Ce matin, j’ai oublié mon livre. Oui, et alors, me direz-vous. Attendez, c’est important. Si je ne l’avais pas laissé sur mon bureau, je ne pourrais pas vous écrire ce qui suit.
J’étais donc là, assise sur mon strapontin, à ne savoir que faire de mes mains, ni de mes yeux, ni de ma tête… Il n’y avait pas beaucoup de monde, personne devant moi à observer… Mon regard s’est donc naturellement porté sur une affichette. Une de ces réclames sans vraiment rien d’accrocheur comme on en voit des milliers dans les wagons du métro pour peu qu’on prenne ce moyen de transport plusieurs fois par jour. Elles sont tellement ringardes qu’on ne les remarque même plus, sauf par ennui et désœuvrement.
Celle-ci vantait les mérites d’un hors série intitulé : Le Guide de l’investissement retraite. En gros titre : à chaque âge son projet. Et en dessous, quatre photos sensées représenter des couples cibles.
– Le premier, la trentaine je dirai, avec de jeunes enfants.
– Le deuxième, la cinquantaine triomphante
– Le troisième et quatrième, la bonne soixantaine alerte. Un monsieur poivre et sel embrassant une blonde aux cheveux long pour l’un. Un autre homme poivre et sel enlaçant une blonde à cheveux court pour l’autre.
Les femmes étaient assez différentes l’une de l’autre. Toutes deux blondes probablement bien qu’elle pourraient avoir les cheveux blanc, les photos en noir et blanc ne permettent pas de trancher. L’une représentait sans doute la femme au foyer (celle à cheveux long) et l’autre une femme active (cheveux court). Ne riez pas, c’est parfois aussi loufoquement précis les pubs.
D’ailleurs les poses des deux nanas sont tout aussi suggestive. L’une tend sa joue gentiment, la seconde tient fermement les bras de son mari. On sent la maîtresse femme. Ce qui est assez amusant, c’est qu’elles sont toutes les deux sur le devant, comme les enfants de la photo du premier couple. Elles représentent ce que ceux qui vont faire un gros achat (les hommes) doivent avoir à l’esprit.
Par contre, les deux hommes, pareils. De profil ou de face, même genre, même mèche grise, mêmes rides, même allure de vieux beau.
A ce moment-là, je me suis mise à imaginer le casting. Car bien évidemment, ces jolis couples n’existent pas dans le civil. Ces Monsieur et Madame tout le monde sont des mannequins ou des comédiens qui jouent à papa maman ou papy mamy. Je les voyais donc défiler, ces modèles d’un jour, je voyais le chef de projet former les couples. Tiens d’ailleurs, c’est bizarre mais…
Je me suis approchée de l’affiche pour la voir d’un peu plus près. Mais oui, mais bien sûr. Le monsieur du couple 3 est le même que celui du couple 4.
Alors de trois choses l’une
– soit le canard est vraiment radin et il n’a pas voulu embaucher deux sexagénaires alertes,
– soit il y a pénurie de sexagénaire alerte sur le marché du mannequinat
– soit le journal en question milite discrètement pour la bigamie.
Bref, si vous avez plusieurs femmes et que vous avez des projets immobiliers, n’hésitez pas à acheter ce journal (dont j’ai masqué le nom parce que quand même, je ne veux pas faire de pub).