En prenant mon bain, je regardait mes pieds. C’est à peu près la seule occasion que j’ai de les observer en hiver, enfermés qu’ils sont dans bottes, chaussures, bottines, chaussettes, chaussons… J’observais mes pieds, donc, et je me disais que c’était curieux, mais qu’eux n’avaient pas vieilli. Je n’en dirais pas autant du reste de mon corps. Rides, affaissements, fatigue, rondeurs (doux euphémisme).

J’ai du mal à me reconnaître quand je croise un miroir. On dit que les anciens gros, ceux qui ont maigri, puis minci, restent toujours gros dans leur tête. Moi, c’est le contraire, je suis restée mince et jeune. Alors c’est avec une certaine curiosité, totalement dénuée d’animosité – n’allez pas vous méprendre – que j’observe mon visage, mon ventre, mes mains, mes bras… Mes jambes aussi, et que je traque les marques du temps, pas encore les ravages, il ne faut pas exagérer non plus. Mais mon Dieu, j’ai 50 ans, j’ai eu trois enfants, et j’aime bien manger. Et j’ai eu quelques soucis aussi. Tout cela fait un corps et une figure.

Je ne déteste pas mon corps. Au contraire, je le respecte. Je n’aime pas les gens qui, sous prétexte de beaux intellects, méprisent leur physique et par un certain snobisme refusent d’en prendre soin. Ça peut même aller jusqu’au culte de la crasse. J’entretiens plutôt de bons rapports, nous sommes de vieux compagnons, nous nous connaissons depuis si longtemps. Nous savons nos forces et nos faiblesses. Et j’admets qu’il est plutôt costaud vu tout ce qu’il a vécu. Il ne m’a jamais lâché et j’espère qu’il va continuer encore de très longues années. Je suis une incurable optimiste, j’espère n’être qu’à la moitié du gué.

Ces dernières années, il était passé à l’arrière plan. Il savait qu’il y avait d’autres combats à mener, il s’est contenté de tenir. Ce qui n’est pas un mince exploit. Je commence à me dire qu’il faudrait, maintenant que le ciel commence à se dégager, que je lui rende la monnaie de sa pièce, que je le soulage un peu, l’allège aussi sans doute. Je n’ai pas toujours été en surpoids et la minceur me va plutôt bien. J’ai donc demandé à mon médecin les coordonnées d’une nutritioniste.

Mais je ne l’ai pas encore appelée. Je dois d’abord finir de faire mon deuil. Je ne suis pas dupe. Je sais pourquoi j’enfouis mon corps sous des kilos superfétatoires. J’escamote les années sous la graisse. Je préfère être grosse que vieille. Alors, avant de commencer à mincir, je veux être sûre d’une chose : que je ne cours pas derrière l’illusion d’un corps mince de 20 ans. Ni même de 30.

On n’a jamais fini d’apprendre.

Petits pieds

Le vendredi 11 décembre 2009, 06:33 par Valérie de Haute Savoie

Une fois de plus te dire combien j’aime te lire, et combien cela me fait du bien…

2. Le vendredi 11 décembre 2009, 06:46 par julio

Je ne vais pas faire d’analyste, mais je trouve que tu et très riche et belle dans ce que tu écries, une femme qui a vécu beaucoup d’expérience ! En plus tu as eu le temps dans tout sa d’aime, et avoir des enfants ! Franchement qui a-t-il de plus importent que tes enfants, tu ne vas pas devenir un vaniteuse qui donne plus d’impotence a leurs carrière qu’a leurs enfants ! Je suis persuadé qu’il te reste encor de grand moment à vivre. Quand comme toi qui a eu la chance d’avoir des enfants qui quoi qu’il pense, aurons besoin de toi pour se construire, même toutes t’ont expériences ne suffira pas a leurs évité les pièges de la vie et de l’amour, mais si a les aidés à se reconstruire apprêt chacun de leurs échecs et moment de désespoir. Faire de tes filles de vrais grand femmes, les accompagnés dans se monde pas toujours a la hauteur de nos espoirs. Je te trouve belle ! Et doucement ce n’est pas une demande en mariage ! Pour moi l’esprit et le corps ne fond qu’un sans le corps l’esprit meure, le corps ne serre pas qua transporté un cerveau il a aussi sais besoins si tu le méprise ou néglige il te le fera savoir ! Et moi comme dit ma mère comme tu na pas beaucoup de cerveau tu dois utilisé tes jambes !

3. Le vendredi 11 décembre 2009, 07:40 par charlottine

Comme tu écris bien ce que j’ai toujours ressenti sans l’exprimer d’aussi belle manière !
Au sujet des pieds, je ne résiste pas au plaisir de partager la réflexion de mon petit neveu ( 8 ans) à sa grand-mère en voyant ses pieds nus : »oh ! Mamie pour une vieille tu as de beaux pieds »

4. Le vendredi 11 décembre 2009, 09:40 par Anne

Lis Zermati, il paraît qu’il est très déclencheur de réflexions sur le deuil d’un idéal de corps ;)

En tout cas, si tu commences à te sentir prête à faire corps avec ton corps, c’est signe que bien des choses difficiles sont derrière toi. Alors quoi que tu fasses de ces constats, je suis heureuse pour toi, d’avoir traversé, mis en partie derrière, tout ça.

Je t’embrasse !

5. Le vendredi 11 décembre 2009, 10:21 par RdT

Comme ces mots sont beaux, doux et harmonieux. Je me souviens, alors que j’expliquais il y a quelques mois à un copain de copain (psy sans que je ne le sache) les circonstances de ma prise de poids, et ma lutte depuis quatre ans en vain, ses mots : « avec ce que tu as traversé, forcément qu’il fallait faire le poids et avoir le dos large… » C’est la seule chose que ton inconscient a retenu…
Ces mots retentissent encore et alors que j’ai décidé de ne plus (trop) me battre, voilà qu’en six mois, sept kilos se sont envolés… Pourvu qu’ils ne reviennent pas mais appellent leurs copains…. ;-)

6. Le vendredi 11 décembre 2009, 11:27 par luciole

Tiens, c’est étrange comme ton texte fait écho à mon rêve (cauchemar) de cette nuit. J’ai rêvé que mon Il me disait que j’avais changé depuis qu’il m’avait rencontré, alors vaniteuse et sure de son admiration je lui demandais de me détailler ces changements et il me répondait « ben tu as vieillie », dans mon rêve je me suis mise en colère et j’ai pleuré en trouvant ça trop injuste. J’en souri maintenant que je suis réveillée. Tu as raison, il faut faire le deuil du corps de nos 20 ans. bises.

7. Le vendredi 11 décembre 2009, 11:34 par saperli

ta conclusion me convient tout à fait.

8. Le vendredi 11 décembre 2009, 21:19 par Lyjazz

Tu as bien raison : notre corps ne ment jamais, il stocke nos soucis et change à mesure de nos misères affectives.
Je me faisais la réflexion aujourd’hui que des personnes handicapées, qui vivent dans le présent, au-delà des soucis, ne vieillissent pas pareil : leur visage au moins n’est pas marqué par les rides et l’affaissement des valides.

Et si ton corps svelte te manque, une fois que tu auras fait ton deuil de ces années passées, et qu’il y aura eu un déclencheur, tu pourras certainement le retrouver.
Si tu commences à t’en soucier, à le masser (ou le faire masser), l’amener au hammam, le faire bouger (j’ai lu des billets à vélo ici) davantage, il va moins stocker et reprendre du muscle et d’autres formes, c’est sûr !

Bon courage et bon début de parcours !

9. Le samedi 12 décembre 2009, 00:34 par Moukmouk

Il y a Chanel qui disait : « à un certain age mes dames, il faut choisir entre sa face et ses fesses ».

Moi, je préfère pratiquer un déni de réalité et fuir les miroirs. Je suis encore beau dans ma tête, et je me pratique à sourire pour avoir de jolies rides. Et puis mes vingt kilos en trop ont été gagné par de si heureux excès, que j’aurais peine à en effacer le souvenir.

10. Le samedi 12 décembre 2009, 09:40 par akynou

Mon cher Moukmouk : tu n’es pas une femme. L question se pose différemment pour les hommes. Alors pour les ours…
Rdt : oui, faire le poids, bien sur :-)
Lyjazz : je ne commence pas à m’en soucier seulement maintenant. J’y ai toujours été attentive, mais je ne suis pas interventionniste. C’est un peu comme avec mes enfants. ;-)
Luciole : faire le deuil de son corps quand on était jeune et belle, c’est le plus difficile, surtout quand on vit au milieu de jeunes gens dont certains sont pas mal du tout… ;-)
Anne : mais je n’ai pas à faire le deuil d’un idéal de corps. Je n’ai jamais idéalisé un corps féminin. J’étais très satisfaite du mien, avec ses défauts, ses qualités. C’est juste qu’on vieillit et c’est ç qu’il faut apprivoiser. Quant à lire… j’ai une bonnes vingtaine de bouquins qui m’attendent. :-)
Julio, l’expression, quand on n’a pas de tête il faut avoir des jambes s’adresse aux distraits pas aux idiots. Quand on ne pense pas à prendre un objet dont on va avoir besoin il faut retourner le chercher au moment où on en a besoin.
Maintenant, il y a plein de choses aussi importantes que les enfants. Mes enfants sont mes enfants, mais ma vie ne se résume pas à elles. Limiter les femmes à leur seule fonction de mère est tout de même très réducteur. Et les femmes qui font carrière en ont tous les droits, c’est leur choix et je me garderai bien de les juger encore moins de les traiter de vaniteuse.

11. Le samedi 12 décembre 2009, 11:03 par julio

Mon ! Mon je ne veux pas réduire la femme a sa loin de moi, je voulais parler des gents en général qui pour des raisons sociale ou de boulot oublie souvent qui ont une famille et des enfants ! Homme ou femme. Un vieux souvenir ou je devais aller cherchez mon neveu juste pour qui n’oubli pas qu’il a une famille ! Vous savez que sa existe sais jeunes couples trop jeune qui ont des enfants est âpres sais les autres qui doive sans occupé !
J’avais bien vue que j’avais poussé le bouchon trop loin !

12. Le samedi 12 décembre 2009, 15:30 par Lartémizia

Bon, soeurette, je vais être franche avec toi …. Je t’ai vu il y a pas longtemps et… Je me disais : « merde, elle a 50 ans? Elle a pas changé! » Je ne te dis pas ça pour te faire plaisir, mais au-delà des kilos en trop, (problème que je connais par coeur), je trouve que les difficultés que tu as traversé ces dernières années, n’ont pas laissées de traces. En plus, comme tu es ma grande soeur, je me dis que c’est plutôt bon signe pour moi…. ;-)
Je t’embrasse

13. Le mercredi 16 décembre 2009, 00:04 par karmara

Nos corps portent les traces de nos vies, et aussi de celles qui nous ont précédés. Tout ça est d’autant moins facile à assumer, qu’on n’est pas responsables de tout…