Mes parents possèdent une petite maison à Latour de Carol, un village catalan situé près de la frontière espagnole. De Paris, c’est un peu loin pour y passer le week-end, mais dès que je le peux, je vais m’y ressourcer. Je retrouve alors ma chambre d’enfant et la nostalgie ennuyée de mes jours d’adolescence. C’est le cas en cette fin mai, et je pars pour un séjour prometteur : repos, plage (la mer n’est pas loin), randonnée en montagne, bonne bouffe (ma mère est un fin cordon bleu) et un peu de boulot, mais raisonnablement.
Le voyage est long, je l’ai dit, aussi j’emprunte le plus souvent les trains couchettes. On ne peut pas dire que j’arrive à destination frais et dispo, mais je ne suis pas de ceux qui sont capables de rester inactifs pendant de longues heures. Et puis les couloirs des wagons sont bien trop étroits pour accueillir ma frénésie de mouvement. Alors je dors.
Bien entendu, tout dépend de mes compagnons de voyage. J’évite comme la peste les périodes des vacances scolaires, je me retrouve ainsi le plus souvent avec d’autres hommes, dans les mêmes dispositions que moi : plus désireux de tutoyer leur oreiller que de tailler une bavette avec leurs voisins. C’est donc d’un œil peu amène que j’observe une femme entre deux âges installer sa progéniture – deux gamins que je trouve d’emblée insupportables bien qu’ils n’aient pas encore bronché – sur la banquette du bas et prendre position sous la mienne.
En face de moi, par contre, le tableau est plus gracieux. Une jeune femme vient de s’allonger. Brune et longue. Ma mine inquiète semble l’amuser, elle m’examine en souriant, un peu moqueuse. Je soutiens ce regard, ce qui a l’heur de lui plaire. Elle sourit encore puis plonge ses yeux dans son bouquin. Je soupire en regardant ma montre. Neuf heures de voyage, j’ai du temps à perdre. Je me lève et je quitte le compartiment pour me diriger vers la voiture bar. Je regrette le temps des wagons-restaurants, plus accueillants et qui servaient de bien meilleurs mets. Je commande un sandwich, une bière, un yaourt. Pour la bonne chair, je me rattraperai demain, chez ma mère. Mon repas terminé, je repars vers mon wagon. J’y croise la belle brune qui me sourit quand nos corps se frôlent. Décidément, ces couloirs sont bien étroits mais, cette fois, je ne m’en plains pas.
Je traîne dans le couloir. Ma compagne de voyage revient et reste à mes côtés.
– Jusqu’où allez-vous? me questionne-t-elle.
– Presque à la frontière, à Latour de Carol.
– Quoi ? Ça existe un village avec un nom comme ça ?
– Mais oui, puisque j’y suis né. On y a même une gare, des commerces, une mairie, une école…
– Ne vous vexez pas, je suis née à Cocumont. Vous voyez, ce n’est guère mieux.
C’est à mon tour de sourire en regardant le paysage défiler.
– Mais le train ne va pas à Latour…
– Vous avez raison, je change à Perpignan.
– C’est là que je descends aussi. Elle se tait.
Le silence s’installe. Je ne relance pas la conversation et j’observe à la dérobée la charmante passagère. Brune et longue, disais-je, elle fait presque ma taille. Pas loin de 1,80 mètre. Je regarde discrètement ses pieds et remarque qu’ils sont nus. Pas de talon. Elle est vraiment grande. Elle suit mon manège avec un demi-sourire.
– Nous devrions nous présenter,ne croyez-vous pas ? Je suis le Dr Dolores V. Stein.
– V. ?
– Oui, V., pour Vanska…
– Ha ! fis-je. Je m’appelle Pau Rosselló et je suis célibataire.
Je rougis jusqu’à la racine de mes cheveux pendant qu’elle éclate de rire.
– Pardon (j’en bafouille), je voulais dire… agent secret.
– Sérieux ?
– Oui, c’est d’ailleurs pour cela que je ne le dis que tout bas.( Je me penche vers elle.) Parce que, vous comprenez, sinon, ce ne serait plus un secret. Voulez-vous bien le partager avec moi ?
Elle recule et fronce les sourcils.
– Vous avez du culot, vous !
– Ne m’en veuillez pas, c’était le seul moyen d’oublier l’ânerie que je vous ai sortie. En fait, je suis peintre, et photographe aussi. Parfois un peu poète, à mes heures. Et souvent totalement idiot.
Son sourire est revenu.
Nous rentrons dans le compartiment tout en continuant notre conversation.
– Qu’allez-vous faire à Latour de…
– Carol. Latour de Carol. Je vais repeindre la gare.
– Vous vous moquez de moi encore une fois.
– Mais non, vous pouvez écrire une lettre à Monsieur le chef de gare de Latour de Carol pour vérifier. Il vous confirmera. Je suis un enfant du pays, je suis un peintre qui commence à être connu. On m’a commandé une fresque pour un mur de la gare.
– Vous êtes vraiment peintre ?
– Oui, peintre agent secret. Mais chut…
Elle s’esclaffe.
Les enfants s’agitent sur leur couchette. Leur mère nous demande de baisser la voix, le temps au moins qu’ils s’endorment.
Je me penche vers Dolores et lui demande à voix basse
– Dites-moi, Dolores, ce n’est pas un prénom très courant de ce côté-ci des Pyrenées. Vous êtes d’origine espagnole ?
– Pas du tout. Ma famille est juive ashkenaze. Je dois ce prénom à mon grand-père, rabin, communiste, passionné de la guerre civile espagnole. C’est celui de La Passionaria.
– Dolores Ibarruri ? Eh bien ! ce n’est pas courant.
– Pas plus qu’un rabin communiste il faut croire.
– Ha ça, je suis mal placé pour en juger. Chez nous aussi, on est communiste. Mais athées. Donc Dolores V. Stein, votre grand-père est rabin et vous, vous êtes médecin.
– Non, pas précisément…
– Mais vous disiez être docteur.
– Oui, mais docteur en criminologie, spécialisée dans les serial killers.
– Mazette, vous me paraissez bien jeunette pour un tel palmarès.
– Mais la valeur n’attend pas le nombre des années, Pau, me glisse-t-elle d’une voix suave.
La mère de famille s’agite et nous prie à nouveau de faire silence, il faut que les petits s’endorment. Nous serons tranquilles ensuite. Je m’allonge et regarde ma montre. Encore sept heures de train. Dolores semble s’être assoupie. Autant en faire autant.
Le vendredi 16 octobre 2009, 21:35 par saperli
ah, j’avais commencé avant de devoir partir veiller mon malade….
2. Le samedi 17 octobre 2009, 00:16 par Akynou
Mais que cela ne t’empêche pas de continuer Saperli
Il y a toujours de la place pour toutes les participations. Je trouvais les livres proposés dans cette séries, très durs alors je voulais essayer et comme j’avais des heures à tuer… Par contre, je n’ai absolument pas respecter la contrainte de longueur. D’où les deux chapitres 
3. Le samedi 17 octobre 2009, 06:45 par julio
Je trouve très beau le récit, je suis sur que sais deux là vont finir amant !
Quant j’étais plus jeune je travaillée pour les vacances, alors mon père, frère et sœur parte en vacance plus tôt que moi. Ma mère et moi ont partez pour les rejoindre et dans le train il nous arriver de sais bricoles a tout les deux. Ma mère se fessais draguer, moi sa ne fessais sourire d’ailleurs elle aussi. Et moi je tomber amoureux de toutes les belles femmes que je vois dans le train et je pense que toutes sais femmes aller rejoindre leurs amants qu’elle que pars en Espagne. Moi je me disais peut-être que une vas changer sa destination et qu’elle va me rejoindre. On à le droit de rêvé
4. Le samedi 17 octobre 2009, 08:37 par Akynou
Ne rêve pas trop Julio. Tu ne connais pas la fin, moi si 
5. Le samedi 17 octobre 2009, 13:56 par Lyjazz
J’attends la suite avec impatience !
6. Le samedi 17 octobre 2009, 13:57 par Lyjazz
Ah ! ET l’histoire de Saperli aussi !
Et puis tu n’avais pas parlé d’un dyptique ?
7. Le samedi 17 octobre 2009, 19:25 par Akynou
Lyjazz : oui, un diptyque mais là, je n’ai vraiment pas le temps. J’ai du boulot par dessus la tête 
Lartémizia : Il manque évidemment des titres parce que le texte n’est pas fini, mais ils y seront tous
La suite est écrite il faut juste que je finisse de la saisir. Pour le Cocu magnifique je vais essayer de trouver du temps en début de semaine mais avec le dossier de l’avocat et les cours et les copies à corriger, j’ai à peine le temps de dormir. Et demain je suis à Chateauroux toute la journée pour la compétition de Léone et de Lou.
8. Le samedi 17 octobre 2009, 20:59 par Oxygène
Hé ! Hé! Tu t’amuses bien on dirait, tu nous amuses beaucoup aussi . Merci.
9. Le samedi 17 octobre 2009, 21:42 par PASDUPE
question voyage je te « compterendrai »,le Sud est attirant, un peu plus loin que la « Tours »