Le but de la semaine à Lille n’était pas de visiter la ville. C’est à faire évidemment. Mais nous voulions voir des musées. Une frustration après l’été caniculaire. Nous avions prévu avec les filles plusieurs déplacements à Paris pour visiter des expositions, visiter aussi des expositions à Tours. Mais la chaleur m’a découragée. Je ne me sentais pas de prendre le train et passer la journée à déambuler dans la touffeur parisienne. Et les filles non plus. Par ailleurs, l’une avait une exposition à préparer et l’autre un traitement à l’hôpital.
Donc, je me suis contentée de camper dans mon canapé. J’exagère. J’ai été très active puisque j’ai écrit et terminé des travaux éditoriaux pour les deux sites auxquels je donne un coup de main. Et j’ai écrit sur mon blog.
Mais quand même, frustration. J’ai donc établi un planning pour combler ce petit manque d’art : vendredi, pas grand chose pour me remettre du trajet de la veille, petite balade dans le quartier de Wazemmes et une visite à la librairie Le Bateau livre qui avait tapé dans l’œil de Garance. Samedi, le palais des Beaux Arts de Lille. Le dimanche, marché de Wazemmes (dont tous les guides disent le plus grand bien). Lundi, le Muba de Tourcoing. Mardi, très grosse journée avec la villa Cavrois le matin et La Piscine de Roubaix et éventuellement recherche de street art (indiqué par le guide consulté). Mercredi, Le Lam de Villeneuve d’Asq (musée d’art moderne). Et enfin, jeudi, retour à la maison.
Nous n’avons pas tout fait. Mais nous en avons fait beaucoup.
Le palais des Beaux-Arts, déjà, c’était un gros morceau. Je tenais à le voir parce que je trouvais son action culturelle très intéressante. Il a ouvert un musée des enfants en mai dernier. Une salle dans une des rotondes où les adultes sont tout aussi intéressés (et parfois amusés) que les enfants. Je sais, je l’ai vu. Il y a des choses à toucher, d’autres à voir, des explications sonores. Des séances sont organisées le week-end avec une médiatrice, des visites spéciales organisées pour les tout petits (mais qui marchent) et les bébés (qui ne marchent pas). Le musée organise même des sessions d’art thérapie.
Petit problème (mais c’est le cas dans tous les musées maintenant semble-t-il), impossible de garder sa gourde avec soi. Or, si je pars pour plusieurs heures de visite, j’ai absolument besoin de boire. Ce que j’ai expliqué aux personnes à l’accueil en mettant en avant le fait que je suis diabétique. Et j’ai eu l’autorisation de me promener avec ma gourde dûment estampillée d’un autocollant du musée. En règle général, le personnel a été super accueillant, adorable.
Nous avons eu de la chance, le premier étage a fermé quelques jours après notre visite pour réaménager et continuer de moderniser les salles. « Nouvelle scénographie (peinture biosourcée, réutilisation de vitrines), modernisation de l’éclairage muséographique (LEDs), optimisation des circulations, médiation enrichie, approches thématiques… », annonce le musée sur son site. La modernisation de l’éclairage ne sera pas du luxe. Certaines œuvres, notamment en hauteur, étaient quasi invisibles à cause de la lumière.
Mais ce musée vit. Et il organise des événements qui ont du sens. En 2023, par exemple, il a organisé « Où sont les femmes ? enquête sur les artistes femmes du musée », une exposition et un parcours permanent. L’institution partait du constat que sur près de 60 000 œuvres conservées, seulement 135 étaient attribuées à des artistes femmes. « Ces images codifiées répondent à des canons esthétiques qui ont certes évolué, mais qui donnent une image trompeuse et fantasmée de la femme, dont résultent les stéréotypes qui circulent encore aujourd’hui », explique le musée sur son site. De fait, les femmes (parfois très jeunes) sont souvent présentes sur les toiles comme modèles, le plus souvent dénudées. Rarement comme peintres. A part quelques rares exceptions comme Berthe Morisot ou Suzanne Valadon, qui furent les deux.
Donc, j’avais envie de voir de qui restait de cette belle initiative sur les murs du Palais. Bon, on ne va pas se mentir, la présence des femmes est surtout sur la toile. Encore très peu dans la signature. Mais elles sont exposées. Le regard porté par les artistes masculins sur les modèles féminins est souvent souligné. Le musée a d’ailleurs imaginé un parcours d’une cinquantaine d’œuvres dans les collections qui retracent l’histoire de ce regard et que l’on retrouve sur son site.
La question coloniale est également soulignée dans la partie « l’orientalisme, entre fantasme et réalité ». De nombreux objets et images ont été ramenés en Europe à la suite des expéditions de conquête coloniale. Ils ont inspiré les artistes qui, pour certains, vont également voyager en « Orient ». Certains, pas tous. L’« Orient » est avant tout un support de rêves et de fantasmes, parfois associé à une démarche d’observation scientifique mêlée d’un esprit de conquête.
« L’expansion coloniale ouvre la voie à l’ethnographie, nouvelle discipline qui s’intéresse à l’étude des populations, avec un regard façonné par les théories racistes qui s’affirment à l’époque, explique le musée. L’iconographie de l’orientalisme se caractérise par la représentation de nombreux stéréotypes et par l’emploi de noms communs ou d’adjectifs très vagues dans les titres des œuvres que vous allez découvrir : la danse des Noirs, Juive d’Alger, mauresque ou encore odalisque. »
Parlant des odalisques que l’on retrouve dans cette expo. Ce sont de toutes jeunes filles, je dirais même des fillettes, représentées dans des poses et avec des mines aguicheuses extrêmement malaisantes comme on dit aujourd’hui. Je n’ai même pas voulu les prendre en photo tellement elles m’ont tourné le cœur. Et là, j’ai trouvé que le commentaire était bien trop absent.
J’ai beaucoup aimé retrouvé les artistes du Nord, cette lumière particulière des œuvres des flamands, les portraits de ces bourgeois vêtus si sobrement de noir mais avec des fraises énormes. J’ai d’ailleurs appris l’origine de ce mot « fraise » quand il désigne ces tours du cou compliqués et qui ne devaient pas être si confortables. C’est que les tours et détours des dentelles qui les composaient faisaient penser aux intestins, qu’on appelle aussi fraise. Depuis, je les regarde autrement…
Après avoir écumé le premier étage, je ne me portais plus. Nous sommes redescendues au rez de chaussée pour nous poser à la cafétéria et nous sustenter. L’atrium est donc doté d’une cafétéria avec de grandes tables en bois, d’une librairies et de multiples chaises longues où l’on peut se reposer, regarder passer les gens ou tout simplement admirer le plafond. C’est immense, mais cosy ce qui peut paraître contradictoire.
Nous sommes reparties à l’assaut des salles du musée. Au rez-de-chaussée, il y a deux galeries. L’une avec des Céramiques et Objets d’art, des vases rares et anciens. C’est là que la batterie de mon téléphone m’a lâchée. J’avais bien une batterie de secours, mais pas le câble qui allait avec.
Dans la galerie, il y a des trucs très beaux, très moches, très drôle. Très luxe aussi bien sûr.
Dans l’autre galerie, ce sont des sculptures du 19e qui sont exposées. Mais nous l’avons zappée, oubliée. Je ne suis pas sûre de regretter. Ce n’est pas la période qui m’enchante le plus. On imitait beaucoup l’antiquité grecque ou romaine à l’époque et je préfère les originaux.
Nous sommes descendues au sous-sol. De belles voutes en briques qui accueillent les œuvres du moyen âge et de l’antiquité. Encore de très belles choses. Des momies égyptiennes, des retables, des icônes. Des œuvrent qui parlent de la relation entre l’Eglise et l’art.
Mais je commençait à tirer la patte. C’est la salle des plans qui aura eu raison de moi. De 1668 à 1870, pas moins de 260 plans-reliefs représentant 150 sites fortifiés de France ont été réalisés à des fins militaires. Il en subsiste aujourd’hui une centaine, dont 14 sont conservés au palais des Beaux-Arts de Lille. Ces 14 plans de villes fortifiées du nord de l’Europe (6 françaises, 7 belges, 1 néerlandaise) représentent 400 mètres carrés de maquettes. La salle où ils sont exposés fait 1 300 mètres carrés. C’est immense, très beau et ça a l’air passionnant. Mais je crie grâce. Mes chevilles grincent. Je n’ai qu’une envie : rentrer et m’allonger. NOus sommes arrivées à 11 h 30 et sommes reparties passé 16 heures.
Nous repartons, traversons la place de la République que je reconnais. Nous y étions venus en janvier 2007, en famille, pour Lille 3000. Et cette statue du général Faidherbe m’avait marquée, pas pour le fameux général, mais pour le visage d’une femme tenant un livre ouvert sur ses genoux. On ne se refait pas.
D’autres photos sur mon compte Flickr, bien sûr…
Le site à visiter pour découvrir le palais des BEaux arts de Lille