Ma chère sœur,
Cela fait longtemps que je ne t’ai pas écrit de vraie lettre. De nos jours, nous nous contentons de quelques coups de fil ou de commentaires sur nos blogs respectifs. Mais cela faisait u peu court pour te raconter ma soirée de mercredi dernier. Dernier, mais premier du mois. Et donc mercredi de Paris Carnet. Tu ne m’a rien demandé, je le sais bien, mais je sais aussi que tu en meurt d’envie. Alors, pour toi, et rien que pour toi, je peux bien faire un effort…
Sais-tu à quel point je suis timide ? Je sais, cela surprend toujours, mais c’est pourtant vrai. Alors je peux te dire qu’aller à un Paris Carnet est pour moi un délice et une torture.
Un délice, parce que j’y retrouve des gens que j’aime beaucoup et qui, n’ayant pas le même handicap que moi, ne se sont pas gênés pour m’aborder. Ceux là, je n’ai plus aucun mal à leur parler.
Une torture car entamer une discussion avec quelqu’un que je ne connais pas encore, ou pas bien… est au-dessus de mes forces. Que lui dire ? Que lui raconter ?
Mercredi soir, c’était donc Paris-Carnet. Après avoir fait dîner puis avoir couché les enfants, je me suis mise en route. Bien couverte car il fait un froid de canard depuis quelques jours sur la capitale. J’avais découvert sur le site de la RATP que je pouvais aller au lieu de rencontre en bus, que c’était (presque) direct. Il suffisait de marcher jusqu’à l’arrêt place St- G. J’ai pensé qu’il y avait un arrêt beaucoup plus proche (mais plus haut sur la ligne par rapport à ma destination). Mais je n’avais jamais vraiment fait la comparaison, et comme j’ai parfois un côté discipliné, j’ai suivi les conseils du site. Je peux te dire qu’après dix minutes de marche, j’ai eu la confirmation que j’avais raison. L’autre arrêt est nettement moins loin de chez moi.
Mais enfin, cette petite marche n’était pas désagréable. Il faisait froid, je te l’ai dit, mais j’étais bien couverte (je te l’ai dit aussi). Je me suis retrouvée seule à l’arrêt dans une petite rue. Le bus n’a pas tardé à arriver, je suis montée vers sa lumière et sa chaleur et me suis laissée portée vers mon lieu de rendez-vous.
Je ne suis pas non plus descendue à l’arrêt indiqué par le site. Il y en avait un autre, plus proche, mais juste après ma destination. A peine deux minutes plus tard, j’étais rendue rue du Jour, une petite ruelle qui jouxte l’église Saint-Eustache, et je suis entrée au Quingsley, un pub irlandais. A première vue, personne de connu n’était dans la salle. Mais il y avait au fond un escalier. Je l’ai emprunté et me suis retrouvée à l’entrée d’une grande salle où trônait un billard. Tout autour, des gens, verre de bière à la main, devisaient tranquillement.
La première que j’ai croisée fut Melodye à qui j’ai souhaité la bonne année. Puis j’ai embrassé Shaggoo et enfin, je suis arrivée à la table où Vroumette et Tarquine et les frère Granger étaient en grande conversation. Je suis toujours contente de les voir ces frères-là, gentils, drôles, intelligents, galants… L’un est plus bavard que l’autre, je te laisse deviner lequel.
Tarquine était ravissante dans un petite robe noire, la mine fatiguée (Tarquine, bien sûr, pas la robe), mais resplendissante, apaisée aussi. Nous avons parlé de nos enfants, de nos lectures. Benoît est allé nous chercher des rafraîchissements, à moins que ce ne soit François. Non, c’était plutôt François d’ailleurs qui ne voulait pas qu’on lui donne de l’argent.
Labosonic est arrivé, et je me suis rendue compte que j’avais oublié le petit cadeau que je lui destinais… Ce sera pour une autre fois. Kozlika est passée. Les sujets de conversation ont tourné. Gilda s’est installée à côté de moi. Nous nous étions croisées à Houlgate et depuis, j’avais envie de mieux faire sa connaissance. C’est un petit bout de femme extrêmement chaleureux avec des yeux noirs qui pétillent derrière ses lunettes et un sourire très doux. Nous avons parlé de nos techniques de travail, de notre manque de temps, de nos heures favorites.
En passant Shaggoo m’a lancé un défi à sa manière : « Tu vas créer un autre jeu ? » Mon Dieu, je n’y avais même pas réfléchi. Faire une deuxième session du diptyque, oui, bien sûr, mais un autre jeu… Depuis, je dois t’avouer que je compulse frénétiquement tout ce qui concerne les jeux littéraires et une idée commence à poindre… Ce sera pour l’été. Il faut que je mature le projet, mais ça pourrait être amusant… Je n’en dirai pas plus.
Plusieurs m’ont demandé si je comptais faire une suite au Bal des débutantes. Je ne suis pas encore prête, je n’en ai pas particulièrement envie pour le moment. Comme le jeu, il faut que cela mature. Et puis je suis trop fatiguée en ce moment. Je n’ai pas envie de grand-chose. Sauf celle de ressusciter Goguette et d’essayer de reprendre son histoire. Tu te souviens de Goguette, la petite ange ? Elle pourrait plaire à Lou, non ?
Et puis le temps a filé à son habitude, trop vite. Le petit groupe s’est égayé. Certains partaient, d’autres changeaient de table. Je me suis dit : « C’est le moment pour essayer d’aller vers les autres, ceux que je ne connais pas encore. » Je vois Tarquine et Kozlika, Vroumette et consorts si habiles à ce jeux-là. J’ai alors salué Pascal, mais rien d’autre, parce que rien d’autre à dire sur le moment. J’ai vite renoncé. Vraiment, au-dessus de mes forces. Il me faudrait un chaperon. Et encore…
Alors, j’ai pris quelques photos. Il est toujours facile de se cacher derrière un appareil. Et puis j’aimais beaucoup la lumière de cette salle que certains ont trouvé trop sombre. Mais les visages étaient doux, les sourires amènes. Je trouve l’endroit fort plaisant en fait. Et pas si malcommode que certains peuvent le dire.
J’ai pris la poudre d’escampette. J’étais fatiguée et je savais que le lendemain m’attendait une grosse journée. (Je ne me suis pas trompée d’ailleurs puisque j’ai quitté mon bureau à minuit passé.) Et puis je voulais remonter la rue du Louvre jusqu’à l’ancien siège du Figaro qui avait été mis en lumière.
J’ai donc marché. Ce n’était pas très loin. L’air était vif et froid. Je m’arrêtais de temps à autre pour prendre une photo. Devant la poste, une femme s’est mise à parler de Dieu et à chanter des psaumes. J’ai pressé le pas. Comme beaucoup, j’ai peur des fous. Quand en plus ce sont des fous de Dieu… Elle avait pourtant l’air bien inoffensive cette jeune femme. Mais c’est vrai que, la nuit, tout prend une autre dimensions.
Je suis passée devant l’école des journaliste, au 33. Il y a une antique rotative dans l’entrée et j’espérais la prendre en photo. Mais tout était éteint. Je suis enfin arrivée devant ce qui restera toujours pour moi Le Figaro et l’emblème de l’empire Hersant. Qui se souvient encore de cet homme que beaucoup craignaient, dont le pouvoir sur la presse faisait peur au point qu’on fit des lois dans l’unique but de l’empêcher d’accroître encore ses possessions.
Il ne reste plus grand chose de l’époque. Et d’autres requins, bien plus dangereux, ont pris les rênes de l’info écrite. Ceux-là ne sont pas des journalistes, pour eux la presse n’est qu’un produit, plus ou moins rentable, dont ils se moquent du contenu pourvu qu’il y ait de nombreuses dividendes et que les actionnaires soient contents. J’ai bien peur que la presse écrite d’information ne vivent ses dernières années…
Sur toutes les vitres du bâtiment ont été collées des feuilles de couleurs vives qui sont rétro-éclairées. L’effet est saisissant. On croirait un immense paquebot. J’ai hésité à prendre un taxi ou à continuer à pied. J’ai finalement opté pour la marche. Et j’ai bien fait.
Je suis passé devant une boutique d’orchidées, superbe. Les fleuristes ont de plus en plus le goût des belles vitrines et décoration et c’est un vrai plaisir pour les yeux. Je suis passée devant le Croissant, le café où fut assassiné Jaures. Tu le connais ? J’y ai mangé quelques fois. C’est là que le Syndicat des journalistes fait déjeuner ses troupes lors des stages de formation ou ses réunions. L’ambiance est sympathique, la bouffe pas mauvaise…
J’ai traversé les grands boulevards et me suis engouffrée dans la rue du Faubourg-Montmartre. J’ai jeté un œil cité Bergère, regardé l’enseigne de l’hôtel Corona où j’officiais et je me suis arrêtée devant le Palace. Que de souvenirs… Dans quel état est-il ce pauvre théâtre. Une vraie pitié ! J’ai repris le chemin, suis passée devant Notre-Dame de Lorette, j’ai grimpé, avec difficulté, la rue des Martyrs car je commençais à être fatiguée, je suis arrivée place Pigalle. La carte mémoire étant pleine, je n’ai pas pu prendre de photo. Alors j’ai continué vers mon nid ou je suis arrivée crevée, mais heureuse, légère et de bonne humeur.
Voici, ma chère sœur, le récit d’une soirée à laquelle nous fûmes au moins d’eux à penser qu’il ne manquait qu’une seule personne, toi. Je t’embrasse bien fort. Et à très bientôt.
PS : Si tu cliques sur les photos, tu les verras en plus grands et tu pourras aussi en voir d’autres…
Le samedi 7 janvier 2006, 19:42 par samantdi
Chère amie,
C’est une bien belle invention que ces lettres communes que nous pouvons lire en même temps que la principale intéressée… Ah non, je ne regrette pas les chevaux de poste, ni les cachets de cire!
Vous me permettez ainsi d’introduire subrepticement dans ce pub où les chopes de bière rousse ont l’air de grande taille (n’est-ce pas M.G ?)
Quant à cette promenade nocturne dans les rues de la ville, elle est vraiment féérique : je n’aurais jamais imaginé tout cela depuis le fond de ma province ?
Merci donc chère amie, au plaisir de vous lire et mes amitiés à votre soeur.
2. Le samedi 7 janvier 2006, 20:18 par luciole
MA chère soeur, je te remercie pour les détails que tu as donné de cette soirée, cela m’a fort diverti tout en accentuant le regret que j’avais de ne pouvoir être parmi vous. Je dois te confier quelque chose que je tiens de source sure. Au moins l’un des frères Granger n’aime pas trop qu’on les nomme « frères Granger » comme je n’aimais pas trop qu’on nous appelle les soeurs « machins ». Ne dis pas que je te l’ai dit… Sourire… Je comprends mieux ce que tu faisais dehors à une heure pareille et par pareil froid maintenant. Au plaisir de te revoir très bientôt. je t’embrasse. Luciole.
3. Le samedi 7 janvier 2006, 22:59 par Vroumette
C’est une jolie lettre, mais je peux rajouter « au moins trois ». C’est marrant car effectivement, je ne pensais pas que tu étais timide. Donc, si je te dis qu’on monte sur une table pour pousser une chansonnette, tu ne seras pas d’accord !
4. Le samedi 7 janvier 2006, 23:12 par Akynou/racontars
Ma chère sœur,
J’imagine qu’aucun des frères n’aime particulièrement être appelé ainsi. Comme aucune des nous n’apprécie ce pot commun de « sœurs Machin”. Je l’ai bien pensé en l’écrivant. Mais avoue que c’est une dénomination bien pratique quand on parle de frère ou de sœur… Surtout quand ils sont ensemble.
Vroumette : La timidité est une chose assez incroyable qui t’empêchera de dire bonjour à quelqu’un mais pas forcément de faire des choses folles. Il m’est déjà arrivé de danser sur une table, un zouk endiablé avec mon rédacteur en chef de l’époque. Lui et moi nous nous en souvenons et ça nous fait mourir de rire…
Et puis aussi tout dépend de ce qu’on a bu avant…
Satmandit : l’art épistolaire… quel charme, nest-ce pas 
5. Le samedi 7 janvier 2006, 23:51 par François Granger
Mais je ne t’en veux pas, Laure 
Samantdi, Paris est très beau tard dans la nuit quand il y a peu de circulation. Quand vient-tu nous voir dans la GVQP (Grande Ville Qui Pue) pour que nous t’en montrions les charmes ?
6. Le dimanche 8 janvier 2006, 12:29 par Erin
Tu me donnes encore plus envie de rencontrer ces gens si sympathiques. Mais saurais-je sortir de ma coquille ? Je suis timide comme toi, n’arrivant pas à dire bonjour aux inconnus. Si je te disais que je suis si timide qu’il m’arrive de ne pas commenter sur les blogs ? Il y a des personnes comme ça qui m’intimident seulement par leurs mots. Alors je vais parfois 4/5 fois les lire, et repars sans faire de bruit, parfois je me lache et quelques mots en sorte…
Pourtant ces rencontres me font envie. Envie de voir les personnes qui se trouvent derrière les mots. Voir leur sourire, leur regard, leur yeux qui pétillent, entendre leur voix, leur rire… Tout ce qui rend une relation humaine, chaude…
Ta ballade m’a fait rêver, ou plutot m’a rappelé que j’avais moi aussi vécu dans cette ville, en ais-je seulement profité d’aussi belle manière ? Non pas assez, trop jeune sans doute.
Ah ! Akynou ! Tes mots me font si envie de tout ça, de ces moments d’apaisement, de réconfort, de découverte, de plaisir, n’est ce pas un peu de bonheur ?
7. Le lundi 9 janvier 2006, 11:34 par Mel’O’Dye
moi aussi quand j’aurai un appareil photo digne de ce nom je mitraillerai totu le monde au Paris-Carnet et pis je rentrerai à pieds en prenant des super photos …
… vi je suis jalouse ;-)))
bizzz m’dame







