J’ai toujours aimé les loups. Sauf quand j’étais toute petite. Mes parents avaient accroché sur le mur de ma chambre des figurines en bois représentant le grand méchant loup et les trois petits cochons. Quelle idée. Dans le conte, le vrai, le loup mange les deux premiers cochons et il n’y a que le troisième qui est sauvé grâce à sa maison en pierre. Les contes pour enfants sont cruels et moralisateurs.

Moi, je n’avais que mes draps pour me protéger. Et je sentais bien que ce n’était pas assez. Alors je pleurais et je refusais de dormir. Jusqu’au jour où mes parents ont fini par comprendre pourquoi. Ils m’ont aidé à apprivoiser le loup. Depuis, je les aime, les loups, pas mes parents. enfin, mes parents si, mais… Bref !

Cette année-là, bien bien plus tard, j’avais décidé de prendre ma petite auto et de faire un long périple qui devait me conduire de Paris aux Cévennes en passant par Genève. Oui, ce n’est pas direct, mais j’avais une copine là-bas, l’apprentie pastourelle, et j’avais bien envie de la voir et d’aller discuter le bout de gras avec elle. D’autant qu’elle-même devait se rendre à une noce à Uzes. Je la déposerai en passant.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Dieu que j’ai aimé ces vacances. Petite auto n’allant pas très vite (la pauvre, elle en a fait des kilomètres à l’âge qu’elle avait), je n’ai pas pris l’autocroute. En dessous de 120 à l’heure, les autres sont dangereux. Alors, de nationale en nationale, je me suis retrouvée au pied des Alpes. Et même si il y a des tunnels, les Alpes, fallait monter. Petite auto n’était pas fortiche à la grimpette. Je ne sais plus à quelle heure je suis arrivée à Genève, mais il faisait nuit depuis longtemps. Copine m’attendait, nous avons papoté un bon moment autour d’une petite bouffe qu’elle m’a fait réchauffer et de verres de vin.

Le surlendemain, nous repartions avec titine. Titine, je ne vous l’ai pas dit, c’est le surnom de toutes mes autos. C’est amical, affectueux et pas ronflant. Ça raconte tout à fait ce que j’attends d’une voiture.

Donc nous repartions avec Titine, direction Uzes, deuxième étape de mon périple. pas plus d’autoroute, Titine surchargée n’allant pas plus vite. Mais de belles discussions sur la vie, l’amour, les hommes. Pas Dieu, je suis réfractaire. Copine me racontait ses galères d’étudiante en théologie, ses béguins, ses copains. Nous discutions politique (je ne bossais plus au PS en ce temps mais c’est là que nous nous étions rencontrées), nous refaisions le monde et les garçons. Avec quelques crises de fou rire.

Arrivées à Uzes (très très jolie ville, soit dit en passant), chez les amis de Copine. Les parents, lui pasteur et elle femme de pasteur. Gentils, accueillants. Les enfants, grands, je n’ai fait que les apercevoir. Sauf le fils qui se mariait quelques jours plus tard, pompier de son état, et qui avait décidé de ce métier par amour des paysages qui entourent la maison de ses parents. Un amour fanatique et un pompier plus que disponible.

Le lendemain, je m’apprêtais à reprendre la route vers les Cévennes, je pensais trouver une place de camping à Anduze. Faut dire que je ne connaissais pas le coin. Mes parents y avaient passé quelques vacances heureuses quand j’étais trop vieille, ou plus assez jeune, pour les accompagner et m’en avaient donné l’envie. Ajouté à ça la lecture de quelques romans, la vision d’un téléfilm, quelques notions historiques et j’ai gagné de cette région une idée très romantique de gens bourrus mais juste, résistants dans l’âme, défendant leur religion (protestante), leurs idéaux, leur région… Bref, des saints…

Le pasteur s’enquérant de ma destination, se récria. Comment ? Aller à Anduze, en cette saison, avec le monde qu’il y a et la chaleur qu’il y fait, aucun intérêt. Et puis Anduze, ce n’est pas les Cévennes ça. Il faut aller à… nom incompréhensible pour celui qui ne connaît pas. Et de me faire un plan. Devant tant d’autorité, je me décidais pour… ( je lisais le papier) Valleraugue.

Eh bien je ne le regrette pas. J’y ai passé des vacances formidables. Valleraugue est une petite ville de rien du tout, un gros bourg, mais c’est la commune la plus étendue des Cévennes. En pleine montagne, sur la route du mont Aigoual. J’ai passé mon temps en courses, marches, randonnées et far niente, près d’un petit coin de torrent que j’avais trouvé. Ma plage perso, à moi, avec personne pour m’embêter. Une roche plate caressée par le soleil sur laquelle étendre ma serviette, un petit bassin pas très profond avec une eau chauffée par le soleil, et, en contrebas, creusée par la cascade, une vasque gigantesque où plonger et nager. Le paradis sur terre. D’en parler, j’en ai encore l’image dans la tête.

C’est dans cette vasque que j’ai récupéré mon aiglon. J’étais en train de lire sur mon promontoire, quand j’ai vu cette drôle de bestiole littéralement tomber dans la flotte. J’ai plongé, repêché l’oiseau. Je ne savais même pas ce que c’était, je le regardais, il me regardait avec ses yeux proéminents. On aurait dit une poule qui a trouvé un couteau. Que faire ? Je le déposais dans un endroit bien en vue, au cas où les parents veuillent le récupérer. Puis je partis en discuter avec les gardiens du camping. Qui avertirent les responsables du parc national, qui vinrent récupérer la bête. Entre temps, j’étais retournée le chercher. Je voyais bien qu’il me réclamait à bouffer. Mais je ne savais que lui donner. Il ne se laissait toucher que par moi. J’étais devenue sa deuxième et tout aussi éphémère maman que la première. Mais moi, je ne l’ai pas jeté du nid quand j’ai appris qu’il avait une aile mal formée et qu’il ne pourrait jamais voler normalement. Je l’ai confié aux gardes qui me firent quand même un sermon comme quoi on n’avait pas le droit d’attraper des animaux sauvages… Y a pas de justice dans ce bas monde.

Autre animal remarquable, mais par son nombre celui-là, de l’endroit : la brebis. Il y en avait partout. Dans les prairies autour du camping, sur les routes, dans la montagne, sur le mont Aigoual. Ah le mont Aigoual, vous ne connaissez pas ? Une merveille. Un des plus beaux endroits que je connaisse. Et j’en connais quelques-uns. Il y a tout au mont Aigoual : le soleil, le vent, les arbres couchés tellement le vent peut être fort, des arbres gigantesques juste avant d’arriver là-haut, des prairies légèrement vallonnées, des à-pic impressionnants, un panorama sur d’un côté la chaîne des volcans auvergnats, de l’autre la Méditerranée (quand le ciel est vraiment bien dégagé). Un endroit où on se sent à la fois tout petit et immense de dominer tout ça.

J’imagine que vous vous en doutez maintenant, je suis tombée en amour avec cet endroit. Partir a été un déchirement. Mais il fallait bien revenir sur Paris la grise. J’aime Paris, c’est ma ville, celle de ma naissance, où j’ai choisi de vivre. Mais elle me paraît toujours si grise quand je rentre de vacances…

J’ai décidé de suivre le chemin des écoliers, donc de faire la route par la montagne, les Cévennes d’abord, l’Auvergne ensuite. Jusqu’à Clermont-Ferrand, l’autoroute n’était encore qu’une espérance de gens pressés. Je suis passée par des petits villages, des petites départementales, des petites fermes… Et pourtant, c’était grand. J’ai bien mis quatre heures pour faire la centaine de kilomètres qui me séparait de Marvejols, où je comptais faire une étape. Marvejols et ses loups… La bête du Gévaudan…

Autant dire que Gérard Ménatory, qui avait créé cette réserve de loups, s’indignait de cette légende qui avait fait tant de mal à son animal fétiche. Quand j’ai été le voir le lendemain, il m’emmena avec les quelques touristes du matin faire le tour du propriétaire. Il s’asseyait sur une souche et racontait des histoires extraordinaires : comment il avait élevé sa première louve, comment il avait découvert que les loups sont monogames (un couple séparé s’étant laissé mourir de faim)… Ménatory aimait les loups et les racontait avec bonheur.

Et puis vint le moment de nourrir les animaux. Ménatory entra dans l’enclot et se retournant vers nous, demanda si quelqu’un voulait bien le suivre. Il y eut comme un flottement, puis nous nous décidâmes, les uns après les autres, à tenter l’aventure. La fosse aux loups. J’étais à moins de trois mètres de ces bêtes impressionnantes dont la simple figurine en bois me faisait hurler de peur quelques années auparavant. Ils étaient là, aussi craintifs que moi, musclés, le regard fauve, impressionnant. Je m’accroupis comme Ménatory. Enfin, lui, il n’était plus accroupi, il se roulait par terre avec les bêtes. Je n’en étais pas à ce stade d’intimité. Mais j’ai tout de même pris quelques photos que j’ai la faiblesse d’aimer. Une expérience unique.

En retournant vers les bâtiments, je racontais à Ménatory mon expérience avec l’aiglon. Et lui, d’un ton catégorique : « Ce n’est n’est pas possible ! » J’étais suffoquée. il ne me croyait pas ! et puis je l’entendis ruminer : « Non, mais c’est incroyable. Je vis dans le coin depuis tout petit, ça ne m’est jamais arrivé une histoire comme ça à moi. » Ce bonhomme, à la vie extraordinaire, aux aventures merveilleuses était jaloux, tout simplement, car il aurait aimé trouvé un bébé aigle sur son chemin et l’aider. Si ce n’est pas de l’amour ça !

Rentrée à Paris, j’emmerdais tout le monde avec mes histoires de moutons et de loups, d’aiglon et de torrents. Les Cévennes, je n’avais que ça à la bouche. Il me restait une semaine de vacances à prendre en septembre. Et je décidais d’y retourner. Et d’y emmener ma sœur… Celle-ci se montrait rétive. Elle devait rejoindre des copains en Suisse. Elle préférait aller au soleil à la mer… Quelques jours avant mon départ, elle se décida enfin et nous partîmes le jour dit vers ma terre promise.

Nous nous arrêtâmes bien entendu dans le Gévaudan, je voulais lui montrer les loups. Lui faire connaître cette émotion particulière. Nous campâmes à Chirac, ça ne s’invente pas. Et le lendemain matin, nous filâmes voir les loups.

Je ne vous la referai pas une seconde fois. Le plaisir fut presque le même, quoi que je trouvais que ma sœur y était un peu moins sensible que moi. Nous reprîmes titine et, quatre heures plus tard, nous arrivâmes au camping de Valleraugue. En septembre, il est quasi désert. Ça me changeait. Nous nous installâmes près de la clôture, à la limite d’un ru dont l’eau savait garder la bonbonne de rosée à la bonne température. D’ailleurs, un jour, celle-ci s’échappa et nous l’avons récupérée au milieu du champ de l’autre côté de la route qu’inondait le ruisseau. Mais c’est une autre histoire.

Il faisait très beau, la lumière était rasante. Nous finissions d’installer la tente quand nous entendîmes des cloches. Ce n’était pas pâques en septembre, mais les brebis qui s’installaient dans le pré juste de l’autre coté de la clôture. L’une d’elle agnella quasi sous notre nez, ce qui nous émut. Enfin, ce qui m’émut moi. Car ma sœur fut touchée par une autre vision. Dans la lumière descendante, arrivait, nonchalamment, le berger. Et le berger était jeune, beau, avait des yeux bleu vert à vous damner un saint (ou un sein) et un putain d’accent du coin.

Mes vacances furent bizarres, à tenir la chandelle à côté des amoureux. Car le coup de foudre fut imparable et réciproque. Depuis, j’ai deux nièces cévenoles…

Le mercredi 15 octobre 2003, 16:28 par plat du jour! à racontarsl
‘histoire ne nous dit pas si tu bronzes intégrale dans ta plage où ya personne pour t’embêter..tu as raison de profiter de nos nationales voir departementales..des fois (la preuve ) on passes devant des paysages que nul soupconnerait..la France est un beau pays…jolies histoires et de belles opportunités de bonheur…han un zoli berger…a faire peter les braguettes…han je l’envie ta soeur!;-))))

Le mercredi 15 octobre 2003, 17:08 par anonyme
j’aime toujours autant ton style….encore!!!

Le mercredi 15 octobre 2003, 17:32 par mini Mum
Marvejols …….. plouf, j’ai plongé dans un petit morceau de mon enfance !!! Mais plus ancienne que ton passage, avec encore le cochon qu’on égorgeait dans la rue, les reposoirs fleuris lors des processions religieuses (!!), les torrents, les premieres copines « je te raccompagne, et tu me raccompagnes » et patati et patata …et la statue d’Henri IV et bien sûr de la Bête du Gévaudan !!

Le mercredi 15 octobre 2003, 17:39 par Lulu
Super beau de voir se dérouler le film ! J’adore les Cévennes également ! Je ressens aussi cette attirance pour une région sauvage et un peu magique. C’est amusant ces attirances communes… J’y retourne d’ailleurs cet automne me balader avec des amis du coin. Au programme : UNO, châtaignes et champis au coin du feu, que du bonheur…

Le mercredi 15 octobre 2003, 22:21 par racontars
Plat du jour : un rocher qui surplombe une rivière, c’est loin d’être une plage :-) non, je ne faisa pas de nudisme, j’aime pas ça. prendre des coups de soleil sur les parties intimes, c’est douloureux et pas sexy :-)
Mini mum : mon passage ne date que d’une quinzaine d’années. Mais effectivement, c’est loin de ce que tu décris :-) Je vois bien les statues. Il faut aussi dire que quelques années auparavant, j’avais fait un stage d’équitation à Marvejols et qu’on passait nos soirées dans un bar dont je ne me souviens plus du nom et à déambuler dans les rues désertes :-)
Lulu : veinarde. moi, les Cévennes j’y vais plus trop. Je suis fâchée avec ma sœur :-(
a l’anonyme qui en réclame encore : merci :-)

Le mercredi 15 octobre 2003, 23:46 par défoulatoirequiveuxcasseru-blog!!!!
Désoler je né pas pue lire m’ai c pour te dir de pas aller voir le site de plat du jour car il a mis un zouizoui !

Le mercredi 15 octobre 2003, 23:53 par racontars
défoulatoire : j’en ai vu d’autres… :-)

Le jeudi 16 octobre 2003, 00:06 par plat du jour! à racontars
ah t’inquietes c’est mon amie caca..qui aiment les zanimaux..pour de vrai..elle est pas méchante..faut eviter de l’embrasser c’est tout
prout… caca!

Le jeudi 16 octobre 2003, 19:42 par Zab
superbe souvenir, comme je m’ennuyais de tes histoires, comme je suis contente de te relire.
Merci … ça fait rêver
xxx