Ce matin, visite chez le médecin du travail. Le genre de rendez-vous qui ennuie tout le monde, mais qu’on ne peut pas vraiment rater surtout quand on est élu et membre de CHSCT…

J’ai donc enfourché mon vélo et me suis dirigée gaillardement vers le centre de médecine du travail. Il neigeait. J’avais froid. Mais c’était une balade amusante. Cela dit, je vais devoir m’acheter des lunettes de protection prochainement, j’ai trop froid aux yeux.

Arrivée chez le médecin, je n’attends pas longtemps avant d’être envoyée au toilettes. Pipi obligatoire. Mon casque et mes gants d’une main, mon petit gobelet de l’autre, j’entre dans le local, un peu étroit. Heureusement, il y a ce qu’il faut pour se désengoncer des pelures que l’hiver nous oblige à porter dès qu’on met le nez dehors. Mais j’ai du mal.

Deux minutes plus tard, je ressorts avec le gobelet. Près de l’endroit où il faut le poser, j’ai trouvé un panonceau m’intimant l’ordre de me laver les mains. Ce qui m’amuse. En général, je le fais sans qu’on m’y oblige. Je m’exécute cependant et tombe sur un autre panneau m’indiquant comment faire. Là, je suis vraiment hilare. Je décide de suivre les instructions à la lettre. Alors j’ouvre le robinet, je fais couler l’eau sur mes mains. Je me sers du savon liquide comme indiqué sur la deuxième image. Puis je frotte. Je frotte. En tournant mes mains les unes dans les autres. Comme sur la photo.

Je regarde, hein, des fois que je ne saurais pas. Je me penche pour regarder les dernières instructions : « Essuyez vous les mains puis essuyez les robinets que vous avez touchés avec les lingettes en papier. » Punaise, ils sont sacrément parano… Mais bon, j’obtempère. « Jetez le papier [Ah non, je voulais le garder le papier…] dans la poubelle dont le couvercle s’ouvre en appuyant sur la pédale. » Quelle blague ! Où est la poubelle ? Je me tourne et retourne dans le local rikiki quand je la trouve. J’avais posé mon manteau dessus, ainsi que mon casque, mes gants. Bon, mais qu’est-ce que je fais de tout mon barda le temps que je jette ce foutu papier…

Je finis par me dépêtrer de tout ça et par sortir des toilettes. M’attend l’examen des yeux par une machine miracle. Il faut appuyer son front contre à l’endroit indiqué (l’ont-ils nettoyé après le passage du précédent patient ?), mettre les écouteurs (l’ont-ils désinfecté, parce que, hein, à parano, parano et demi…), lire les lettres et répondre aux questions en appuyant sur la barre bleue (vous n’auriez pas des gants ?).

Les panneaux défilent, une rangée de lettres, une rangée de chiffres : « Si vous voyez un R, appuyez sur la barre bleue… » Pour la vision de loin, aucun problème. Elle est très bonne. Même meilleure que la moyenne. J’épate régulièrement mes filles en leur lisant des panneaux sur lesquels elles ne voient que des formes indistinctes. Par contre, en lecture de près, ça se corse sérieusement. C’est le brouillard total.

Cela ne m’étonne pas vraiment. Cela fait bien deux ans que j’ai commencé à éloigner mes bras pour lire. Ces derniers temps, ça devenait même compliqué. Je n’ai pas le bras si long… A la précédente visite médicale, pourtant, le médecin m’avait trouvé la vue d’une jeune femme de 35 ans. J’en avais dix de plus. Bon, là, sauf à tricher, impossible de répondre aux questions. Je n’appuie donc jamais sur la touche bleue. « Avec un peu de pot, me dis-je, il y aura bien quelques lettres demandées qui ne figurent pas, j’aurais quelques réponses justes », me dis-je comme s’il s’agissait d’autre chose qu’un examen de santé.

Ensuite, la routine, j’ai trouvé les deux ronds dans le vert de la même netteté que ceux du rouge. La bille étaient bien dans le rectangle et les lignes étaient toutes de la même taille (mais certains étaient plus foncées que d’autres…).

La machine ayant fini son petit check up, je me dirige vers la salle d’attente. Sur la table basse, des journaux de mon groupe de presse et Psychologies Magazine. Aucune envie de lire ça. Surtout le dernier. Les couvertures people me sortent par les yeux. Ce sont les premiers à avoir passé les sujets santé société au prisme de beautiful people. Nous saurons tout les sur les angoisses d’Hallyday, les névroses d’Emmanuelle Béart, les sortilèges de Ludivine Sagnier. C’est tellement plus intéressant que les petits ou gros soucis du vulgum pecus. Et, paraît-il, cela rassure le lecteur. Même chez le psy, il faut du rêve et du beau… Aucun intérêt.

Je me dis que les fauteuils sont bien confortables et que je piquerais bien un petit roupillon. Pour m’occuper, j’enlève mes guêtres. Celles-ci protège mon jean de la chaîne de vélo et mes mollets du froid. Bon, d’accord, l’une est noire l’autre grise, mais je me fous d’être élégante en vélo. Le médecin m’appelle. Je finis de me déshabiller dans le sas qui mène à son bureau.

Auscultation de rigueur, bavardage de même. Nous parlons conditions de travail, déménagement, stress au boulot… La vie dans l’entreprise n’est guère rose. Je monte sur la balance, j’ai 10 kilos de plus que l’année précédente. Pas vraiment étonnant. Je me suis vraiment laissée aller. Et encore, c’est moins pire qu’à la fin de l’été. Bon, si c’est moins pire, ça va. Il m’encourage.

Il en vient à mon bilan des yeux. Super vue de loin, j’acquiesce. Assez bonne de près. Je lève un sourcil. Conclusion : j’ai une très bonne vue. 
– Ah bon ? Sur la deuxième partie du test, pourtant, je ne voyais rien, rien du tout. 
– Mais si, vous avez une très bonne vue, c’est la machine qui le dit. 
– Alors, si la machine le dit. Mais je vous assure que cela fait quand même un certain temps que j’allonge les bras quand je dois lire.
– Mais non, vous y voyez très bien. La preuve, lisez ça…

Et il me tend la tablette où figurent les test de lecture. Et là, c’est la bérésina. Non seulement, je ne vois pas l’exercice 1, mais le 2 non plus et à peine le 3. « Eh bien ça alors. Pourtant vous aviez une bonne réponse sur deux… » Une réponse sur deux, sans répondre à rien. J’avais deviné juste. La machine est idiote. Et le médecin pas bien malin non plus. Quand je pense que la représentante de la DRH nous assène en Comité d’entreprise que le médecin du travail a été chargé d’une mission particulière concernant la prévention des problèmes ophtalmologiques, puisque l’ensemble des salariés du groupe travaille sur écran. Pour un peu, j’en rirai.

Pas le médecin qui me conseille, en vrac, des séances d’acupuncture « pour vos douleurs à l’épaule, pas de l’homéopathie. Ça c’est efficace pour les allergies ou les problèmes de sommeil, mais pas les douleurs articulaires », une visite chez l’ophtalmo » en urgence, cela peut expliquer votre fatigue », et une cure de vitamine. Et il me déclare apte.

La visite est terminée, je me rhabille, rejoint mon vélo. Il ne neige plus. C’est toujours ça de gagné. Voilà, je viens de passer dans le camp des presbytes.

Femme à lunettes…

1. Le mercredi 28 décembre 2005, 00:30 par Anitta

Bienvenue au club !

2. Le mercredi 28 décembre 2005, 11:08 par Vroumette

Et voilà, y’a plus qu’à te trouver de jolies lunettes avec masque complémentaire sur ta bicyclette.

Je te propose un deal, tu me lis les panneaux de loin et je te lis les panneaux de près !

3. Le mercredi 28 décembre 2005, 11:09 par luciole

Et t’es bonne pour une vrai visite chez un bon ophtalmo ! Bises!

4. Le samedi 31 décembre 2005, 20:08 par gilda

I guess I’ll soon be in (unless I die before) …