une vraie roulette russe. Ça tombe bien, la roulette russe, c’est un jeu que j’adore, je suis fan !

Ce qui est incroyable avec cette maladie, c’est qu’elle rend hypocondriaque n’importe qui. Y compris moi, alors que je ne suis pas du tout du genre à me regarder le nombril pour savoir ce qu’il a : oh ! mon Dieu ! y a un pli, c’est grave ! je vais mourir… Non, pas de ça chez moi, je ne sais même pas que j’ai un nombril. Mais ce jour-là, en sortant de chez le médecin, il était évident que j’avais le cancer. Pas en phase guérissable, non , trop facile. Je me rappelais les moindres petits symptômes, les maux de ventre (vous connaissez sérieusement une femme qui n’a jamais eu mal au ventre ? ), la prise de poids…C’est clair, j’allais mourir.

Deuxième effet secondaire, mon activité neuronale s’est accrue de façon incroyable au point de ne pouvoir en dormir. Chaque nuit, je posais une nouvelle équation à laquelle je devais bien sûr trouver la solution. Premier problème, et de taille, les filles. Plusieurs résultats possible, dont le pire : le retour chez leur père. Quelques solutions intermédiaires avec une prise en charge au sein de ma famille. Que mes sœur se rassurent, elles y sont toutes passées. Ma mère aussi d’ailleurs, mais pas longtemps. Un minimum de réalisme ne tue pas. Je calculais que j’allais peut-être mettre deux ans à mourir, que je pourrai au moins émanciper Lou…

Ensuite, il m’a fallu reconnaître que, puisque j’avais un cancer, je n’obtiendrai jamais un crédit pour quoi que ce soit. Adieu veaux, vaches, cochons, maison… et puis j’allais perdre mon emploi. Qui allait renouveler le poste d’une enseignante incapable d’assurer ses cours, franchement ?

Tout ceci ne m’a pas empêché de vivre : je suis montée deux fois à Paris pour des spectacles magnifiques, j’ai bossé comme une ânesse, j’ai mangé, bu, raconté des conneries, etc. Mais avec trois ou quatre heures de sommeil par nuit, je commençais vraiment à me rendre malade.

Je voulais être à demain, histoire d’avoir dépassé le stade de la coloscopie. Mais pas si vite, quand on rigole, il ne faut pas brûler les étapes. A propos de brûler, crémation ou inhumation ?

Dimanche, début de l’épreuve. Je devais faire un dîner léger – C’est quoi un dîner léger ? – Puis ingurgiter 2 litres d’une boisson qu’on m’avait présentée comme infâme. En fait, ce n’est pas la boisson qui pose problème, il y a des trucs chimiques que les enfants adorent et qui sont plus dégueulasse que ça. C’était d’en boire 2 litres et les effets produits. Disons, en clair, que si vous buvez ce truc-là, que votre chambre est à l’étage et les toilettes au rez de chaussée, vous avez un problème. Je vous conseille de dormir dans votre salon. L’effet est assez rapide. Autant que vos jambes le soient. Ou alors réduisez les distances. Et ça ne s’arrête qu’une heure environ après que vous ayez avalé la dernière goutte de mixture. Comptez deux heures pour tout boire (2 litres tout de même, alors que nous n’avez pas soif du tout). Comme l’estomac ne contient pas autant, il faut boire, évacuer, boire, évacuer, boire, etc. Tout ça pour dire que vous n’êtes pas couché…

J’ai eu le temps de lire quelques articles de presse, sur le cinéma notamment. Je laisse toujours des revues dans les toilettes. Il faut dire que rester assise sans rien faire, même pas pousser parce qu’il n’y en n’a pas besoin, franchement, ça m’insupporte. L’avantage sur une gastro, c’est que vous n’avez absolument pas mal. Au contraire, un certain sentiment d’allègement se fait sentir, pas du tout désagréable. Si ça s’arrêtait là, ça pourrait presque être agréable. Mais il faut recommencer le lendemain matin, suffisamment tôt pour que s’écoulent sept heures entre la dernière goutte avalée et l’entrée à la clinique. J’ai donc mis le réveil à 6h30 pour avoir tout bu à 8h30. Pas de petit déjeuner. Juste deux nouveaux litres de cette mixture qui commençait tout de même à me donner la nausée. Je frôlais l’overdose.

La suite demain. Ou un autre jour. Je rassure le lecteur de passage, je suis saine de corps et d’esprit. Surtout de corps. Surtout des intestins ;-)

Le mardi 17 novembre 2009, 12:35 par Valérie de Haute Savoie

Ah zut j’aurais pas dû lire :(

2. Le mardi 17 novembre 2009, 12:53 par Tili

Oui, c’est bien ça qui se passe dans la tête quand on attends… Je te souhaite du fond de cœur de ne jamais connaître la suite quand le résultat est mauvais.
bisous

3. Le mardi 17 novembre 2009, 18:16 par saperli

eh bien tu es courageuse, moi ça fait trois fois qu’on m’envoie le test, il est toujours sur la liste des choses à faire….

4. Le mardi 17 novembre 2009, 18:55 par Akynou

Je ne crois pas que ça soit une question de courage. Mais de responsabilités. J’ai trois enfants qui sont jeunes. Alors je mets toutes les chances de mon côté pour les accompagner le plus longtemps possible. Si ça doit passer par chier dans un assiette, eh bien je chierai dans un assiette aussi souvent qu’il le faudra. Ça n’a rien de terrible.
Et en plus, j’adore la vie, je souhaite qu’elle continue le plus longtemps possible et je préfère prévenir que guérir, c’est relativement moins compliqué…

5. Le mardi 17 novembre 2009, 19:25 par julio

Faut attendre encore un peut t’ai filles ont encore besoin de toi ! Âpres dans 100 ans tu pourras partir tranquille !

6. Le mardi 17 novembre 2009, 19:42 par Lyjazz

Je suis de tout coeur avec toi.
Un de mes cousins a eu des polypes, on les lui a enlevés. Tout va bien pour lui.
Et tu as bien raison de prévenir plutôt que guérir.
Comme toi je préfère garder mon corps en bon état encore longtemps : ça peut me servir, et servir encore à mes enfants….

7. Le mardi 17 novembre 2009, 22:24 par karmara

J’ai testé la mammo cette année… Je crois que je vais attendre un peu pour la coelioscopie ! Mais je ne la zapperai pas…

8. Le mardi 17 novembre 2009, 23:18 par Akynou

karmara : tu as encore le temps avant tes 50 ans :-) et puis ce n’est pas obligatoire. On ne joue la coelioscopie que si on a passé le niveau 1 ;-)

9. Le mercredi 18 novembre 2009, 03:25 par Moukmouk

J’ai subi… je ne suis pas mort et ils n’ont même pas trouvé de quoi me faire peur.

Saine de corps, oui je le crois, mais saine d’esprit… parfois… je ne dis pas que j,en doute mais…

10. Le mercredi 18 novembre 2009, 07:11 par mab

Je viens d’apprendre qu’il existe une technique évitant la phase, pas très agréable des 2 litres à ingurgiter.

11. Le mercredi 18 novembre 2009, 11:19 par Akynou

Les 4 litres Mab, quatre litres. Deux le soir, deux le matin. C’est pas la mer à boire, mais presque :-) Si on peut éviter, c’est pas plus mal …

12. Le mercredi 18 novembre 2009, 12:03 par Anne

Ah alors toi aussi tu as des petites traces sur le bide, maintenant ? Copine de coelioscopie !! (Pas pour les mêmes raisons, mais bon).

Contente de savoir avec anticipation que tout va bien, ce qui m’a permis de hurler de rire avec ton billet, particulièrement le il ne faut pas brûler les étapes. A propos de brûler, crémation ou inhumation ? !!

J’aime ton auto dérision, vraiment beaucoup.

13. Le mercredi 18 novembre 2009, 17:18 par andrem

Que je viens juste d’y passer et que je me dois d’étaler ma science toute neuve.

Les 4 litres et l’examen, se nomment la Coloscopie (le monsieur il regarde par les voies naturelles, même qu’il prend des photos). Si au passage il voit un polype, tac il coupe. Et le tour est joué, rendez-vous dans cinq ans.

Mais s’il découvre pire que le petit polype à sa mémère, alors il passe te voir quand tu attends encore dans ta chambre l’autorisation de sortie avec son air de ne pas y toucher, du genre tout va bien mais…

… Mais là voyez sur la photo ya comme une nappe et j’ai pas pu l’enlever. Une chance sur deux c’est pas grave, j’ai pris un échantillon on vous dira. Une chance sur deux vous tombez sur un vilain « villeux », et il se change en cancer à coup sûr. Dans un mois, dans dix mois, dans dix ans, on sait pas.

Voilà. J’ai eu tout bon et le villeux dans le cul. Alors on fait ce qu’on nomme une opération par cœlioscopie, c’est-à-dire la découpe du colon atteint (20 centimètres) avec un petit trou pour la caméra, un petit trou pour le scalpel, un petit trou pour gonfler, et un moyen trou pour enlever la bête (novembre est le mois des tripes, comme chacun sait).

On en ressort frais et dispos en 6 jours, sauf si on sort trop vite dans le froid et qu’on se ramasse toutes les bestioles qui traînent dans les rues. Dans ce cas, prévoir un bon mois.

Tiens, c’est l’heure de mon antibiotique très automatique.

Bonne coloscopie, camarade de régiment Akynou. Et arrête de me copier, à la fin.

14. Le mercredi 18 novembre 2009, 20:09 par Lartémizia

Commencer par dire un grand oufffffffffff. Je sais exactement par quels affres d’inquiétude tu es passé, puisque j’ai fait ça, il y a très peu. J’ai beaucoup pensé à toi. La coloscopie, j’y suis passée il y a quelques années et je me souviens surtout de toute cette quantité à avaler. J’ai tout retrouvé dans ton texte, le rire en plus. Franchement, je suis incapable d’écrire avec autant d’humour, et je le regrette bien. Parce que qu’est-ce que c’est bon de se marrer !!! Surtout sur des sujets pareils.
Andrem, merci pour toutes ces indications précises. Je crois que je vais avoir un truc similaire dans peu, histoire de m’enlever la boulle de 5cm de diamètre qui me squatte l’ovaire. C’est d’un encombrant ce machin !!! Vous pensez, une balle de tennis dans le bide, ça prend une de ces place !!!!
Ah, mon pauv’monsieur, y fait pas bon vieillir… ;-)
J’espère que maintenant, on va te revoir un peu plus. Tu nous manques…

15. Le mercredi 18 novembre 2009, 22:12 par Lyjazz

Ah, mais oui, c’est mieux si Andrem revient, une fois guéri et tout et tout.
J’ai encore le temps. Mais je note….

16. Le mercredi 18 novembre 2009, 22:15 par Akynou

HA oui, j’ai fait un grosse faute. En fait, j’y ai pensé en écrivant, mais j’ai eu la flemme de vérifier moi qui vérifie tout d’habitude. Bon je vais corriger.
Donc Anne, je n’ai pas eu de cœlioscopie mais une coloscopie.
Andrem, promis, je ne te copie pas. La preuve… J’ai sauté un étape :-)

17. Le jeudi 19 novembre 2009, 09:48 par Anne

Ah ben oui, c’est tout autre chose !! (Ceci dit, la version : tige dans la bouche, j’ai donné, j’ai pas aimé, alors par l’autre bout, j’ose même pas imaginer…)

18. Le jeudi 19 novembre 2009, 09:59 par Clopine Trouillefou

Perso c’était pas dans ces endroits aimables de boudinasserie humaine que sont les intestins et les trous divers et variés, mais plutôt dans la plomberie du haut, dans le cerveau.NI plus ni moins glorieux, quoi !
Juste une paralysie faciale a frigoré (un truc pas grave) qui s’est transformée le jour de l’échographie par un immédiat » ah non ce n’est pas ça il y a une tache. Il y a ‘quelque chose ». On ne vous dit pas de quoi il est question, mais quand, dix minutes plus tard, vous prononcez vous-même le mot de « tumeur », (pendant que le radiologue est en train de téléphoner pour vous au CHU du coin et vous prend un rendez-vous pour le lendemain matin vite fait bien fait quoi), on ne vous dément pas…

Trois ,jours et deux scanners plus tard, vous le savez enfin. Tumeur à la parotide, un truc que vous ne saviez même pas où c’était exactement ni surtout que le nerf facial passait par là, youpi youpa, et encore moins que les tumeurs à la parotide ne sont pas forcément cancéreuses, n’est-ce pas, enfin il y a quand même une petite malchance, de l’ordre allez tenez enfin disons de 5 à 10 %.

Ben c’est moi qui vous le dis : 5 à 10 % de (mal)chance, c’est beaucoup pendant la journée. C’est énorme le soir, en vous mettant au lit. Et vers les quatre heures du mat’, c’est carrément TROP !

Trois semaines, trois semaines avant de savoir si oui ou non. Ca a été non…

Tiens bon Akynou, on est tous dans un petit coin du labo, à te sourire franchement !

Clopine, qui t’envoie plein de bonnes ondes là.

19. Le jeudi 19 novembre 2009, 21:49 par Akynou

Anne : je raconterai ça dès que j’aurais un moent ;-)

Clopine, je n’ose même pas imaginer. Ça me rappelle le kyte à l’ovaire de Léone fœtus découvert à l’écho du 7e mois. Mois je voyais une grosse tâche sombre à un endroit où il n’y aurait pas dû y en avoir. Au troisième bébé, ce sont des choses que l’on sait. Et derrière mois il y avait un jeune interne qui ne pouvait « rien me dire »… Je n’ai flippé que trois jours, mais j’ai flippé grave.

20. Le jeudi 19 novembre 2009, 23:04 par Traou

Moi, c’est ton « c’est pas la mer à boire… mais presque » qui m’a fait rire. Je te reconnais bien dans cette saine façon d’aborder ces tracas… . Nom d’un chien, j’y pense, ça fait 2 ou 3 ans que c’est sur ma liste des choses à faire, la colomachin, un peu tôt, mais lourde hérédité familiale, alors il va falloir que je les avale aussi les 4 litres, dis ?… (on peut choisir le parfum ? Beaujolais, ça le fait ?)
Bises à toi et aux filles

21. Le jeudi 19 novembre 2009, 23:34 par Akynou

Ben non, un seul goût, vanille… Mais parfumé à la bonne humeur, ça descend mieux :-)

22. Le jeudi 19 novembre 2009, 23:39 par Jeanne

La peur de ne plus être « disponible pour les enfants »,çà vous » tord les boyaux » plus sûrement que les polypes…
J’ai un petit livre joyeux pour toi…Je te le porte dès que la vilaine toux qui me tient depuis 3 semaines ne menacera plus de contaminer tes championnes :-)

23. Le vendredi 20 novembre 2009, 22:14 par Akynou

Tu as raison, JEanne. Et quand tu n’auras plus mal à la gorge, tu viendra goûter du beaujolais et du morgon à la maison, je viens de me faire livrer :-) Et puis j’ai toujours un cadeau pour toi :-)

24. Le samedi 21 novembre 2009, 10:21 par Fauvette

Tu arrives à me faire rire avec ton histoire de colo…
Cela me fait penser aux dessins de Reiser, et c’est un compliment !

Ravie de savoir que tu vas bien !

25. Le dimanche 22 novembre 2009, 18:04 par PASDUPE

ça a été vécu avec courage mais moins d’humour près de moi, au résultat un léger doute ,rattrappage dans un an.
J’ai du retard privé de toute communcation pendent tris jour.