A peine debout j’ai été assaillie par les filles qui avaient toutes des différends à régler. Dans ces cas-là, mieux vaut être d’attaque rapidement. Consoler l’une, bisouiller l’autre, caresser la troisième et, enfin, j’ai pu atteindre la cuisine pour mon petit déjeuner. Jamais je ne pourrais me payer le luxe de ma mère qui disais que tant qu’elle n’avait pas pris son café, il ne fallait pas lui parler. Et nous ne lui parlions pas. Mes filles, suis pas sûre qu’elles comprennent jamais ça.
La matinée s’est passée entre ordinateur et chamailleries à faire cesser. J’ai tiré considérablement ma flemme avant de me décider à fabriquer le déjeuner. Déjà, décider de ce que j’allais faire. Au bout d’un moment, ayant considéré une bonne dizaine de fois d’un air désolé le contenu du congélateur et celui du frigidaire en disant : « y a rien à manger » (vous savez, comme ces oiselles qui, devant leurs armoires pleines à craquer, se lamentent car elles n’ont rien à se mettre…), j’ai opté pour un poulet à l’ail et des rates (les pommes de terre, je n’en suis pas à bouffer des rongeurs quand même). J’ai réussi à virer les filles de la cuisine. Déjà, l’endroit n’est pas très grand, mais si elles campent là pour me conter, en même temps, leurs petites affaires, ça le fait pas. Et puis je n’aime pas les voir dans la cuisine, ce n’est pas un endroit pour des petites, surtout quand je cuisine. On ne sais jamais.
Il y en a une qui résiste, bien sûr, c’est la plus jeune. Elle est collante, j’ai parfois l’impression qu’elle n’est en fait qu’une excroissance de mon moi-même, vaguement encombrant mais toujours présent. Elle finit par prendre la poudre d’escampette après que j’ai grossi ma voix et fait mes gros yeux. Bon, où en étais-je ?… Ah oui, allumer le feu sous les rates, sortir le poulet du micro ondes et… J’entends une petite voix : « Je peux aller pipi maman ? »
– Quoi ? Ce n’est pas que je n’ai pas entendu, mais je trouve la question sotte et grenue. Comme si les filles devaient me demander a permission pour aller faire pipi maintenant. Je me retourne. C’est la petite qui a trouvé un biais pour revenir dans la cuisine.
– Bien sûr que tu peux y aller
– Ah merci maman, c’est zentil. Bisoux
Et elle vient la bouche en cœur me coller un gros smac comme pour me remercier d’une faveur. Evidemment, elle tape l’incruste et me raconte plein de petits trucs. Je lui rappelle le pipi;
– Ah oui, merci maman !
Me revoilà seule devant mon poulet et mes rates. Je prépare le premier, surveille les secondes, puis retourne à l’ordi.
Après le déjeuner, je décide d’emmener les filles à la Cité des sciences, visiter le salon Alimenterre. C’est la semaine de la science à La Villette. Il y a plein d’animations gratuites dont ce salon « contre la faim, relevons le défi » D’une pierre deux coups, emmenons les filles faire des activités intéressantes et essayons de les intéresser à ce qui se passe ailleurs…
Nous voilà, bras dessus, bras dessous, à attendre le bus. Longtemps. Très longtemps. Il finit par arriver, plein à craquer. Ma ruse, dans ces cas-là, c’est de prendre Léone dans les bras et de réclamer une place réservée. J’y ai droit, étant accompagnée d’un enfant de moins de 4 ans, mais je sais que je l’obtiens plus facilement quand j’ai ledit enfant dans les bras. Du coup, des personnes laissent même leur place aux deux autres. Nous nous retrouvons assises toutes les quatre en un temps record pour l’affluence.
A la Cité des science, il y a un monde fou. Les filles veulent monter en montgolfière, mais la queue est hyper longue et Léone a envie de faire pipi. Je l’emmène, mais quand je reviens, Garance est déjà passée. Eh bien, le mouvement s’est sacrément accéléré. « Pas du tout, m’explique Lou tranquillement, on est passé devant tout le monde. » Et moi qui avait peur qu’elles se fassent passer devant ! Cela dit, tant pis, j’ai raté la photo.
Nous continuons notre promenade quand nous tombons sur quatre tuyaux tout à fait particuliers. Ils bougent, se contorsionnent, se tordent dans tous les sens. Des gamins, ne comprenant pas ce qui se passe, ont un peu peur. Une dame pressée passe à côté sans rien voir quand un des tuyaux se détend et la frôle, elle sursaute en poussant un cri pendant que nous nous écroulons de rire. Finalement, les tuyaux se replient découvrant quatre jeunes gens qui s’en vont faire leur spectacle un peu plus loin.
J’emmène mon petit monde vers les stand sur les différents types d’alimentation. Il y a plein de truc qu’elles connaissent : bananes, mangue, cacao, goyaves, avocat, ziyam (igname), citron verts, piments… Elles touchent, se marrent des questions des gens et tombent sur un morceau de canne à sucre qui à l’air bien juteux. Elles prennent des airs de chiens battus et quémandent tant et si bien que l’animatrice craque et leur en donne un morceau à chacune. La canne à sucre, le bonbon des Antilles… Ça me rappelle des souvenirs plus qu’agréable… Un peu plus loin, il y a un grand tapis où il y a de quoi piler du sorgho et du mil. Les filles se précipitent, elles veulent absolument essayer. Léone, elle, préfère jouer avec le sorgho entreposé dans un grand saladier en bois fouillé, très beau d’ailleurs.
Une Africaine vient expliquer à Lou à quoi sert ce qu’elle fait. Lou écoute mais a un peu l’air de s’en foutre. La femme s’en rend compte, amusée, mais continue son laïus. Je trouve ça très bien. Elle présente un branche de mil ou de sorgho, je ne sais plus. Ce que je sais c’est que je trouve ça étonnant. Ça ne se présente pas du tout comme je le pensais. La branche est devant le mortier sur lequel s’affaire Garance.
Les filles continuent de piler. Je commence à trouver le temps long. J’arrive à les entraîner vers l’atelier du pain. Alors là, patouiller de l’eau et de la farine, voilà qui est amusant. On s’en met partout, jusque dans les oreilles mais c’est ça qui est drôle.
La pâte est mise à reposer. elle sera cuite plus tard. Mais on peut goûter du pain fabriqué et cuit sur place. Va falloir que je fasse ça à la maison, un jour de pluie. Je suis sûre que j’aurais du succès. Mais il faudra accepter les trois donzelles dans la cuisine… On verra.
En sortant, on tombe sur un atelier destiné à nous faire vivre comme un aveugle. De grosses lunettes de piscine passées à la peinture noire sont mises sur le museau de Lou et de Garance. Elle doivent reconnaître avec leurs mains des objets et les associer. Je vois à leur tâtonnement que ça n’a rien d’évident.
Tout à coup, mon attention est attirée par quatre têtes bizarres qui se penchent vers nous.
Léone est terrorisée, elle se presse contre moi et ne veux plus regarder les hommes à par-dessus et à lunettes, caricatures de Derrick. Les deux autres rient comme des bananes.
Nous descendons au rez-de-chaussée, et là ce sont deux extra terrestres qui font le spectacle.
Ils sont montés sur échasses et donc très grands, et très impressionnant. Même moi, je n’ai pas pu m’empêcher de sursauter quand ils se sont avancés vers nous en faisant un bruit très étrange. Léone fuit et je perd Garance. Moment de panique qui dure trop longtemps mais en fait à peine cinq minutes. Je crie, j’appelle ma fille. les gens me regarde, personne ne bouge, comme si j’étais moi-même une attraction. Même les animateurs de La Villette n’ont pas l’air intéressés par mon drame. enfin, j’aperçois un bout de tresse rousse. On la retrouve, ouf !
Nous sortons sur l’esplanade, là où se trouve les boutiques du commerce équitable. Je n’ai pas l’intention de faire mes courses mais de payer un bon goûter à mes filles. Je leur achète des petites pâtisseries orientales, des spéculoos, du jus d’orange, plus un thé à la menthe pour Lou et moi. Un télé diffuse un clip sur le commerce équitable. le dessin animé et la musique sont très sympa.
Mais j’oublie de demander le nom des chanteurs. Bon pas grave. je poursuis les puces qui ont décidé qu’elles n’avaient pas encore assez marché et sauté. Elles courent dans tous les sens sur le parvis… J’achète deux ou trois trucs avec les sous qui me restent, réussis à battre le rappel.
Il est 18 heures, tout le monde commence à ranger les affaires, il est temps de partir.
Devant la Cité de la science, il y a une espèce de piscine ou l’on peut faire son baptême de plongée. Les filles regardent l’eau. On fait une séance photo.
Lou et moi. Photo de Léone. Elle se débrouille pas mal pour ses 3 ans, non ?
Un inconnu, qui nous trouve marrantes, nous propose de nous prendre toutes les quatre en photo. Je vais pour refuser quand je me dis que des photos avec mes trois filles, je n’en ai pas tant que ça…
Nous nous dirigeons vers l’arrêt de bus qui est loin, très loin tout à coup pour les petites jambes fatiguées. Elles n’en peuvent plus mes mousmés et je les comprend, moi-même je tire la patte. Nous passons devant la porte de l’atelier d’un artiste africain.
Visiblement il est très intéressé par le téléphone.
Enfin, nous atteignons l’arrêt de bus, nous montons dans le bus et nous nous écroulons sur nos siège. Léone s’endort très vite. Une demi heure plus tard, quand nous descendons, il faut que je la porte. Heureusement, elle se réveille car je dois acheter deux ou trois truc chez ED. Retour maison, ouf.
Les filles au bain, moi devant l’ordi. Ah pardon, je dois encore préparer le dîner. Le père rentre enfin. Il était au même endroit que nous, nous a cherché partout et nous a appelé sur mon portable, mais je n’ai rien entendu…






