Après deux heures de route, nous voilà donc arrivés à Bonifacio.

Du coup, prise au dépourvu, je ne savais plus quoi faire. Monter dans la ville haute ? Me garer dans le quartier du port et monter à pied ? Finalement, comme nous n’avions pas des heures pour nous décider, nous sommes montés dans la vieille ville (d’autant que le Nôm n’était pas très chaud pour grimper à pied). Nous nous sommes garés au deuxième parking, payant, comme tous les parkings du haut croyais-je. Eh bien non. Mais n’anticipons pas.

Donc, nous nous garons devant l’ancienne caserne de la légion. Car s’il y a une chose que j’ignorais totalement, c’était que ma carte postale avait un passé militaire des plus important et que sa vie avait longtemps tourné autour de son potentiel défensif. Clairement, cela m’en a bouché un coin. Moi, je ne connaissais que les maisons en équilibre au-dessus de la mer. Absolument pas les tours, les murailles, les filins tendus en travers de la baie pour en barrer l’accès, les sièges, les navires de guerre, les barbaresques, les Génois, j’en passe et des meilleurs. Même les Canons de Navaronne qui furent tournés en partie ici.

Nous sommes entrés dans la citadelle. Une très jolie petite vieille bien conservée malgré son âge canonique. Pleines de petites rides, pardon ruelles et de commerçants pour touristes. Je n’ai pas vu beaucoup d’épiciers, mais beaucoup de marchands de souvenirs, de cartes postales, de produits corses. Un superbe et ravissant super marché du souvenir. Beaucoup plus agréable et naturel cependant qu’Eize, au-dessus de Nice, ou de Saint-Guilhem-du-Désert, dans l’Hérault. Nous sommes arrivés sur une petite place, que, de loin, j’ai prise pour celle des halles. En fait, il s’agissait du parvis d’une église, Sainte-Marie-Majeure, couvert par un immense carbet, enfin toit. Comme une halle quoi.

Nous en faisions le tour quand j’ai vu voler quelques bulles de savon. J’ai tourné la tête pour observer la façade d’une maison. Et quand mon regard s’est à nouveau posé sur mes filles, elles s’étaient fait un copain et couraient avec lui dans tous les sens pour éclater les bulles.

Ce sont eux qui se sont éclaté. Pendant un bon quart d’heure, les enfants ont couru dans tous les sens en riant de bon cœur. Le gamin, un petit métis, était le fils du restaurateur dont les tables s’alignaient le long de la rue. Nous avons du coup décidé de nous installer là. J’appelais les filles qui se mirent aussitôt à table, accompagné du gamin. « Tu veux manger avec nous ? lui ai-je demandé.
– Oui, je veux manger ici.
– Bon d’accord, tu es mon invité alors… »
Intervention du papa qui n’était pas tout à fait d’accord. « Cédric, qu’est-ce que tu fais là ?
– Je veux manger ici, je veux des pâtes. »
J’ai dit au père que je n’étais pas contre de partager ma table avec son fils. Mais pas question que le bambin prenne l’habitude de manger avec des clients. Sa maman vint elle-même le récupérer. Avec de grands sourires, mais très fermement. Et puis la grand-mère est arrivée à son tour et c’est avec elle que le petit a déjeuné.

Le Nôm et moi avons pris des assiettes du maquis, de la charcuterie corse. Pour les filles, des frites avec un peu de jambon pour les accommoder. Et puis le vent a commencé à souffler, le ciel s’est couvert, nous avons vite eu froid. J’avais laissé les pulls dans la voiture. La salle à l’intérieur était pleine. Nous avons donc expédié le repas et sommes repartis à la découverte de la ville.

Curieusement, le ciel s’est découvert, il faisait chaud à nouveau. C’est vite fait quand même. Nous avons découvert la place Manichella et sa superbe vue sur la Sardaigne. C’est là que j’ai traduit visuellement les cartes dessinées dans mon enfance, avec les deux îles collées. C’est vrai qu’elles sont proches. Puis nous avons exploré le bastion de l’Etandard. Nous avons pris des billets pour visiter une partie des remparts et le Mémorial, sorte de musée Grévin local qui rappelle les heures importantes de Bonifacio. J’y ai appris deux ou trois trucs intéressants, sur la visite de Charles-Quint, le pillage, durant des siècles, de la Corse, par les pirates barbaresques. Ces razzias étaient si nombreuses à l’époque que les habitants de l’île ont préféré délaisser la côte pour se réfugier à l’intérieur des terres.

Nous sommes redescendus vers la place Bonaparte (il en fallait bien une) où nous avons acheté des cartes postales. J’ai repéré un joli couteau, plus chers que ceux vus à Filitosa, mais moins que ceux vus ailleurs et surtout nettement plus sobre (sans tête de Maure, sans carte de la Corse, etc). J’en fis l’acquisition pour le (futur) anniversaire du Nôm. En cachette, avec la gentille complicité de la vendeuse et de Lou. Mais celle-ci n’est pas arrivée à occuper son père assez longtemps et je n’ai pas eu le temps de faire faire un paquet cadeau. Le Nôm s’est acheté une méga serviette de plage avec la carte de la Corse. J’ai pris ça comme une preuve qu’il passait de bonnes vacances et que, finalement, il aimait bien le pays. Il est comme ça le Nôm.

A force de tourner virer, nous avons eu soif. J’avais prévu plein de bouteilles d’eau qui nous attendaient dans la glacière, une nous suivant partout dans le sac isotherme. Bref, nous avons eu soif et nous nous sommes alors rendus compte que… nous n’avions plus ni la bouteille ni le sac. Nous l’avions oublié au restaurant. Le Nôm, Lou et Léone sont repartis la rechercher. Plus d’une heure après, elle n’avait pas bougé de place et les attendait sagement.

Cela m’a rappelé la mésaventure arrivée à Seashell quelques jours plus tôt. Elle et son mari accompagnaient leur fils à l’aéroport. Chacun a cru que l’autre mettait la valise du petit dans la voiture. Ce n’est que rendus à l’aéroport qu’ils se sont rendus compte qu’aucun des deux ne l’avaient fait. Ils sont donc repartis dare dare jusqu’en bas de chez eux pour retrouver le sac, qui n’avait pas bougé de place. Ce n’est pas à Paris que cela serait arrivé. Au mieux, la valise aurait disparu emporté par un voleur opportuniste. Au pire, elle aurait été explosée par la police dans la crainte d’une valise piégée… Chacun appréciera l’humour de la situation.

Pendant que la petite troupe était partie à la recherche de la bouteille, j’en profitais pour retourner dans la boutique et demander le paquet cadeau. Puis je grimpais vers la place Montepagano et découvris le haut des escaliers du roi d’Aragon. On me demandais 5 euros pour les descendre et les remonter. Je ne doute pas que l’excursion valait la chandelle. Mais très franchement, payer 5 euros pour descendre et surtout remonter des marches, et pas n’importe lesquelles, est au-dessus de mes possibilités. Rendez-vous compte, 187 vertigineuses marches (ce n’est même pas moi qui le dis, mais le guide), taillée de main d’homme dans la pierre. Et ajoute le livre : « Les marches sont particulièrement hautes et le parcours sportif. » Alors, je vous le demande, qu’auriez-vous fait à ma place ?

Nous sommes petit à petit remonté vers notre voiture, que nous avons dépassé pour voir ce qu’il y avait plus loin. Plus loin, c’était le cimetière marin. Et devant le cimetière, son parking, gratuit. Moralité, si vous allez à Bonifacio le Haut, aller jusqu’au cimetière, il est possible que vous n’ayez rien à payer pour votre voiture. En tout cas au printemps. En été, je ne garantis rien. Le cimetière de toute façon est très beau à voir et doit se visiter. Certaines tombes sont couvertes de damiers noir et blanc qui m’ont rappelé les caveaux guadeloupéens. Au-delà des mausolées, la mer. Une vue vertigineuse sur les bouches de Bonifacio et les falaises.

Nous avons regagné la voiture, avons payé, et sommes redescendus dans la ville basse. But du jeu : le promène couillon. La balade en bateau pour parfaits touristes, qui vous emmène voir Bonifacio de la mer, puis visiter une grotte et enfin les calanques. Malheureusement, le ciel qui jouait avec mes nerfs s’est mis au gris. Tout ce qu’il fallait pour me gâcher la journée et les photos. Pourtant, j’en ai pris plus d’une centaine. Au final de compte, certaines sont pas mal, mais cela aurait été si joli avec du soleil. Pour autant, jouer les couillons qu’on promène, dans ce cas précis, n’est pas du tout désagréable. Nous avons pris place à l’avant d’un petit bateau bleu et blanc. Et c’était parti pour les falaises. En sortant de la baie, le pilote nous a indiqué l’entrée d’un souterrain, les petites criques, les endroits ou les filins d’acier étaient tendus pour barrer l’accès à la baie, l’emplacement des fameux canons de Navaronne… Puis nous avons longé les falaises pour admirer le village vu de la mer.

Magnifique, aussi beau que sur les photos. Le pilote nous a indiqué la maison de Marie-José Nat, Bonifacienne bon teint, et puis nous sommes revenus sur nos traces pour passer devant la baie et entrer dans une grotte. Il paraît qu’elles sont nombreuses sous les falaises, mais nous n’en avons visité qu’une. L’entrée avec le bateau était impressionnante.

On visite cette grotte-ci car la voûte s’est affaissée et que la lumière du jour passe par l’ouverture en forme de Corse dont on aurait changé l’emplacement des caps… L’eau était transparente. Comme dans les calanques que nous avons été voir ensuite. Il paraît, d’après le pilote toujours, qu’on les appelle les petites caraïbes à cause de la transparence de l’eau. Bon, pourquoi pas. Mais question beauté de l’eau, la Corse n’a rien à envier aux Antilles. La comparaison ne s’impose pas. Et puis, là, il faisait si gris que c’était tout de même un peu dur de transposer.

Nous sommes revenus vers le port. Les filles ont adoré notre petite promenade en bateau. Le Nôm, qui ne souffre pas du mal de mer, mais qui le craint terriblement, était plus détendu qu’au début. A tel point qu’il a été raconter des trucs au pilote. Nous avons débarqué et nous nous sommes promenés dans la ville basse. Ce n’est que le printemps, mais elle est déjà bien pleine. Qu’est-ce que cela sera en été ! Nous avons vu une voiture accidentée, la calandre tombant sur la chaussée. Deux jeunes femmes discutaient, la conductrice et la vendeuse de la boutique voisine. Visiblement, elles se connaissaient bien, la seconde se disant très inquiète pour la première. Qui répondait : « Mais non, nais non, tout va bien. » Elle avait l’air d’ailleurs d’aller très bien. Mais quand j’ai vu le pare-brise étoilé, j’ai compris l’inquiétude de sa copine. Non seulement, elle ne voyait pas les obstacles, mais en plus elle ne portait pas sa ceinture de sécurité. Ces jeunes, ça ne tient pas à la vie quand même !
Nous sommes remonté en voiture et avons pris le chemin du retour. Nous nous sommes arrêtés au cap Roccapina pour prendre des photos. De loin, les criques étaient bien tentantes. Mais il ne faisait pas assez beau pour que nous puissions nous baigner. Nous avons donc repris la route.

Quand nous sommes arrivés à Sartène, le soleil brillait de nouveau et le ciel était tout bleu. Bleu de chez bleu même. J’étais passablement dégoûtée.

Cela dit, la vieille ville de Sartène vaut le déplacement. Peut-être plus que celle de Bonifacio. C’est tout petit, mais très escarpé car en pleine montagne. Les ruelles succèdent aux ruelles, il y en a de si petits qu’on ne peut même pas leur donner ce nom-là. Tout juste pourrait-on les baptiser venelle ou encore passage. C’est le cas du passage Bradi, dans le quartier Santa-Anna, qui relie la place du Maggiu à la place Angelo-Maria Chiappe. Il était indiqué dans le guide, mais j’ai eu du mal à le localiser celui-là tant il est étroit. On peut à peine y passer de face.

De la place principale, il y a une vue magnifique sur la campagne environnante et sur le golfe de Valinco. J’avais le soleil en pleine face et ce n’était guère facile de prendre des photos. Mais j’espère ne m’en être pas trop mal sortie.

Nous avons repris la route, qui m’a semblé durer une éternité. Et nous sommes enfin arrivé au gîte. Je crois que je n’ai jamais autant aimé Porticcio. Ah ! revoir Porticcio et ne pas mourir (hum, je crois que je l’ai déjà faite celle-ci)…

Le soir, après dîner, j’ai visionné mes photos. Il est tombé quelques gouttes de pluie, même pas suffisantes pour mouiller le sol. Puis nous avons vu un gros orage sec. Je suis sortie pour voir les éclairs avec Léone. Même pas peur. Au contraire, j’ai pu lui faire admirer la beauté et la force de ce phénomène. Beau et impressionnant, comme à chaque fois.

Enfin, nous avons été dormir. Sans bercements, comme il se doit.

Le mardi 31 mai 2005, 02:40 par Fab

Merci encore une fois de nous faire partager ton voyage, surtout pour nous, les québécois, qui sommes si loin de toutes ces merveilles et si peu gâtés côté histoire et architecture (j’peux pas marquer « vieilleries » quand même!)…

2. Le mardi 31 mai 2005, 08:38 par Seashell

Ah ! j’étais quand même restée un peu sur ma faim avec ton début de récit sur Bonifacio !
Comme d’habitude, un vrai régal à lire ;)
Quand à Sartène c’est aussi une petite ville que j’aime beaucoup, dans laquelle il est agréable de se perdre.

3. Le mardi 31 mai 2005, 10:51 par cali

j’adore tes récits, merci.

4. Le mardi 31 mai 2005, 11:22 par Laurence

Bonif … un tit paradis sur terre !
Merci pour ce récit

5. Le mardi 13 septembre 2005, 13:20 par jp2a

joli recit,
viens découvrir les habitants de bonifacio!
bonif.skyblog.com
laisse quelques commentaires si possible
ciao a tutti!