Avant d’avoir des enfants, je me disais que j’allais leur raconter des histoires merveilleuses que j’inventerais pour eux. Mais quand ma fille aînée fut en âge de les écouter, je fut incapable de les inventer. J’aurais pourtant adoré. Mais quand j’étais assise sur son lit, et qu’elle me regardait avec ses grands yeux sombres, les mots fuyaient ma bouche. Je me suis longtemps cru incapable d’inventer quoi que ce soit. Je ne pouvais partir que du réel.
Je n’avait pourtant pas envie de lui lire les contes qui avait hanté mon enfance, ces pures horreurs que je trouvais quelque peu ringardes. Alors, je les lui narrais à ma façon.
Un jour, je ne sais pourquoi, je me mis à lui parler d’Hans et Gretel, une histoire qui m’avait totalement terrifiée petite et que je fuyais depuis tant elle me rappelait de mauvais souvenirs. Mais ce soir-là, pourtant, c’est ce conte qui me vint en tête.
Il était une fois un petit garçon et sa grande sœur qui vivaient dans une grande maison au bord de la forêt. Il s’appelait Hans, elle s’appelait Gretel. Leur père était garde forestier et leur mère infirmière. Tous les jours de leur vie se ressemblaient. Le matin, ils se levaient, prenaient leur petit-déjeuner avec leur maman qui les emmenait à l’école. Le soir, c’est leur papa qui passait les prendre. Le midi, ils mangeaient à la cantine. Le soir, à la maison avec leur papa. Bref, c’était des enfants comme tous les autres. L’été, quand ils ne partaient pas en vacances au bord de la mer, il restaient chez eux, jouaient dans leur grand jardin ou allaient se promener dans la forêt.
Cet été là, justement, il faisait vraiment très chaud. Mais alors très très chaud. Si chaud qu’Hans et Gretel n’avait plus du tout le courage de jouer ni dans leur chambre, ni dans le jardin. C’est Gretel qui en a eu l’idée. Les filles, c’est bien connu, ont beaucoup plus d’idées que les garçons : « Hans, et si on allait dans la forêt se promener ?
– J’ai pas envie. Il fait trop chaud.
– Mais justement, sous les arbres, il fera moins chaud. On pourra s’amuser un peu.
– Tu as peut-être raison, allons-y.
Et c’est ainsi, que sur le coup de 16 heures, les deux enfants quittèrent leur maison et entrèrent dans les bois.
La forêt, c’est un endroit extraordinaire. On y découvre des tas de choses. On y voit :
– Des pommes de pin !
– Et puis…
– Des zanimeaux !
– Oui bien sûr, mais encore…
– Des fleurs avec des clochettes toute blanche !
– Du muguet, oui, mais peut-être pas en plein été.
– Des oiseaux qui chantent fort fort fort.
– Oui, c’est vrai. Et quoi encore ?
– Des pommes de terre.
– Des pommes de terre ? Tu es sûre ?
– Ben oui maman, tu te souviens pas ? Quand on a été se promener tous les trois avec papa il y a très longtemps très longtemps, on a trouvé des pommes de terre sur le chemin.
– Ah oui, je me souviens. Tu as raison.
– Et puis on peut voir aussi des fourmis, des asticots, des feuilles de toutes les couleurs. Et puis des champignons, et puis…
– Oui, Oui, Hans et Gretel ont trouvé tout cela. Et ils ont joué, et ils ont couru très fort et très vite. Et ils ont joué à cache-cache. Tant et si bien qu’ils n’ont pas vu le temps passer. La lumière baissait. Et ils se sont rendus compte qu’ils avaient faim. Ben oui, ils n’avaient pas goûté…
– Dis Gretel, tu sais où on est ? demanda Hans.
– Heu non. Et toi ? Tu sais de quel coté est la maison ?
– Ben non. Mais alors…
– NOUS SOMMES PERDUS, hurlèrent en même temps le frère et la sœur. Et ils se mirent à pleurer.
Gretel repris la première ses esprits. Réfléchissant, elle trouva une solution. Les filles, ça trouvent toujours des solutions.
– Hans, on va marcher tout droit en se repérant au soleil qui se couche. La forêt n’est pas si grande, nous finirons bien par en sortir. Et là, nous trouverons une maison où nous pourrons téléphoner à papa et à maman.
– D’accord, Gretel, renifla Hans. Et ils se mirent en route.
Ils marchèrent longtemps, longtemps. Leurs petites jambes étaient très fatiguées et leurs estomacs criaient famine. Mais ils avançaient bravement. Au bout d’une heure, ils débouchèrent sur une prairie au milieu de laquelle se dressait une ravissante petite chaumière. On aurait dit une maison de poupée. Ils s’approchèrent doucement et quand ils furent à 1 mètre, ils se rendirent compte de quelque chose d’extraordinaire… Les murs de la maison étaient…
– En pain d’épice !
– Oui ma chérie. Et le toit…
– En chocolat !
– C’est cela. Alors, Hans s’approcha doucement, prit un morceau de la toiture et le croqua avec délice. Une voix formidable s’éleva alors, une voix terrifiante qui les pétrifia :
– QUI A OSE MANGER MA MAISON…
La porte s’ouvrit et en sortit une vilaine, mais alors très vilaine grand-mère. Elle avait le nez crochu, un gros bouton sur le menton, des cheveux tout gris et tout filasse et il lui manquaient pas mal de dents. Elle criait encore quand elle se rendit compte à qui elle avait à faire.
– Oh ! de la chair fr… Quels charmants petits bambins ! Les bambins en question ne pipaient mots, trop apeurés pour dire quoi que ce soit. La sorcière (car s’en était une) se mit à rire :
– Mais il ne faut pas faire cette tête-là, mes petits. Je ne vais pas vous manger (enfin pas tout de suite, pensa-t-elle dans sa tête). Mais il ne faut pas grignoter la maison des gens, ce n’est pas très gentil.
Gretel reprit un peu ses esprits et bafouilla :
– Excusez-nous Madame, mais nous nous sommes perdus dans la forêt et nous avions très faim.
– Perdus dans la forêt ? Comme c’est intéressant. Mais ne restez pas là les enfants, entrez donc.
Gretel se méfiait.
– Oh, non Mme, on ne va pas vous déranger plus longtemps, il faut qu’on retrouve notre maison.
– Il n’est pas question que je vous laisse repartir. La nuit est en train de tomber. Vous êtes affamés. Entrez, je vais vous faire à dîner. Et ensuite, pendant que vous vous reposerez, j’essaierai de retrouver vos parents pour qu’ils viennent vous chercher. Gretel hésitait un peu, mais Hans entra tout de go dans la maison en lançant un :
– Merci Madame. Vous êtes trop gentille. Tu viens Gretel ?
Celle-ci ne put faire autrement que de le suivre…
Une fois à l’intérieur, la sorcière, qui n’avait effectivement pas l’air aussi méchante que ça, leur prépara un repas pantagruélique. Il y avait tout ce qu’ils aimaient : des crevettes roses, des saucisses d’apéritif, des cacahuètes, des chips, des pilons de poulet, du riz, des nouilles, du jambon de pays…
– Il y avait vraiment tout cela sur la table ?
– Oui ma chérie.
– Ils avaient vraiment de la chance…
– Attends, je n’ai pas encore parlé des desserts. Il y avait aussi des œufs à la neige, de la glace à la coco et à la vanille, de la mousse au chocolat avec des Smarties dessus, et plein de bonbons.
– Et ils ont pu tout manger ?
– Non, je ne crois pas. Mais ils ont mangé beaucoup. Et après, ils étaient bien fatigués. Hans s’est presque endormi à table et Gretel résistait de plus en plus difficilement. La sorcière les installa dans une toute petite chambre, où se tenaient deux ravissants petits lits et quand ils furent endormis, elle referma la porte… à clé.
Le lendemain, elle réveilla les deux enfants avec les plateaux d’un petit-déjeuner très très copieux : croissants, pains au chocolat, chaussons aux pommes, jus de fruits, baguette beurré avec de la confiture. Hans se jeta sur le plateau et Gretel demanda à la sorcière, après l’avoir remercié de tout ce qu’elle faisait pour eux :
– Vous avez réussi à joindre nos parents ?
– En fait, non. Je n’ai pas réussi.
– En ce cas, nous allons partir et essayer de les retrouver nous-mêmes. Ils doivent être mort d’inquiétude.
Mais alors qu’elle se dirigeait vers la porte, traînant son petit-frère à la bouche pleine, la sorcière leur barra le passage.
– Il n’est pas question que vous partiez, petits salopiauds. Je vous tiens, je ne vais pas vous laisser échapper.
– Mais, il faut que nous retrouvions papa et maman, gémit Hans.
– Papa et maman… comme il est mignon ce petit-là, et comme il est bête. Parce que tu crois encore que tes parents s’intéressent à toi ? Tu ne crois pas que s’ils avaient envie de te revoir, ils t’auraient déjà retrouvé… Tes parents, ils sont comme les autres. Ils s’en moque de toi et de ta sœur. Ils doivent bien s’amuser à l’heure qu’il est maintenant qu’ils sont débarrassés.
Et elle partit dans un grand rire sinistre.
– C’est pas vrai, cria Gretel. Nous voulons sortir.
Et elle donna un grand coup de pieds dans le tibia de la sorcière. Celle-ci devint rouge de colère, les attrapa et les jeta sur leur lit.
– Alors maintenant, vous allez m’écouter. Je vous garde. Je vous boucle, je vous engraisse. Et quand vous serez point à point, je vous boufferai !
Et elle sorti en claquant la porte et en la fermant à double tour.
Les enfants étaient prostrés. Comment allaient-ils s’en sortir. Etait-ce vrai que leurs parents ne les aimaient plus, qu’ils n’en avait plus rien à faire d’eux et les laissaient exprès chez cette méchante femme ? Hans sanglotait, Gretel aussi, mais en plus, elle réfléchissait. Et elle se dit que ce n’était pas possible. Que son papa et sa maman ne pouvaient pas les abandonner. Qu’ils ne devaient pas savoir où ils étaient, voilà tout. Il fallait qu’ils s’enfuient. C’est ce qu’elle expliqua à Hans puis elle lui demanda :
– Hans, tu as toujours faim ?
– Un peu dit le petit, je n’ai pas eu le temps de manger mon petit déjeuner.
– Tu te rappelles en quoi sont faits les murs de cette maison ?
– En pain d’épices. Et alors ?
– Qu’est-ce qu’on fait avec le pain d’épices ?
– On le mange ?
– Exactement. Alors on va attendre que la sorcière sorte de la maison. Et nous allons faire un trou dans le mur. Quand il sera assez grand, nous sortirons. Et alors, il faudra courir, courir, courir le plus vite possible jusque dans la forêt. Et courir encore après, jusqu’à ce qu’on soit le plus loin possible de cette maison. Tu comprends ?
– Oui, murmura le petit garçon.
Ils n’eurent pas longtemps à attendre. Ils entendirent la sorcière quitter la maison et commencèrent alors à creuser le mur. Mais quand le trou fut assez grand, la méchante femme était de retour. Il fallait faire vite.
– Tu as compris, souffla Gretel. On court le plus vite possible directement dans la forêt, là bas, on continue à courir. On ne s’arrête quand on n’en peut vraiment plus. Et toi, même si je tombe, même si tu ne me vois plus, même si je cris, tu continues à courir le plus vite possible et tu essaies de prévenir les parents. Compris ?
– Oui, fit le garçon le menton tremblant.
Et ils s’élancèrent, comme des fous. Ils couraient, ils couraient, et ils entendirent la sorcière hurler derrière eux. Ils couraient, ils couraient, et ils entendirent la sorcière s’élancer derrière eux. Ils couraient, ils couraient, ils couraient encore en entrant enfin sous le couvert des bois. Hans ne réfléchissait plus, il ne sentait plus son corps, il ne voyait plus rien. Il devinait juste la méchante sorcière se rapprocher. Il croyait déjà entendre son souffle derrière lui, il n’en pouvait plus, ses yeux le piquaient de larmes ; ses poumons le brûlaient. Il courait éperdument, désespérément quand soudain …
Quelqu’un le saisi, lui plaqua la main sur la bouche et le coucha dans un fourré. Il se débattit, pleura, hoqueta de terreur quand il entendit la voix de sa sœur, juste à côté.
– Ça va Hans, on est sauvé.
Il se calma instantanément, ouvrit les yeux et vit Gretel, qui lui souriait tout essoufflée et un grand Monsieur qui lui caressait le front et lui dit de sa grosse voix.
– C’est bon, petit, tu es en sécurité avec moi. Mais ne bouge surtout pas et ne dis rien. Hans et Gretel ne turent, à l’affût dans leur fourré. Ils entendirent la sorcière arriver et se précipiter, comme une enragée, dans les bras de quatre solides gaillards qui l’attrapèrent, la ligotèrent et l’enfermèrent dans une cage comme une bête féroce, ce qu’elle était.
Plus tard, bien plus tard, quand la sorcière fut emmenée par les policiers qui l’avaient attrapée, parce que c’était évidemment des policiers, le commissaire vint leur parler :
« Vous avez échappé à un grand danger. Vous êtes très très courageux. Vos parents vont être fiers de vous. Cela faisait longtemps que nous cherchions cette sorcière qui a déjà enlevé et dévoré de nombreux enfants. Maintenant, elle ne fera plus jamais de mal à personne. Grâce à votre courage et à votre intelligence. Et maintenant, je vais vous conduire chez vous où vous attendent votre père et votre mère. Allez, venez les enfants. Ils montèrent dans la voiture du commissaire qui les déposa devant leur grande maison à l’orée de la forêt. Ils traversèrent le jardin en courant. La porte de la maison d’ouvrit. Le papa puis la maman sortirent.
– Hans, cria la maman.
– Gretel, cria le papa.
Les enfants sautèrent dans leurs bras en riant et en pleurant à la fois. Ils entrèrent tous les autre dans leurs maisons où ils vécurent heureux très longtemps.
…
– Maman.
– Oui ma chérie ?
– Elle avait raison Gretel de penser que ses parents ne pouvaient pas l’abandonner.
– Oui ma chérie. Elle avait raison. Les parents n’abandonnent jamais leurs enfants. Et ceux qui racontent ça sont tous des gros menteurs qui veulent te faire du mal. En tout cas, moi, je ne t’abandonnerai jamais. Et papa non plus. Parce que nous t’aimons très très fort. Allez dors, mon amour. Il est l’heure.
Curieusement, ma fille s’endormit et ne fit aucun cauchemar. Pis, elle me réclama très souvent ce conte revisité. Jusqu’à ce que je me lasse et que je refuse de lui raconter…
…cette histoire, qui m’était revenue au plus fort de l’affaire Dutroux.
1. Le vendredi 25 novembre 2005, 01:48 par Moukmouk
Une chance que celle-là est sortie, je suis sur qu’après tu n’as jamais eu de problèmes à en conter d’autres…
2. Le vendredi 25 novembre 2005, 09:48 par andrem
Et le pire, c’est qu’Akynou croit qu’on va la croire maintenant quand elle dit qu’elle ne sait pas raconter des racontars.
Il y a longtemps que je le sais, qu’elle sait.
3. Le vendredi 25 novembre 2005, 10:17 par Jazz
Coucou !
Ben moi, ce matin, j’étais une loque en colère mais depuis que j’ai lu ton conte enchanteur et pas cucul la praline du tout, je suis de meilleure composition.
(Quand j’ai lu le « Merci Madame. Vous êtes trop gentille. Tu viens Gretel ? » de Hans, j’ai tellement ri que j’ai failli en tomber de ma chaise.)
Merci à toi, tu rends l’histoire bien plus intéressante et actuelle que l’originale.
Malheureusement, après les affaires Dutroux, ce matin, on a appris les horreurs commises par le couple de ravisseurs d’Aurélia.
4. Le vendredi 25 novembre 2005, 12:17 par akynou/racontars
Jazz : Oui, et je suis en train de travailler sur un papier sur les femmes pédophiles… 
5. Le samedi 3 décembre 2005, 17:44 par ghizlane
salut je suis une marocaine agée de 13 ans
je voulais te dire que ton histoire est cool es pleine de plaisir je l’ai adoré moi et toute ma famille je te felicite de tout mon coeur et je te dis bonne chance a toi et a ton bout de chou
big kiss glacé du maroc
6. Le samedi 3 décembre 2005, 17:48 par nada
bonjour madam c encore moi ghizlane mais je voulais vous dire que vous ete meveilleuse avec votre histoire que je lis 10 fois pas jour et avec je m’endor merci pour tout
et venez nous rendre visite au maroc car c un pays gigantesque plein de chose facinante et il est connu par ces histoire sec 10000000000 d’histoire magnifique
ne m’oubliez pas
votre admiratrice ghizlane bennani