Grand vidé 2
Pour ceux qui auraient raté le début, il faut se rendre il faut se rendre là
On peut classer les carnavaliers dans trois systèmes différents.
– Les groupes à cuivre, comme Guimbo All Stars, le groupe dont Lou a fait parti pendant deux ans et qui vient de fêter ses 24 ans. Ils ont, en général, des costumes fabuleux.
– Les groupes à peau, comme Akiyo ou Voukoum. Ce sont des groupes traditionnels, indépendants. Ils jouent sur des tambours faits de bois et de peau d’animal (d’où leur nom), des conques de lambis, des calebasses, etc. Et des fouets qui claquent sur le bitume en produisant un bruit de pétard très sec et très fort. Personnellement, quand les fouettards passent pour faire la place au reste du groupe, je ne reste pas au milieu de la chaussée. Je me range vite fait bien fait. Ils sont magnifiques et très impressionnants (et la plupart du temps très beaux garçons).
– Les groupes de synthétiseurs, comme Volcan. Ils existent depuis plus de dix ans. Mais ce ne sont pas mes groupes préférés. Leurs instruments de prédilections sont les synthétiseurs, les basses, ils ont des micros et ont besoin de chars pour défiler. On ne les voit donc que rarement à Pointe-à-Pitre.
Tout ce petit monde là défile donc chaque dimanche. Dans une commune ou dans une autre, à Pointe-à-Pitre ou à Basse-Terre. Quand il n’y a pas de thème défini, les groupes peuvent défiler sans déguisement, seules les couleurs sont alors imposées. Et la plupart du temps, des tee-shirts sont fournis. Tout le monde peut participer, pas la peine d’être membre, il suffit d’être bien renseigné. Connaître l’heure de rendez-vous, l’adresse du local et être là un peu à l’avance (même si tout le monde arrive en retard). D’abord parce que l’ambiance est tout à fait particulière et ensuite parce qu’une fois les T-shirt distribués aux membres présents, il en reste toujours quelques uns pour les autres. Quand le départ est donné, il faut se mettre au milieu et suivre le mouvement. Participer à un vidé est toujours impressionnant. D’abord, il faut tenir le coup, parce qu’il s’agit de faire plusieurs fois le tour de la ville et sous un soleil de plomb le plus souvent (ne pas oublier la bouteille d’eau). Ensuite, il y a les chants et les danses, on ne peut plus entraînants (ne vous en faites pas, les paroles sont assez simples, si vous avez l’oreille, pas besoin d’être créolophone). Et puis il y a la foule des gens qui vous regarde passer et vous acclame si vous avez choisi le bon groupe, celui à la mode. Et ça, c’est fort !
Par contre, les jours gras, il faut le costume officiel. Les membres des groupes à peau les fabriquent eux-mêmes, à partir de matériaux assez simples. Les thèmes les plus courants sont le mas a co’n (masque à cornes), fait avec des feuilles de bananier séchées retenues par une corde ou par une chaîne. Le mas a tè e a feiyaj, les corps sont couverts de terre et de feuille diverses.
Pour le mas a kongo, les carnavaliers enduisent leur corps d’une espèce d’huile très noire. C’est un hommage aux derniers déportés victimes de la traite des Noirs, réputés venir du Congo. Quand ils sont d’humeur espiègle, les mas viennent se frotter à vous histoire de tester votre humour… noir bien sûr. Cela vous laisse de très charmante marques noirs sur les vêtements, les joues, les mains. Ne vous en faites pas trop, ça part au lavage… ou presque…
N’hésitez pas pas à rendre une visite de courtoisie au mas a haiyon. C’est un beau gosse (surtout celui-là !) dont le costume est fait de bout de tissus ou de journaux déchirés. Pour le mas a lanmò (la mort), les carnavaliers, vêtu de draps blanc, la tête couverte d’un masque tête de mort, défilent en chantant des couplets sur les fantômes, dié volan et autres soucougnans, bref toute catégorie d’esprits plus ou moins malfaisant. « Manman manman, mais ouvré la porte ba mwen, a minuit sé l’hè a yo pou yo chanté kokikyoko, a minuit se l’hè a yo pou yo tou’né feiy a l’envè… yé krik, yé kral !» (Benzo dans le texte) brrrrrr Impressionnant !
J’aime beaucoup le mas a roucou. C’est un hommage aux Amérindiens. Dans les îles, les Caraïbes s`enduisaient d`une huile faite a base de graines de roucou pour se protéger des moustiques. C`est ce qui leur donnait cette teinte tirant sur le rouge et qui leur valut le nom de Peaux-Rouges par Christophe Colomb.
Akiyo se caractérise par son engagement politique. Il ne cesse de dénoncer la répression, le malaise social, le colonialisme (un hommage aux Aborigènes en 1997), les guerres et les essais nucléaires (très fort défilé en 1996), la corruption (korupsyon en 1995). Nombreux sont ceux qui ont suivi son exemple. sans parler de Voukoum, son pendant sur la Basse Terre et qui joue un rôle aussi important. On peut nommer Mas Ka Klé, La clé, Point d’interrogation, Kaskod, 50/50, etc.
Les groupes à cuivre sont eux plus classiques dans leur choix. Disons plus consensuels… Mais leurs costumes sont souvent magnifiques. Un des plus inventifs de Pointe-à-Pitre est sans doute le groupe Kontak. Chaque année, c’est une merveille de découvrir leurs costumes. Mais il y a aussi Matamba, de Saint-François, très bonne musique, très beaux costumes, souvent primés ; Toumblack, Guimbo All Stars, Kasika, de Capesterre Belle Eau, réputé pour leur musique et les chanté nwel endiablés, menés par le conteur Benzo. Waka Chiré Band, de Sainte Rose, souvent très inventifs, super bonne musique, une ambiance folle….
Le samedi gras, c’est le défilé des enfants dans les deux principales ville de Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre. Une petite centaine d’écoles maternelles et primaires défilent dans des costumes merveilleux. C’était tellement beau ces enfants habillés, maquillés, souvent très impressionnés, mais tellement heureux de participer et fiers, tellement fiers. Ils défilent également les jours gras, toujours en tête de cortège et dûment protégés par le service d’ordre du groupe.
Le dimanche gras, premier gros défilé et premiers concours. En général, seuls les groupes à cuivre passent devant le jury. Sur la photo, c’est un costume sur le thème du jeu. PMU, Loto, les Antillais sont très joueurs et c’est ce dont ce groupe voulait s’amuser. Les autres se contentent de défiler. Ils sont « kaskod », pas dans les codes ni les organisations.
Le lundi gras est célèbre pour son vidé en pyjama. Tout le monde peut participer. Condition : s’habiller en pyjama et se lever aux horreurs !!! Le vidé se termine en général par des agapes assez joyeuses. Mais je n’ai jamais eu le courage de me lever à 4 heures pour défiler à 5. Le soir, il y a aussi les mariages burlesques. Des couples suivis d’un long cortège se présentent devant le prêtre et le maire. L’homme est déguisé en femme et la femme en homme. On retrouve aussi ces mariages le mercredi des cendres. Ils déclenchent l’hilarité des spectateurs. Le mardi gras est le top, le point culminant, le jour des concours les plus importants (meilleur groupe, meilleur costume…). Le lendemain, le mercredi des cendres, la foule est en deuil, donc en noir et blanc, car Vaval est mort. Toute la population rejoint les groupes pour défiler dans les rues. C’est très chaud et ce jour-là on évite d’emmener les jeunes enfants à cause des bousculades. Akiyo organise un enterrement burlesque. Et le soir, les carnavaliers brûlent l’effigie du roi Vaval en pleurant, en dansant et en chantant : Vaval ka kité nou…, malgré la vi la rèd, vaval ka kité nou… Voilà, le carnaval est fini, jusqu’en janvier prochain. Avec vous peut-être…
Chacun comprendra que mon groupe préféré est Akiyo, pour son engagement culturel et politique. Pourtant, en dehors de celle du jeune fouettard, je n’ai pas mis de photos d’eux. c’est que je les réserve. J’ai eu l’honneur, le plaisir et l’avantage d’interviewer l’un de ses leaders, le peintre et musicien Joël Nanquin…
La suite est LA dans le prochain post…





