La ligue contre le cancer apporte une aide bienvenue. Elle propose des séances de sophrologie, des consultations avec un nutritionniste, des aides psychologiques, des séances de yoga. Et un petit coussin tout mignon en forme de cœur, spécialement adapté aux opérées. Il permet de se caler. J’ai toujours le mien. Même s’il a maintenant d’autres usages.
Le programme proposé était alléchant et je m’étais inscrite à plusieurs activités. Mais la vie en a décidé autrement…
En ce début mars, les unes des journaux se ressemblaient toutes, tous les jours. Le Covid. Déjà, le cas de l’Italie faisait peur. Le nombre de morts augmentait de façon vertigineuse. Début février, il y eut le premier cluster identifié aux Contamines-Montjoie (Haute-Savoie) à cause d’un touriste britannique qui arrivait de Singapour où il avait été infecté.
Un autre foyer est apparu dans l’Oise (notamment à Crépy-en-Valois) sans qu’on comprenne vraiment pourquoi.
Et puis il y eut le rassemblement évangélique de Mulhouse mi-février qui a réuni entre 2 000 et 2 500 personnes. Plusieurs centaines, voire plus d’un millier de participants ont semble-t-il été contaminés selon les estimations des journalistes et des autorités (dixit Wikipédia). Quand les fidèles, souvent peu symptomatiques, sont retournés dans leurs régions d’origine (dans toute la France y compris Outre-mer), ils ont contribué à disséminer le virus dans toute la France.
Ce cluster de Mulhouse est considéré comme un point de bascule de la première vague en France, ayant fortement contribué à l’emballement épidémique du printemps 2020, en particulier dans le Grand Est (deuxième région la plus touchée en France).
Je continuais de regarder cela avec grande inquiétude. Mais en attendant le pire, je poursuivais ma convalescence bien tranquille à la maison. Enfin, bien tranquille, c’est vite dit.
Je suis tombée dans les escaliers. J’ai glissé et me suis retrouvée sur les fesses. J’ai essayé d’amortir le choc de mes mains. Vu mon poids, j’ai pris un rude coup dans les épaules. Surtout la gauche. Je n’arrivais plus à lever le bras sans être transpercée pas une douleur. Mes sœurs avaient souffert du même genre de mal. Une radio a confirmé : je me tapais une capsulite. On peu dire que mon aile gauche en prenait un coup.
Garance avait trouvé un appartement et déménageait. Il lui fallait quelqu’un pour conduire le petit camion qu’elle avait réservé. J’étais la seule à avoir le permis de conduire à ce moment-là. J’ai donc pris le volant. Cela faisait à peine quinze jours que j’avais été opérée. Mon épaule me faisait souffrir. Je râlais sec mais je l’ai fait. J’ai juste conduit. Je n’ai rien porté. Il ne faut pas exagérer non plus.
Cette fin de semaine-là, les infos étaient de plus en plus alarmantes. Et le jeudi, Macron a pris la parole pour annoncer le confinement. Pour quinze jours. J’ai appelé immédiatement Léone qui devait rentrer le week-end pour lui dire de ramener à la maison le maximum d’affaires. Je sentais que les choses risquaient de durer. Même si ce n’étais pas annoncé comme ça. J’ai bien fait car elle n’avait aucune conscience de ce qui allait se passer.
Très sincèrement, comme j’étais en congé maladie, le confinement n’a pas eu de réelle répercussion sur moi. De toute façon. je devais rester chez moi. Il n’y aurait pas eu le Covid, je serai quand même restée sur mon canapé. La seule chose, c’est qu’au lieu de rester seule, j’étais avec ma fille. Et c’était plutôt sympa.
Par contre plus de sophro, plus de nutritionniste, plus de yoga… J’ai quand même eu droit aux séances de kiné. Après un temps pour se réorganiser, le cabinet a repris les consultations avec des consignes très précises. On ne croisait personne, on sonnait pour manifester notre présence, on se désinfectait les mains et on montait quand le kiné qui nous suivait nous appelait.
Notre grande préoccupation a été très vite les masques et le gel hydroalcoolique. On n’en trouvait nulle part. Le gouvernement nous a fait la blague de dire que les masques, nous n’en avions pas réellement besoin. Et de toute façon, nous ne savions pas les mettre, eux mêmes…
Vu la bataille entre les pays pour en dénicher, on a vite compris que c’était mieux avec. La mairie a réuni des couturières volontaires qui ont cousu des masques en tissu qui étaient distribués à Corpopétrussiens (habitants de Saint-Pierre-des-Corps) qui en faisaient la demande. Pour ma part, j’en ai commandé plein sur Internet.
Le gel hydroalcoolique c’était plus compliqué. A cette période, mon bureau était encore dans ma chambre mais mon volet était cassé en position fermée. Je cherchais une petite table en livraison pour l’installer dans la pièce libérée par Garance. Je l’ai commandé chez Gifi parce qu’elle était livré avec un flacon de gel. C’est le seul moyen que j’avais trouvé pour m’en procurer. On l’a fait durer.
Garance profitait de son heure de promenade pour venir nous voir en vélo.
Il faisait un temps remarquable. Nous passions notre vie dans le jardin. Pour les courses, la reine de la Ruche qui dit oui me livrait chaque semaine ma commande. Qu’elle en soit remerciée.
Pour le reste, c’était du drive. Mais je faisais déjà mes courses comme cela depuis longtemps.
Pour le dépannage, nous allions dans la petite surface près de la mairie. Nous faisions la queue dehors, séparés des autres d’environ 3 mètres (officiellement, mais dans les faits…) et attendions notre tour. C’était la même chose à la pharmacie…
Je fais une petite pause, je reprendrai la semaine prochaine. A suivre donc…
Donc nous étions confinés à regarder les horreurs du Covid quand l’hôpital m’a appelée. Il était temps que je commence mes séances de radiothérapie.
– Ah ! mais je croyais qu’on attendait la fin du confinement ?
– Si on devait attendre, on prendrait beaucoup trop de retard dans les soins
Rendez-vous fut donc pris pour la fameuse ostéodensitométrie pour vérifier l’état des mes os (eux allaient bien, heureusement) puis pour un scanner de positionnement histoire de bien irradier la bonne zone.
Je me souviens que quand je rentrais à la maison, je passais par le garage, me changeait et mettait mes vêtement du dehors à laver. Enfin, les premiers jours…
Je n’avais pas vraiment idée de ce qu’était une radiothérapie à part qu’on bombardait d’ondes la zone qui avait été opérée et que je devais avoir 22 séances.
Le jour-dit, je me présentais au Centre Kaplan (oncologie de l’hôpital), je récupérais un masque, me passait les mains au gel hydroalcoolique. Sans consignes particulières, le personnel s’était organisé pour établir un chemin afin que les patients ne se croisent pas. Je suivait donc les flèches et arrivais dans une salle d’attente où patientaient malades et brancardiers. Certains venaient des étages. D’autres de l’extérieur. Certains n’étaient plus que l’ombre d’eux mêmes. Je retombais dans l’univers du cancer et je mesurais la violence de la maladie.
Nous attendions assis ou debout, le nombre de sièges ayant de diminué de moitié (un siège sur 2). Nous étions appelés, chacun notre tour, nous disparaissions dans une cabine sas. Il y avait deux machines donc deux cabines et cela ne chômait pas. Pas de temps mort.
Une fois dans la cabine, je devais enlever mon haut, la porte s’ouvrait. J’échangeais avec les opératrices quelques mots et puis je grimpais sur la table. A l’aide de l’infirmière, je tentais de placer mes bras correctement. La position idoine c’est : allongée sur le dos, les deux bras en l’air, mains au niveau de la tête, coudes le plus écartés possible. Ce qui en temps normal m’aurait paru tout à fait confortable. Mais avec la capsulite ! C’était une torture. Pas moyen de faire autrement.
Les opératrices essayaient de m’installer le plus confortablement possible, elles me maternaient un peu pour compenser. Mais j’en ai bavé. Je me souviens d’une séance qui avait duré beaucoup plus que d’habitude car la machine fonctionnait mal, il avait fallu recommencer plusieurs fois. J’en ai pleuré de douleur.
Je crois que j’ai maudit tout le monde y compris les opératrices qui étaient vraiment désolées.
A la fin de la séance, je retournais dans la cabine et me rhabillais. En fin de semaine, on fixait les rendez-vous de la semaine suivante. Et je repartais.
A chaque malade était attribué une machine. On n’en changeait pas. Sans doute une question de réglage. Malheureusement, m’est échu la plus vieille des bécanes. Plusieurs de mes séances ont été reportées au dernier moment à cause de pannes diverses. C’est ainsi que mes 22 séances se sont terminées plus tard que prévu et que l’on m’en a rajouté trois histoire d’être bien sûr que cette saloperie de lobibidulle avait été éradiquée.
L’inconvénient, c’est qu’on ressort de là avec la peau bien amochée. Les rayons ne font pas du bien. J’avais l’impression d’avoir choppé plusieurs coups de soleil. Ça chauffait. Et puis j’ai commis une erreur idiote. Je mettais mon parfum sur mes vêtements. Un matin, par maladresse, une giclée a touché ma peau. Lors de la séance celle-ci a été bien brûlée. Et à chaque nouvelle séance, le brûlure s’accentuait. Et impossible de faire appel aux mangeurs de feu à cause du confinement.
La brûlure a mis du temps à cicatriser et j’en garde encore la trace aujourd’hui.
Cela dit, j’aimais bien les jours de séance. C’était ma petite sortie J’avais le droit. Je remplissais mon autorisation, je prenais ma voiture. Je traversais la ville déserte. Je prenais mon temps pour observer ce lieu familier et en même temps étrange : une ville sans habitants. J’arrivais à l’hôpital, montrais mon carnet de radiothérapie, me garait sans aucun problème. Et je repartais de même. Une escapade, un passe-droit.
Il ne m’est arrivé qu’une fois de croiser d’autres êtres humains. Des policiers m’ont demandé de m’arrêter, puis mon autorisation de sortie. Comme j’en avais marre d’imprimer tous les jours une nouvelle autorisation (bonjour les frais d’imprimante) j’avais repris celle de la veille en changeant la date. Ce qui n’a pas plus du tout au policier. Et que vous n’avez pas le droit, et que c’est passible d’une amende et que… vous allez où comme ça…
Ce n’était pas le chemin de l’hôpital où je longeais la Loire. Là; je sortais de chez mon généraliste…
Je lui ai montré mon carnet de radiothérapie en lui expliquant que j’allais en oncologie parce que j’avais un cancer.
Le ton a tout de suite changé. Il m’a laisse repartir en me souhaitant bon courage.
Je n’ai plus jamais triché sur mes permission de sortie. Je n’ai plus non plus rencontré de pandores alors que je traversais la ville sans âme qui vive.









