Je n’y crois pas, je suis au Maroc ! Pour un peu, je me mettrais à quatre pattes sur le tarmac et j’embrasserais le sol. Voilà quatre ans que je veux y aller, quatre ans qu’à chaque fois, je dois renoncer. Le comble, ce fut l’an dernier quand, faute de passeport, je n’ai pu embarquer dans l’avion. Mais aujourd’hui, j’y suis.

La journée a commencé tôt le matin, à 7 heures, quand j’ai levé les filles. Nous étions toutes les quatre tendues. La première fois que nous nous séparions plus d’une journée ou deux depuis que nous sommes installées à Tours. Elle le vivent mal. Léone a dormi avec moi et s’est retournée toute la nuit. Lou n’a pas fermé l’œil, quant à Garance, cela fait plusieurs jours qu’elle est infernale.

Elles sont parties à l’école et j’ai pu finir tranquillement ma valise. J’ai pris le chemin de la gare, à pied, j’ai laissé ma voiture à ma mère venue garder les filles. TGV pour Paris, Bus pour Orly Sud, puis enfin, boeing pour Oujda.

Le voyage s’est passé sans problème, j’ai dormi une partie du temps, le reste, j’ai photographié la Terre vue du ciel avec mon téléphone portable. Aucune idée de savoir si les photos seront belles ou non. Mais je voulais montrer ça aux filles.

Dans le vol Paris-Oujda

 Et puis nous avons atterri après deux heures et demi de vol. A 17 heures, heure locale, après être partis à 16h20 heure de Paris. J’aime ces voyages qui font remonter dans le temps ou qui l’annihile, ces journées qui s’étirent et qui font plus de vingt-quatre heures. Mais notre périple n’est pas fini. D’Oujda à Figuig, il nous reste quelque 350 kilomètres.

Aéroport d'Oujda, un peu plus tôt

Aéroport d’Oujda

Les étudiants prennent le bus. Car nous sommes ici dans le cadre d’un projet d’étude. Nos apprentis journalistes doivent réaliser un reportage multimédia. C’est la quatrième fois que l’EPJT (Ecole publique de journalisme de Tours, nouveau nom de l’IUT de journalisme de Tours) emmène des étudiants dans cette oasis marocaine, à la frontière de l’Algérie. Les équipes précédentes ont réalisé un magazine, un reportage radio, un autre télé et, enfin, celui-ci.

Nous, les enseignants, avons droit à une voiture, une Dacia. Neuve et jolie, mais rembourrée avec des noyaux de pêches. Et les routes promettent de ne pas nous épargner. Notre chauffeur nous l’a dit, les pluies de l’automne dernier ont emmené une partie du revêtement avec elles. B* parle d’une voix douce et grave et son accent fait chanter les mots. Une vraie voix radiophonique.

Nous nous arrêtons à Oujda pour récupérer des poulets qui nous seront servis là-bas. Nous buvons un thé à la menthe et mangeons des madeleines, seul en-cas proposé. Nous dînerons une fois arrivés, pas tout de suite donc, mon estomac crie déjà famine et proteste, mais il va devoir attendre. Nous partons à la recherche d’une station essence. La première est fermée, nous devons retourner au centre ville. Pas évident, apparemment, de se fournir en essence officielle (nous avons besoin de notes de frais), ici, nombreux sont ceux qui font de la contrebande et de vente à la sauvette sur le bord de la route.

Beaucoup moins cher qu’à la pompe évidemment. Les stations ferment, faute de clients. Les rues, elles, grouillent d’hommes, de femmes, d’enfants, qui marchent d’un bon pas. Des petites voitures slaloment dans la circulation. Elles arborent sur leur toit un écriteau : « petit taxi ». Ici, comme partout, le métier est réglementé. Les taxis dit petits n’ont pas le droit de quitter la ville.

Nous prenons enfin la route de Figuig. Effectivement, elle est dans un triste état. Je plains notre chauffeur. Nous rejoignons le bus à notre première étape, dans la ville de Ain Beni Mathar. Nous entrons dans un bar, rempli d’hommes, pas une femme hormis nos étudiantes. La télé retransmet un match de foot opposant Benfica à Liverpool. Puisque nous allons rester éveillés jusqu’au bout de la nuit, je bois un café. Et cherche les WC. Sur la terrasse, une porte qui ne ferme pas donne sur des toilettes à la turque. Pas de papiers. A la guerre comme à la guerre, je ne vais pas me rendre malade. Mais les étudiantes préfèrent se retenir. Elles me disent préférer un buisson au bord de la route, je les comprends. Le truc, c’est que, sur cette route, il n’y a pas de buisson.

Nous repartons, la chaussée semble un peu moins cahotique. Je somnole. La Lune se lève, violemment orange. Elle éclaire le paysage de sa lumière blafarde, nous permettant de découvrir des montagnes, des villages qui semblent abandonnés. Nous n’avons pas eu beaucoup de contrôle de police. Les gendarmes dorment aussi. Nous longeons la frontière algérienne et les relations entre les deux ne sont pas au beau fixe. Tout est donc très surveillé.

C’est une des cause de la situation d’isolement de Figuig, port naturel entre les deux Etats. La palmeraie s’y étendait de part et d’autre, des caravanes y faisaient étape, les marchandises circulaient. Mais depuis le conflit du Sahara occidental en 1976 la frontière est fermée. En fait, les relations entre l’Algérie et le Maroc sont chaotique depuis l’indépendance et chacun à son point de vue. Pour l’Algérie, c’est la faute des Marocains et vice versa. Le résultat est de toute façon le même plus personne ne vient à Figuig et beaucoup, les jeunes surtout, rêvent d’en partir.

Deuxième arrêt, deuxième thé à la menthe. Mon collègue discute avec un homme, Figuigui d’origine, mais qui travaille ici comme infirmier. Un des groupe d’étudiants veut enquêter sur la santé dans la région. L’homme avoue qu’il en a assez de cette ville perdue, qu’il rêve d’ailleurs. Ici, dit-il, vous ne trouverez pas de spécialistes marocains. Ils refusent de venir s’enterrer ici et préfèrent exercer dans les hôpitaux privés où ils gagnent très bien leur vie. Ici poursuit-il, il n’y a que des spécialistes chinois. Les généralistes, oui, ils sont marocains, mais c’est le gouvernement qui les oblige à s’installer. Sinon, ils partiraient, comme les autres. Et à Figuig, vous verrez, c’est pareil.

En attendant, nous repartons, il est passé 23 heures, plus d’1 heure du matin à Tours. Et la journée s’étire à n’en plus finir. Les derniers kilomètres sont épuisants. Au dernier barrage, nous réveillons les gendarmes pour leur signaler notre passage. Ici, tous les étrangers doivent signaler leur présence. Si nous ne le faisons pas maintenant, nous serons obligés d’aller à la gendarmerie demain. Enfin, nous apercevons les premières maison de Figuig. Les boutiques fermées, mais le petit épicier ouvert, quelques personnes qui marchent sur les trottoirs, la préfecture, l’ancienne église coloniale, l’hôtel ouvert par la municipalité et, enfin, une petite place où nous nous garons.

La maison qui nous héberge est située dans le ksar Znaga (prononcer Zenaga). Nous descendons de nos véhicules respectifs. Avec nos valise à roulettes, nous faisons un bruit d’enfer dans les ruelles labyrinthiques. La porte de la maison s’ouvre sur une cour carrée autour de laquelle s’articulent des pièces. Un escalier mène à la terrasse où sont installées les chambres. Notre hôte a réuni deux maisons, il peut ainsi héberger des groupes comme le nôtre. Mais ce n’est pas son métier. Lui, il vit la plupart du temps en France où il s’est réfugié en 1973 lors d’une vague de répression d’Hassan II. Il paraît que la région a été très meurtrie.

Arrivée à Figuig, dans la nuit

Arrivée à Figuig, dans la nuit

D’autres habitants ont rénové les vieilles demeures familiales et les ont transformées en maisons d’hôtes. Ils accueillent le plus souvent des randonneurs de passages ou des familles venues visiter la région. Nous prenons possession de nos chambres. Un épais matelas posé sur une natte en plastique qui couvre tout le sol, le confort est sommaire, mais bien suffisant. En bas, toilettes et douches. Mais si vous aviez l’habitude de prendre deux douches par jour, sachez qu’ici on n’en prend qu’une, nous dit notre hôte. Et si elles durent dix minutes, ici, ce sera deux. L’eau est rare et précieuse. Pas question de la gaspiller.

Il est 1 heures du matin passée et nous nous attablons devant un somptueux couscous. Malgré l’heure tardive, nous sommes affamés et nous faisons honneur aux deux plats qui trônent au milieu des tables. Pas d’assiette, nous mangeons directement dans le plat en faisant des couloirs dans la semoule où est versée la soupe de légume. Au dessert, nous dégustons des oranges délicieuses, juteuses et sucrées, un vrai bonheur. Puis, repus et fourbus, nous allons dormir. On nous a promis une grasse matinée (jusqu’à 9 heures au moins). Il est 2h30, 4h30 heure française. Je sombre sans me faire prier

Arrivée à Figuig, dans la nuit

A droite, la porte de ma chambre

Le mardi 13 avril 2010, 14:07 par Anne

Oh qu’il devait être bon, le couscous !! Et l’arrivée aux toilettes, pour tes étudiantes pro buissons inexistants aussi !!

2. Le mardi 13 avril 2010, 14:45 par saperli

je suis heureuse pour toi de cet intermède, même s’il s’agit de travail. Profite bien de ton voyage.

3. Le mardi 13 avril 2010, 14:55 par Akynou

Saperli, je suis rentrée depuis vendredi dernier.
Anne. Oh oui, les deux, mais pas dans cet ordre ;-)

4. Le mardi 13 avril 2010, 23:09 par Lyjazz

Alors pour les filles qui se promènent dans des lieux sans buissons il y a le pisse debout !
http://www.whiz-france.com/
Ce n’est pas une pub. C’est un gadget très utile.
Pas le seul modèle non plus, et on peut aussi le fabriquer soi-même, ce qui peut être une activité à faire dans une tribu de filles ;-)
http://erelevilstyle.free.fr/wordpr…

5. Le mercredi 14 avril 2010, 11:16 par Akynou

Lyjazz : quel dommage sur le sujet avant de partir ;-) Ça m’aurait été utile :-)
Cela dit, je trouve que dans ces conditions, les WC à la turc comme on les appelle, sont les plus propres, on ne touche rien. Manque juste le papier :-)

6. Le mercredi 14 avril 2010, 11:40 par Lyjazz

Ah, oui, les wc à la turque sont impeccables.
Je les privilégie dès que je peux. Et mes petits gars aussi.
Mais généralement il y a un robinet et un broc d’eau, non ?
Il faut juste avoir une serviette ou un foulard pour se sécher.
Et ce n’est pas seulement pour l’hygiène qu’il faut les privilégier, c’est aussi pour la position physiologique évidente qui facilité le transit intestinal.

7. Le mercredi 14 avril 2010, 12:41 par Akynou

Oui, il y avait le robinet et le broc d’eau. Mais dans le noir total, ce n’était pas facile à repérer. Je trouve que c’est la chasse d’eau la plus économique et écologique qui soit. ON n’utilise que ce dont on a besoin.
Après, j’étais rodée et j’avais toujours des mouchoirs ou des serviettes en papier sur moi. Et tout allait très bien

8. Le dimanche 18 avril 2010, 17:05 par ben

je te félicite pour ton séjour a figuig je suis de figuig et j habite en france

9. Le dimanche 18 avril 2010, 21:48 par Akynou

Eh bien Ben, j’espère que mes récits te feront plaisir et ne pas trahir cette ville si accueillante.