Grand vidé 3

Pour ceux qui auraient raté le début, il faut se rendre il se rendre là


Interview de Joël Nankin, peintre et musicien. À l’époque il présidait l’association qu’il a contribué à fonder.

L’histoire d’Akiyo, quand a-t-elle débuté ?


Cela n’a pas été tout de suite une association comme l’entend la loi de 1901. Au début c’était un mouvement spontané. Au début des années quatre-vingt, le carnaval était moribond. Les gens trouvaient plus facile de jouer sur des bidons en plastique que sur des tambours. Il n’y avait plus d’idées, plus vraiment de vie. Nous étions un certain nombre de jeunes tambouyés, de jeunes musiciens à appartenir au groupe de Saint Jean, qui faisait le carnaval et souhaitait revenir à des instruments originaux. Retrouver une partie des traditions. Tout de suite il y a eu adhésion d’une fraction de la population. Ça nous a confortés dans notre façon de voir. Mais le groupe de Saint-Jean se mourait. On a donc pensé que ce serait bien de récupérer cette musique, de la faire vivre. Et on a eu tout de suite du succès.
Après, nous sommes sortis presque tous les dimanches, d’année en année. Akiyo a révélé qu’une partie de notre culture était en train de disparaître. C’est-à-dire qu’il fallait préserver un certain nombre de pans de cette culture qui s’en allait. C’était le moment. Mais à l’époque, la Guadeloupe connaissait une situation politique mouvementée. Il y avait des militants emprisonnés, en France notamment. Et puis, en 1985, il y a eu l’affaire Hugodot. Un certain sous-préfet de Pointe-à-Pitre qui a voulu ? il était fraîchement arrivé et il ne connaissait pas le pays ? interdire une sortie du groupe parce que nous tournions en dérision l’armée française. La sortie devait se faire en treillis militaires. Mais ici, la dérision, c’est la base même du carnaval. Pour la population, c’est le moment où toutes les dérisions sont permises. Tout est si sérieux, si lourd : le chômage, la maladie, le sida… Au moins, pendant carnaval, on peut alléger tout ça en le tournant en dérision. Et donc, la population de Guadeloupe s’est élevée contre cet interdit du sous-préfet. Ce jour-là, il y a eu près de quinze mille personnes avec Akiyo devant la sous-préfecture. C’est à ce moment-là que le groupe est devenu mythique, d’où sa réputation jusqu’à maintenant.

Même en Métropole ?
Chaque année, lorsque nous allons en tournée en France, de puis cinq ans, ça tourne dur. À Sevran, c’était bien (carnaval dans le cadre du festival de jazz des Banlieues Bleues auquel Akiyo participait chaque année, NDLR). Et puis les disques marchent forts.

 

Carnaval de Pointe à Pitre

En 1997, défilé hommage aux Aborigènes d’Australie.

Défilé du dimanche gras

En 1998, défilé sur le thème de la grève

Quand avez-vous eu l’idée de créer une association et pourquoi ?
Le groupe devenait trop important. Il fallait assurer les sorties, se mettre dans une certaine légalité, veiller à la sécurité. C’est à cause de ça qu’on a eu l’idée de devenir une association loi 1901. Parce qu’à l’origine, le groupe tenait à rester illégal justement, en tout cas informel. En tout cas sans existence légale. Au départ, nous étions plutôt “Kaskod” comme on disait à l’époque (mot créole pour casser les codes, NDLR). Cela voulait dire casser les ponts avec tout ce qui est gouvernemental, l’organisation de la culture, parce qu’en fait, culturellement, il ne se passait jamais rien à l’époque. Une association, c’était déjà jouer le jeu.
Akiyo, au niveau cultuel, c’est quelque chose de très important pour les Guadeloupéens, qu’ils soient de l’île ou de Métropole.
Il y a des choses dans un peuple, dans l’inconscient collectif que l’on n’arrive pas à expliquer. C’est ce qui fait un peuple d’ailleurs. Il Y a une dynamique pour quelque chose. C’est ce qui fait la différence d’un peuple à un autre. Cela dépasse l’entendement. Quand je vois comment les enfants sont attachés à Akiyo, au rythme de la musique, je ne me pose pas ces questions. C’est là que le mot culture prend son sens. C’est quand il y a justement cette adhésion collective à la même chose, sans se demander pourquoi.

Je pense que la musique dépasse cela. Comme le gwoka (musique traditionnelle guadeloupéenne, NDLR). Cela existe depuis longtemps (enfin à ma connaissance). Et tous les Guadeloupéens, qu’ils soient ministres ou de la rue, savent ce que c’est. Et d’une certaine manière y adhèrent. Ce n’est pas toujours évident. Ici, l’acculturation est très forte, les gens ont tendance à préférer acheter leur costume dans un supermarché. Nous, nous essayons de faire renaître les costumes anciens, ceux en feuilles de bananes ou en toile sac. On a essayé de retrouver le carnaval, notre carnaval. Et c’est pour cela que justement, les gens nous ont suivis.

Le carnaval, c’est quand même encore beaucoup les habits de satin et les bombes en plastique. On dirait d’ailleurs qu’il y en a deux : celui d’Akiyo et puis un autre, plus officiel, bien ordonné, joli à voir certainement, mais moins authentique.
Les gens aiment beaucoup Akiyo, mais le craignent en même temps. Et je crois que l’on essaie de maintenir cela. Car c’est un peu l’esprit de carnaval des mas (masque en créole). Les enfants aiment les masques et en même temps ils en ont peur. c’est pareil pour les adultes. Cela fonctionne de la même manière.

Comment choisissez-vous les thèmes. En 1995, c’était la corruption. En 1997, c’était un hommage aux Aborigènes d’Australie. En 1998, l’abolition de l’esclavage…
On essaie de suivre les événements. En 1995, on était en pleine affaire Chamougon (homme politique local, condamné pour corruption). En 1996, le thème était le nucléaire, après les essais ordonnés par Chirac dans le Pacifique. En fait, on décide en réunion. Pendant trois mois, de septembre à janvier, nous réfléchissons. Les membres font leurs propositions, on analyse. C’est très collégial.

Dimanche gras

En 1995, défilé contre la corruption.

Carnaval des enfants

En 1998, ti moun Akiyo…

Quand avez-vous eu l’idée de créer une association et pourquoi ?
Le groupe devenait trop important. Il fallait assurer les sorties, se mettre dans une certaine légalité, veiller à la sécurité. C’est à cause de ça qu’on a eu l’idée de devenir une association loi 1901. Parce qu’à l’origine, le groupe tenait à rester illégal justement, en tout cas informel. En tout cas sans existence légale. Au départ, nous étions plutôt “Kaskod” comme on disait à l’époque (mot créole pour casser les codes, NDLR). Cela voulait dire casser les ponts avec tout ce qui est gouvernemental, l’organisation de la culture, parce qu’en fait, culturellement, il ne se passait jamais rien à l’époque. Une association, c’était déjà jouer le jeu.
Akiyo, au niveau cultuel, c’est quelque chose de très important pour les Guadeloupéens, qu’ils soient de l’île ou de Métropole.
Il y a des choses dans un peuple, dans l’inconscient collectif que l’on n’arrive pas à expliquer. C’est ce qui fait un peuple d’ailleurs. Il Y a une dynamique pour quelque chose. C’est ce qui fait la différence d’un peuple à un autre. Cela dépasse l’entendement. Quand je vois comment les enfants sont attachés à Akiyo, au rythme de la musique, je ne me pose pas ces questions. C’est là que le mot culture prend son sens. C’est quand il y a justement cette adhésion collective à la même chose, sans se demander pourquoi.

Je pense que la musique dépasse cela. Comme le gwoka (musique traditionnelle guadeloupéenne, NDLR). Cela existe depuis longtemps (enfin à ma connaissance). Et tous les Guadeloupéens, qu’ils soient ministres ou de la rue, savent ce que c’est. Et d’une certaine manière y adhèrent. Ce n’est pas toujours évident. Ici, l’acculturation est très forte, les gens ont tendance à préférer acheter leur costume dans un supermarché. Nous, nous essayons de faire renaître les costumes anciens, ceux en feuilles de bananes ou en toile sac. On a essayé de retrouver le carnaval, notre carnaval. Et c’est pour cela que justement, les gens nous ont suivis.

Le carnaval, c’est quand même encore beaucoup les habits de satin et les bombes en plastique. On dirait d’ailleurs qu’il y en a deux : celui d’Akiyo et puis un autre, plus officiel, bien ordonné, joli à voir certainement, mais moins authentique.
Les gens aiment beaucoup Akiyo, mais le craignent en même temps. Et je crois que l’on essaie de maintenir cela. Car c’est un peu l’esprit de carnaval des mas (masque en créole). Les enfants aiment les masques et en même temps ils en ont peur. c’est pareil pour les adultes. Cela fonctionne de la même manière.

Comment choisissez-vous les thèmes. En 1995, c’était la corruption. En 1997, c’était un hommage aux Aborigènes d’Australie. En 1998, l’abolition de l’esclavage…
On essaie de suivre les événements. En 1995, on était en pleine affaire Chamougon (homme politique local, condamné pour corruption). En 1996, le thème était le nucléaire, après les essais ordonnés par Chirac dans le Pacifique. En fait, on décide en réunion. Pendant trois mois, de septembre à janvier, nous réfléchissons. Les membres font leurs propositions, on analyse. C’est très collégial.

Groupe Akiyo