Cette mission, si vous l’acceptez, consistera à emmener samedi deux de vos filles à Paris, leur faire réaliser des choses totalement différentes, trouver un endroit où passer la nuit, passer une partie de la journée du dimanche dans un gymnase et redescendre dans votre ville à temps pour pouvoir voter. S’il devait vous arriver quelque chose, le bureau niera vous avoir connu, ni missionnée. Cette bande s’autodétruira dans les trente secondes…

J’avais à peine intégré le message que le vieux magnétophone sauta de lui même dans l’évier puis rendit l’âme. Dégoûtée , je ne pus que le mettre à la poubelle. Tu parles d’une mission ! et pourquoi pas marcher sur la Lune pendant qu’on y est.

Cela dit, le samedi matin, j’embarquais les trois filles dans la voiture. Celle du milieu fut débarquée quelques rues plus loin, chez des amis. L’ordre de mission parlait de deux de mes filles, je n’allais pas tout faire foirer en emmenant les trois. Puis nous prîmes la direction de Paris. Il pleuvait comme vache qui pisse. Vous avez déjà vu ces bêtes à corne uriner ? Si vous ne l’avez jamais observé, il est à parier que vous avez du mal à comprendre cette expression. Disons que mes essuie-glace, que je ne saurais traiter de feignants, avaient peine à chasser l’eau du pare-brise.

Et puis du côté d’Orléans, changement de climat, le ciel a arrêté de s’épancher et j’ai pu accélérer le mouvement. A 1 heure, nous arrivions dans le 18e et, petit miracle que les locaux comprendront, j’ai trouvé tout de suite une place pour me garer, une place autorisée s’entend. Nous avons laissé là la voiture pour emmener la petite dernière chez l’amie qui l’hébergeait pour le week-end et fêtait son anniversaire. J’ai senti soudain petite dernière s’arrêter net et fondre larmes : « J’ai oublié les cadeaux sur mon lit. » Eclat de rire peu charitable de ma part. Puis opération consolation : « Ce n’est pas grave, je les lui enverrai par la poste. Et puis tu sais, rien que le fait que tu sois là est déjà un cadeau. » Elle reniflait encore, pas réellement convaincue, quand nous avons sonné à la porte de l’amie. Plus du tout cinq minutes après.

Les mamans arrivaient pour laisser leurs bambines. Ce qui me permettait de les revoir (quand on a des enfants du même âge qui ont fréquenté les mêmes écoles pendant cinq ans, on fini par se connaître). Puis je me suis éclipsée avec la grande. Nous avions rendez-vous au restaurant japonais avec le père. Evidemment, nous l’avons attendu une bonne demi-heure. Nous avons commandé et suivant la formule magique, cela l’a fait arriver. J’ai laissé Lou discuter avec lui de sport et d’escrime et je me suis consacrée à mes raviolis grillés et à mon chirasi saumon.

A 15 heures, nous avons repris la voiture, direction le Kremlin-Bicêtre. En faisant confiance à l’inénarrable Sophie, ma Gepehesse. D’habitude, celle-ci me fait systématiquement emprunter les autoroutes et autres voies rapides. J’ai donc imaginé qu’elle allait m’emmener sur le périphérique. Pas du tout, elle m’a fait traverser Paris en passant, bien sûr, par le très très encombré boulevard Magenta (merci les Verts, ça bouchonnait pas mal avant leur intervention, c’est insupportable depuis, me rappeler de ne pas voter pour eux quand il est question de leur confier la voirie), la place de la République, une longue errance due aux explications assez peu claires de Sophie quand il s’agit de sortir d’une place ou d’un rond-point, Bastille, Porte d’Italie, et enfin Le Kremlin-Bicêtre. Une heure et demie de trajet. J’étais sur les dents. Mais nous avons trouvé une place juste devant la boutique où nous devions aller.

Lou, l’an passé, avait gagné un bon d’achat dans un magasin de matériel d’escrime. Mais elle ne l’a reçu que cette année, et elle n’avait plus que jusqu’au 31 mars pour en profiter. Elle s’est acheté (en s’endettant auprès de moi) un magnifique sac d’escrime qui va pouvoir contenir toute sa vie de sportive. Léone héritera de l’ancien sac.

Retour à la voiture pour nous rendre à Morangis, dans notre hôtel. J’aime la banlieue, surtout quand Sophie me mène par le bout du nez et me fait tourner en bourrique. Enfin, nous avons réussi à trouver notre chemin malgré la pluie qui refaisait des siennes. Première déconvenue : on m’avait promis une chambre avec deux lits, il n’y avait plus que des chambres avec un grand lit. Ce n’est pas très grave, mais je n’aime pas qu’on ne tienne pas ses promesses. J’ai donc râlé ce qu’il fallait. La chambre était ridiculement petite et pas très engageante. Il faisait froid. Deuxième déconvenue, il n’y avait pas de restaurant dans l’hôtel, il fallait ressortir pour dîner.

Nous avons glandé pendant une heure et demie. Histoire de nous reposer un peu. Puis nous avons repris la voiture pour arriver dans une pizzeria où, grand seigneur, le serveur nous a demandé si nous avions réservé. Il a posé la question à tous ceux qui arrivaient. Sans doute pour montrer que nous étions dans un restaurant de qualité. Cela dit, la nourriture était tout à fait correcte, mais la bande son très pénible. Du R&B poussif ou gueulard… Je crois que j’aurais encore préféré le bel canto. Quoi que…

Retour dans notre petite chambre un peu moins froide (nous avions mis le chauffage à fond). Un peu de télé, un peu de lecture. Lou s’est endormie très vite. Pas moi. Comme si j’avais épongé toute son angoisse de veille de compétition. A un peu moins de 1 heure du matin, alors que je venais enfin de sombrer, alarme incendie. Ils ont mis au moins cinq bonnes minutes à l’éteindre. Elle s’est d’ailleurs remise en route dans la minute qui a suivi, éteinte, en route, éteinte, en route. Eteinte… Ouf !

A 5 heures du matin, j’ai été réveillée par un jeune couple en pleine forme, surtout elle. Le lit grinçait, elle criait en rythme et ça durait, ça durait… Je me suis rendormie, mais pas longtemps, le réveil était à 6 heures du matin.

Douche, habillage, petit-déjeuner… Puis trajet jusqu’au gymnase, à 2 kilomètres de là. Heureusement que nous avons pu suivre la navette. Car Sophie, qui avait elle aussi dû passer une sale nuit, n’a pas daigné se connecter au satellite. En tout cas pas avant notre arrivée. Nous avons retrouvé les amis parisiens. Ce qui était une bénédiction parce que cela me fait une compagnie quand Lou est sur la piste. Ma fille a fait une bonne poule. Ses adversaires étaient nettement plus fortes qu’elle. Plus âgées aussi puisqu’il s’agissait d’une compétition de national 1 en cadettes et que Lou n’est que minime. Mais, elle a bien tiré. Elle est sortie des poules en milieu de tableau.

Par contre, elle s’est fait étendre dès le premier tour de tableau. Un peu bêtement. Mais elle avait la tête ailleurs. Son père avait promis de venir et n’était toujours pas là. C’était sans doute beaucoup trop tôt pour lui, il n’était que 12h30. Lou était en rage. Cela l’a renvoyait à deux ans auparavant. Et évidemment, c’est moi qui ai tout pris. Je me suis sauvée, je ne suis pas maso. J’ai attendu qu’elle se calme. Ses copains se faisant éliminer les uns après les autres, nous avons décidé de partir et de rejoindre Paris. Sans l’aide de Sophie, nous n’avons mis qu’une demi-heure pour atteindre le 18e. Evidemment, les flics nous ont barré le passage (le dimanche, le quartier des Abbesses est réservé aux piétons, ce qui emmerde tous ceux qui habite là, mais profite aux bobos en goguette), impossible d’aller chercher Léone. (Merci les Verts, bis.) Mais je connais bien mon quartier et je sais exactement par où passer pour me rapprocher le plus possible. Léone est arrivée, puis son père qui voulait quand même faire une bise à ses enfants (en milieu d’après-midi, c’est déjà plus envisageable). Et enfin, nous sommes parties, retour vers Tours. C’est qu’il fallait encore que je vote.

J’ai acheté des sandwichs sur la route et du coca aussi parce que j’avais tendance à m’endormir. Radio à fond, pied au plancher (dans la mesure des normes autorisées, je ne suis pas folle). A 18 heures pétantes, je me garais devant l’école où je vote pour me rendre compte que je n’avais ni ma carte d’identité, ni ma carte d’électeur (restées au fond du manteau du week-end précédent). Alors là, j’ai perdu mon sang-froid. J’ai gueulé comme un putois. Pourtant, j’avais encore le temps de faire l’aller-retour. Mais je voulais voter là maintenant tout de suite, aller chercher Garance et rentrer, enfin, chez moi pour ne plus en ressortir.

je n’avais pas fait tout ça pour renoncer. Je suis allée récupérer les papiers, suis retournée à l’école. Puis j’ai été chercher ma fille. Les copains m’ont offert un coup à boire et j’ai décompressé. De retour à la maison, j’ai sorti des steaks hachés du congélateur et un sachet de purée toute faite. J’ai expédié le dîner, envoyé tout le monde au lit et je me suis enfin retrouvée dans le mien, sans personne pour mettre des alarmes à la con ni pour s’envoyer en l’air (même pas moi). Et c’était bon (quand même).

Le mardi 23 mars 2010, 23:56 par saperli

dur, dur, pour les mères !

2. Le mercredi 24 mars 2010, 02:01 par Lola

Tu as bien fait de l’accepter, cette mission, tu vois que tu l’as menée à bien! (Mais vivement la semaine qu’on se repose du week-end…)

3. Le mercredi 24 mars 2010, 12:27 par sophie

Et pouqroi donc le gps s’appelle sophie ?

4. Le mercredi 24 mars 2010, 13:57 par Akynou

Sophie : c’est compliqué. Les voix des GPS ont des prénoms : Kevin, Bernard, Juliette, Karine… J’ai choisi une voix féminine parce que le mec qui donne des conseils quand on conduit, j’ai donné, je ne supporte plus. Mais ma gépéhesse porte un autre prénom mais elle préfère garder l’anonymat.
Plus sérieusement, j’ai fait un post sur un voyage avec GPS, où justement j’expliquais que ses choix n’étaient pas les miens et je voulais arriver assez finement à placer « Le Choix de Sophie ». Et c’était tellement bien placé que personne n’a remarqué. Mais depuis, j’ai continué à l’appeler Sophie.

5. Le mercredi 24 mars 2010, 20:41 par Luciole

La voie de Sophie est elle la voie de la sagesse ?

6. Le jeudi 25 mars 2010, 19:19 par samantdi

Chapeau !

7. Le jeudi 25 mars 2010, 22:01 par Valérie de Haute Savoie

Ouh quel cauchemar cette nuit à l’hôtel, j’ai souffert pour toi.

Lorsqu’il y avait une compétition d’escrime, je devais me débrouiller seule, et j’ai des souvenirs de trajet interminables en car, pour être éliminée au premier tour 😀 Mais heureusement qu’il y avait de beaux garçons 😀

8. Le vendredi 26 mars 2010, 00:15 par Lyjazz

La vie de maman solo n’est pas une route tranquille.
Et tu le racontes bien.
Pour des nuits aléatoires généralement je prends une douche bien chaude avant de me mettre au lit, et je mets des bouchons d’oreille. Bon, sans doute inefficaces en cas d’alarme incendie, mais pour des voisins bruyants, ça marche.
Comme toi je déteste ne pas voter. ça m’est arrivé une fois d’arriver à 18h 05 devant le bureau qui venait de fermer, et depuis je préfère me passer d’un week end loin que rater le vote. On est citoyen ou on ne l’est pas, que diable !

9. Le vendredi 26 mars 2010, 08:36 par Akynou

Les bouchons d’oreilles, j’en ai toujours, sauf cette nuit-là… en fait, ils étaient bien dans mon sac, mais pas à la même place donc pas trouvé :-(
Pour les déplacements le WE, je n’avais pas le choix. Sauf à avoir une guerre à la maison avec ma fille aînée. Je crois que lui faire rater une compétition me serait encore plus désagréable que le remords de conscience de ne pas aller voter. Sinon, non, j’essaie d’éviter de partir en villégiature les jours de vote.
Quant à ma vie de maman solo… Tu sais ce qui est terrible, c’est que je ne vois pas trop la différence avec ma vie d’avant. Te dire l’étendu de l’implication du rôle de mon futur ex mari alors que lui ne bossait pas, ou si peu.

10. Le vendredi 26 mars 2010, 15:16 par Anne

C’est normal si je suis épuisée juste à te lire ?

11. Le vendredi 26 mars 2010, 18:27 par Lyjazz

Oui, oui, je comprends bien que la compétition était très importante pour Lou. C’est normal.
C’est donc pour ça que tu as joué la montre…. et réussi !
Dommage pour les bouchons d’oreille.

Et j’espère que ta vie de maman vraiment solo sera bientôt bien plus chouette que lorsque tu étais (mal) accompagnée. Il sera bientôt ex ?

12. Le samedi 27 mars 2010, 08:41 par Laurelin

Ben dis donc, t’es forte toi comme maman !! 😀
Je suis fatiguée rien que d’avoir lu tout ça ! je crois que je n’ai pas respiré pendant ma lecture :)

13. Le samedi 27 mars 2010, 18:46 par Oxygène

Rudement solide,la maman ! Est-ce que les filles en sont conscientes ?