La radio et la télé nous en rebattent les oreilles depuis deux jours. Le chômage en France baisserait. Si si. D’ailleurs, un journaliste de France Inter l’a affirmé aujourd’hui : « Ce n’est pas une illusion d’optique. Le chômage a vraiment baissé, le plan Borloo commence à porter ses fruits. »

Pourtant, depuis quelques mois, on n’entend que fermetures d’usine, plans de licenciement, délocalisation. Alors comment le chômage pourrait-il baisser ?

« Les chiffres du chômage baissent à cause des radiations, ça a toujours été le cas depuis quelques années, mais là, la machine s’emballe. La machine s’affole un peu. Ça baisse de plus en plus et sur toutes les catégories de public. On s’arrange pour que les gens soient rangés dans les petites cases et surtout pas la case qui compte pour les chiffres du chômage. » C’est Marie qui dit cela. Marie, elle est agent à l’ANPE. Elle était interviewée, aujourd’hui, dans l’émission « Là-bas si j’y suis », de Daniel Mermet.

Je repensais aux posts de Pascal, qui racontait son expérience du chômage datant d’il y a dix ans. C’était déjà ubuesque. Un de ses lecteurs avait laissé un coment expliquant qu’en dix ans les choses avaient beaucoup changé. Probablement, mais pas en bien.

En fait Tarvalanion, puisqu’il s’agit de lui, défendait la cause des agents ANPE – il a raison – qui travaillent bien mieux – là je crains qu’il ne se trompe. Pas que les agents appartiennent à ces brelles de fonctionnaires qui n’en foutent pas une ramée et à qui tout bon Français jette si facilement la pierre. Mais parce que, à leur corps défendant, leur mission a changé : elle n’est plus d’essayer d’orienter le chômeur, de le conseiller, de l’aider à retrouver du boulot, mais de tout faire pour le radier.

Il y a des objectifs à atteindre. Il faut apurer, alléger, soulager. On ne parle pas de radiation d’ailleurs à l’ANPE, mais de GL, c’est-à-dire de Gestion de la Liste, bel euphémisme. Marie décrit une méthode parmi tant d’autres : on classe les gens par tranche. On en sélectionne une centaine : « Il faut les remettre au boulot coûte que coûte. » On commence par les convoquer pour des réunions d’accompagnement (celle ou on refait son CV et sa lettre de motivation etc.).

D’après Marie, les agents savent qu’environ 10 % des convoqués ne pourront venir. Ils sont alors radiés purement et simplement. ça fait toujours des chômeurs en moins. Bon, ils ne travaillent pas plus. Mais vous ne croyez tout de même pas que l’Etat va subventionner des feignants, non ? Ensuite, il y a ceux qui, à l’issue de l’accompagnement, demanderont à faire une formation, soit que cela les intéresse, soit qu’ils s’y sentent obligés. Ils sortent également de la tranche et des chiffres du chômage. Allez zou ! du balai !

Les autres sont convoqués à nouveau. Au bout de trois ou quatre réunions à refaire son CV ou sa lettre, un peu lassé, le chômeur finit par ne plus s’y rendre. Premier avertissement, suspension de droits pendant quinze jours. Une nouvelle absence, radiation de cinq à six mois.

Les stratégies sont évidemment nombreuses et très variées. C’est qu’à la direction de l’ANPE, on ne manque pas d’imagination. Celle-ci vise les chômeurs longue durée : on les convoque en groupe pour voir ce qu’on peut faire pour eux. Même si des tas de choses ont déjà été tentées. On leur propose un contrat aidé. Soit ils refusent et c’est la porte. Soit ils acceptent et leur échoie un emploi de six mois à temps partiel pour lesquels ils sont payés des clopinettes. Mais au moins, pendant six mois, ils ne figurent pas dans les statistiques. M. Borloo est content.

La méthode qui a ma préférence – façon de parler bien sûr – est celle qui consiste à mesurer l’adaptation d’un métier au bassin d’emploi. Si vous êtes photographe, ou pis, comédien ayant perdu votre statut, vous risquez de vous entendre dire ceci : « Votre métier n’est pas réaliste sur le marché du travail. Ce n’est pas un métier en tension. Ce n’est pas un métier pour lequel les Assedic ont fait remonter un besoin de main d’œuvre non satisfait, donc il faut que vous changiez. » Et Marie d’ajouter : « Soit ils changent, et on les met au boulot, soit ils ne changent pas, et on les radie. » CQFD !

La demi-heure de reportage est totalement instructive. Marie est claire, précise, terrible. Elle est courageuse aussi quand elle refuse la radiation de masse malgré les pressions. Et quand elle dit aux chômeurs : « Oui, le système est injuste, oui, on vous fait une saloperie. Mais bougez vous le cul. Allez gueuler auprès des responsables. »

Parlant de chiffres et d’objectifs, ceux de Sarkozy ne sont pas tristes non plus. J’ai eu en main le discours qu’il a prononcé devant les préfets le 9 septembre sur les objectifs en matière d’expulsion, sur les marches à suivre. C’est glaçant !

Deux extraits :
« Lors de notre dernière rencontre, je vous ai fixé des objectifs chiffrés, en vous demandant de procéder, au minimum, à 23 000 éloignements d’étrangers en situation irrégulière cette année. Je constate qu’à la fin du mois d’août, 12 849 étrangers avaient fait l’objet d’une mesure effective d’éloignement : sur huit mois, 56 % des objectifs ont été atteints. Il vous reste donc cinq mois pour accentuer l’effort. J’observe d’ailleurs que, d’une préfecture à l’autre, les résultats sont inégaux.
Or, j’attends de tous une entière mobilisation. Et j’invite les préfets dont les résultats sont inférieurs à la moyenne à se rapprocher du Centre national de l’animation et des ressources (CNAR) pour bénéficier d’un appui opérationnel. Le CNAR d’ailleurs ne sera plus seulement un organisme d’appui aux préfets. Il va devenir un centre d’impulsion, d’animation. Il sera mon relais pour orienter vos objectifs. Plus encore qu’une obligation de moyens, c’est une obligation de résultats qui vous est fixée. Votre implication personnelle, aux côtés des agents des bureaux des étrangers, des policiers et des gendarmes, est une nécessité. Il est de votre responsabilité de mobiliser vos collaborateurs. »

« Je ne sous-estime pas, en particulier, vos préoccupations concernant l’accueil des demandeurs d’asile. Aussi, j’ai décidé que le dispositif d’accueil serait piloté par les préfets de région, qui pourront proposer à tout demandeur un hébergement dans un département autre que celui où il aura déposé sa demande. Il importe de savoir où résident les demandeurs d’asile et le versement des allocations dépendra du respect du lieu de vie désigné. De nouveaux instruments de gestion des centres seront mis à votre disposition et 2 000 places nouvelles seront créées l’an prochain. Le régime de l’allocation d’insertion sera aussi modifié, par la loi, pour vous permettre de refuser son bénéfice aux demandeurs qui auront décliné votre proposition d’hébergement. J’ajoute que, évidemment, les déboutés du droit d’asile n’ont aucun droit à être hébergés dans les centres d’accueil des demandeurs d’asile. Leur vocation est de quitter le territoire. »

Les choses sont claires, on héberge les demandeurs d’asile dans des endroits précis où on peut les choper à moindre frais dès que leur demande est déboutée pour les remettre illico dans l’avion.

« A cet égard, je sais que l’efficacité accrue de l’OFPRA et de la Commission des recours a pour effet d’augmenter le nombre des déboutés du droit d’asile et de leurs familles, qui pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliers dans les mois à venir. Là encore, je ne peux que vous inviter à la stricte application de la loi : les déboutés n’ont pas droit au séjour, sauf exception. Les régularisations en dehors des conditions d’attribution de titres de séjour prévues par la loi ne sont possibles qu’à titre exceptionnel, au cas par cas, lorsque des préoccupations humanitaires toutes particulières y invitent et qu’il paraît totalement impossible de réussir, dans des conditions humaines, un éloignement effectif. J’ajoute que la réforme de l’aide au retour volontaire, qui sera mise en oeuvre dès cette année dans 21 départements, est notamment destinée à faciliter le retour de familles déboutées du droit d’asile.

Pour faciliter les éloignements, j’ai également décidé d’accélérer encore le programme de rétention administrative. Dans les prochains mois, des places de rétention supplémentaires seront ouvertes à Plaisir, Palaiseau, Nanterre, Rouen-Oissel, Marseille, Toulouse, Paris-Vincennes, Metz, Rennes, Lille, Coquelles, Garchy. Le nombre total de places, qui était de moins de 1000 en juin 2002, atteindra 1800 en juin 2006. Des crédits importants sont affectés à cet effort.

Moralité : y a pas que Sarko. Tout le gouvernement Iz No Goud !!!!

1. Le dimanche 2 octobre 2005, 11:38 par nath

alors là j’ ai failli mourir sur place en te lisant…les annonces ont les cherches, je ne sais m^me plus sur quel site , ou acheter quel journal pour trouver une annonce valable!! 4 en septembre, 2 réponses negatives… et 2 en attente
je travaille certes, mais comme le dépôt de bilan s annonce et que en tant que compta, j en peux plus de bouger tout le mondre pour aller me récupérer des sous chez les clients pour joindre les 2 bouts avec 13 salariés ca craint!! et uyn patron qui frôle la retraite, sa fille qui croit que le paradis est sur terre!
c’est la première fois que je ne vois pas d annonces, L an dernier; j ai mis , même pas trois mois à trouver une place et les 2 ou 3 que j ai rater c’est du que je paniquais !! alors si le chomage baisse que l on me donne les adresses où il ya les annonces!!
n importe quoi en France!!
tu es au courant que la CDES va être mélangé avec la COTOREP dans une seule adminsitration!! ca va se nommer la « maison.. » bref c’est sur ca baisse, puisqu on restereint les effectifs et que nos dossiers vont s ’empliler tranquillement…
enfin pas grave, cet aprés midi dès que ma fille rentre on va à la pêche aux palourdes!!!

2. Le dimanche 2 octobre 2005, 14:36 par luciole

Oui, ça glace le sang!!!

3. Le dimanche 30 octobre 2005, 20:03 par Bbsato

Quand j’ai commencé à travailler, en 96, j’envoyais 50 CV, j’avais 25 entretiens, 10 propositions d’emploi et 10 bons contacts. Depuis 2001, quand j’envoie 150 CV, je reçois dans le meilleur des cas 2 ou 3 lettres négatives, et j’ai un entretien tous les 6 ou 7 mois… Comment justifier dans ces cas-là de sa recherche d’emploi auprès de gens qui n’ont qu’une idée très floue du métier que l’on fait ?
Alors effectivement, on nous dit qu’il faut prendre ce qu’il y a, qu’il importe peu que ce ne soit pas dans notre secteur d’activité, qu’il faut faire avec… Mais quand on a fait des études pour travailler dans un secteur d’activité donné, on a pas vraiment envie de se brader pour aller vendre des hamburgers…
Les radiations, les fins de droits, les stages de formation, les CDD courts et l’intérim sont autant de moyens de masquer les chiffres réels du chômage et de nous faire croire que tout va très bien et que nous sommes les seuls à ne pas le savoir. Il est bien connu que le peuple français est d’un pessimisme incompréhensible pour nos politiques.