Je ne me suis jamais autant perdue que depuis que je vis à Tours. Il faut dire, qu’auparavant, je n’avais besoin que d’un plan de métro ou de bus. Maintenant, dès j’emmène les enfants quelque part, je dois prendre la voiture et m’aventurer hors de mes sentiers battus. il faut dire que depuis un an, je n’en ai plus guère de sentiers battus.
Aussi, quand on m’a offert Sophie* pour mon anniversaire, j’ai trouvé l’idée géniale. Sophie ? Mon copilote. Mon GPS. Grâce auquel je serai toujours sur le bon chemin. En fait, Sophie n’est pas arrivée tout de suite. Au départ, c’était Bernard. Mais entendre sans arrêt un mec qui me donne des conseils de conduite, cela me rappelait de trop mauvais souvenirs. De mon père à mon futur ex-mari (qui n’avait même pas son permis) sans oublier le petit con macho et imbu de sa personne que je raccompagnais chez lui et qui a failli finir le chemin à pied. Je revois avec délice son air stupéfait quand je me suis arrêtée en rase campagne et que je lui ai intimé l’ordre de descendre. Comme je ne redémarrais pas et que j’attendais fermement qu’il s’exécute, il a fini par comprendre que je ne plaisantais pas. Il s’est excusé et n’a plus ouvert la bouche jusqu’à destination. Son copain, à l’arrière, était écroulé de rire.
Exit Bernard.
Restait une dénommée Renée, à la voix agaçante, et ma Sophie. Sophie Takara. Elle me plaît bien celle-là. Pas prétentieuse pour un sou, j’adore la contredire, ne pas lui obéir. Et puis elle n’est pas parfaite, parfois elle se déconnecte et se trompe. Mais elle a deux défauts majeurs. Le premier, c’est qu’elle a les yeux rivés sur mon compteur de vitesse et me signale régulièrement : « Vous dépassez la vitesse autorisée. » Des fois, souvent, elle a raison, mais parfois, elle se trompe. Ainsi, hier, sur l’autoroute près de chez moi, alors que je venais de passer devant un panneau indiquant 110, elle me sermonna alors que je n’était même pas encore à 100.
Deuxième défaut, majeur, c’est son penchant prononcé pour l’autoroute. Elle ne jure que par cela. Elle se shoote au péage. La première fois que je m’en suis rendue compte, c’est quand j’ai voulu aller à Chartres. A priori, Tours-Chartres, par la nationale 10, c’est toujours tout droit. Quand je me suis retrouvée près d’Orléans, je me suis dit que Sophie allait me couter cher en essence et en péage si je n’y faisait pas attention. Quelque 60 kilomètres pour gagner quoi, un quart d’heure, c’est n’importe quoi.
Et puis quand j’ai voulu faire Chartres-Chateaudun, toujours tout droit sur la nationale 10, 45 kilomètres, 25 minutes, elle a encore voulu me faire prendre l’autoroute. Elle est accro, je ne vois que cela comme explication. J’ai essayé de trouver, dans ses réglages, un moyen de choisir – je refuse d’être l’esclave de Sophie – mais pas moyen. Je n’ai rien trouvé.
Alors maintenant, je me méfie. Je croise mes sources. Quand je dois faire du kilométrage, je vais d’abord consulter Mappy. Puis, sur la route, je passe mon temps à évaluer les conseils de Sophie. Je la suis… ou pas… C’est parfois épique.
Quand nous sommes parties en vacances, nous devions aller de Tours (Indre-et-Loire) à Granges-sur-Lot (Lot-et-Garonne). Mappy m’avait tout de suite suggéré son parcours idéal : 570 kilomètres, beaucoup d’autoroute, 40 euros de péage. J’étais sûre que ce serait l’itinéraire de Sophie. Mais à Mappy, je peux demander de modifier les choix, et de suivre non pas l’itinéraire le plus rapide (4h55) mais le plus court (496 kilomètres pour 5h20, et seulement 11 euros de péage). Mon choix était fait et ce ne serait pas celui de Sophie.
Ne croyez pas qu’il suffit de dire à votre copilote que vous souhaitez tel itinéraire pour que cela fonctionne. Nous avons commencé par prendre l’autoroute. J’avais décidé d’en sortir à Poitiers et de prendre la N10 ensuite, qui est sur 4 voix jusqu’à Angoulême. Tout allait bien. Pour Sophie. Parce que pour moi, la circulation était pénible à cause des accordéons joués par les embouteillages. Ce sont des airs que je prise assez peu.
Quand j’ai enfin atteint Poitiers et que j’ai pris la N10, ça a été tout de suite mieux. Pour moi. parce que pour Sophie, c’était l’affolement. Elle ne l’a pas bien pris du tout. Elle a tout fait pour me ramener dans le droit chemin. Tout, et même n’importe quoi : « Faites demi-tour dès que possible. Nouveau calcul : tournez à droite, puis à droite. » Elle a même été jusqu’à, et là c’est bas, me faire croire qu’elle s’était fait une raison pour nous ramener vers l’autoroute par des voies détournées. Mais j’ai résisté. Puis elle s’est emmêlée les pinceaux, me demandant de tourner à gauche alors qu’il n’y avait aucune route. Avec fille aînée, on se marrait bien.
Puis Sophie a fini par se calmer. Je m’étais tant éloignée de l’autoroute qu’elle a décidé de laisser tomber et elle est redevenue bonne fille. Mais je suis restée vigilante. La crise pouvait la reprendre d’un moment l’autre. J’hésitais donc entre lui faire confiance et suivre la feuille de route de Mappy. Qui n’est pas non plus parfaitement fiable.
Après Angoulême, je connaissais la route. C’était celle de mon enfance. Soyaux, route de Périgueux, Dirac sur la droite, Sers sur la gauche, Dignac, Villebois Lavalette (mon collège), le Pontaroux et sa piscine… Ah ! la piscine du Pontaroux. A l’époque, c’était un bassin de 25 mètres creusé au bulldozer et bétonné (bonjour la plante des pieds), avec des plongeoirs de 3 et 5 mètres. Et un petit bassin pour les enfants, le tout en plein champs. Le paradis sur terre. Je racontais aux filles les journées passées là bas, les mouches qui nous foutaient la paix dès que le paysan avait mis ses vaches dans les champs voisins… Sophie m’a rappelé à l’ordre : « Vous dépassez la vitesse autorisée. »
Vers Brantôme, Sophie m’a conseillé de tourner à droite, vers Ribérac. Mais Mappy m’indiquait lui qu’il fallait aller vers Périgueux. J’ai suivi Mappy, tout en me disant que je faisais une connerie. De lointains souvenirs me parlaient d’une route qui passait par Ribérac et Bergerac. Pas par Périgueux. J’aurais dû écouter mes souvenirs. Mappy nous a octroyé un long détour et nous nous sommes retrouvées… sur l’autoroute pour rejoindre Bergerac. Perte : une demi-heure et 2 euros. Foutu Mappy !
Et puis ce dernier s’est retrouvé complètement dans les choux. Plus rien ne correspondait à ce qui était indiqué sur sa feuille de route. Je ne pouvais plus compter que sur Sophie et décidai de lui faire entièrement confiance (enfin, jusqu’à un certain point). Elle me fit prendre des routes de plus en plus petites, pas évidentes du tout à trouver pour certaines dont une qui traversait une usine. Fille aînée, à mes côtés, commençait à s’inquiéter. Elle n’avait aucune confiance en Sophie. C’était de sa faute aussi. Du côté de Bergerac, elle s’était de nombreuses fois déconnectée et nous avait demandé de faire des choses totalement farfelues, comme quitter l’autoroute alors qu’il n’y avait pas de sortie ou de faire demi-tour. « C’est ça oui, t’as craqué ou quoi; même pas en rêve je le fais ton demi-tour ! »
Mais elle s’était reprise et les petites départementales, très peu fréquentées, étaient ravissantes. Soudain, juste après avoir traversé le Lot, un panneau : Granges-sur-Lot. Ouiiiiiiiii. Cinq minutes plus tard, nous arrivions triomphantes, sur la très jolie place de cette petite bastide et nous nous garions devant la belle maison que nous avions louée.
Mais ceci est une autre histoire…
(*) Les noms et prénoms ont été changés pour préserver la vie privé des personnes concernées… 
Le mardi 11 août 2009, 20:08 par Bladsurb
Le docteur Morris serait fier de toi. (bon, bien sur, si tu n’as pas regardé « Urgences » dimanche soir, ça reste obscur …)
2. Le mardi 11 août 2009, 21:02 par Isabelle
notre mama GPS s’est trouvé fort déconvenue il y a 3 semaines quand nous avons pris l’A28 a tours pour aller en Normandie car sur son plan à elle , la route n’existait pas et elle répétait vous êtes sur une route non constructible
la pauvre , 300 km
3. Le mardi 11 août 2009, 21:03 par Milky
J’avais un oncle qui était vétérinaire à Villebois-Lavalette… (probablement à peu près à l’époque où tu fréquentais son collège !)
4. Le mardi 11 août 2009, 22:12 par claramar
très drôle ce petit récit…mes amitiés à Sophie et des bisous à vous 4!
5. Le mardi 11 août 2009, 22:53 par saperli
très dommage que tu ne puisses pas lui interdire les autoroutes ! Ma co pilote à moi, c’est Gertrude, elle n’a pas ce défaut… Par contre, je ne peux pas faire de mises à jours, donc entre les sens interdits et les travaux, le mois dernier j’ai tourné en rond pendant une heure pour rentrer de nuit seule avec ma petite-fille dans la voiture, qui était toute contente de répéter le « tu m’emmerdes » que j’ai fini par lui crier tout en lui assénant un coup sur la tronche, à cette maudite Gertrude !
6. Le mardi 11 août 2009, 23:00 par Cunégonde
Sophie t’a faite passer pas loin de mon village en Gironde. Trop forte car il n’est même pas sur toutes les cartes!
7. Le mercredi 12 août 2009, 00:51 par Akynou
Cunégonde : je ne suis pas passée par la gironde. J’ai fait Indre et Loire, Vienne, un ti bout Deux-Sèvres, Dordogne et Lot et Garonne… Alors je vois pas de quel village tu parle 
Saperli : oui, des fois je suis pas polie non plus avec Sophie
Claramar : bisou à toi. Maintenant qu’on est presque voisine il faudrait quand même que je vienne admirer ta merveille 
Milky : quand j’habitais dans la région, le vétérinaire de Villebois-Lavalette était notre vétau (un beau gars si je me souviens bien). Il était copain avec mes parents. Et c’est même lui et sa femme qui m’ont hébergée quand ma sœur Luciole est née parce que, comme j’allais au collège, c’était plus facile. Elle était adorable, ainsi que la jeune nounou qu’ils avaient. Et je me souviens avoir dit beaucoup de conneries qu’ils ont dû oublier mais dont je ne suis pas très fière 
Alors, si c’est ton oncle, ce serait trop drôle.
Par contre je ne me souviens pas du tout de son nom.
Nous sommes restés à Sers entre 1968 et 1975.
Isabelle : Hou, ça a dû être pénible ça. Il faut que je me renseigne comment mettre Sophie à jour quand même.
Bladsurb : si, j’ai vu. Enfin en partie. Et je me suis bien marré à l’idée de gens qui suivent leur GPS quoi qu’il arrive, même si ça les mène tout droit dans le lac.
8. Le mercredi 12 août 2009, 06:43 par Valérie de Haute Savoie
Sophie doit être une cousine de celle sans nom qui nous guide plus ou moins bien puisque ne pouvant plus être mise à jour. Alors tout comme toi nous prenons nos libertés et lorsque cela l’énerve trop nous lui coupons le sifflet !
Ce billet est très drôle, merci 😀
9. Le mercredi 12 août 2009, 17:55 par andrem
Décidément, Villebois-Lavalette est le lieu de toutes les rencontres. Il n’y a pas que le véto, d’ailleurs celui-ci je ne le connais pas. Mais je connais des gens qui furent prof au collège susdit, des alentours de 68 au tournant du millénaire, ma nièce et mon neveu bien que de mon âge, et militants socialistes comme on n’en fait plus.
Ils étaient fondus de vie forestière, chasseresse et animale. Ils eurent peut-être bien affaire au véto dont s’agit.
Quant à Sophie, tu as eu raison de lui donner un faux nom, bien que tout le monde l’ait reconnue. Te faire passer par Brantôme pour aller d’Angoulême à Bergerac est bien du ressort de son incompétence. Alors que cent fois en vélo je la fis, cette route pleine de virages et de forêts ce qui est rigolo, et pleine de montées ce qui l’est moins. Des descentes? Non, je n’ai pas remarqué, il n’y a jamais de descentes en ce pays là.
Angoulême, Montmoreau, Ribérac, Mussidan, Bergerac. Au prochain rond-point, prenez la deuxième sortie.
Variante pour Bernard (Lavalette) : Angoulême, Villebois, Ribérac, …
Mes mollets se souviennent de tout.
Pour finir, le pouvoir de terminer étant revenu à Sophie, elle t’a forcément fait passer par l’une de ces bourgades et néanmoins bastides : Castillonnès, Eymet, Lauzun, Miramont, Tombeboeuf. Dans tous les cas tu as vraiment marché sur mes plates-bandes sans même me demander la permission. C’est encore plus grave que tout le reste. Je remâche ma consternation.
J’espère au moins qu’après leur avoir montré Brantôme et Bourdeilles (je parle des pierres et non des textes, hein), ce qui peut justifier le détour, tu leur as fait découvrir la vallée de Gavaudun, le château de Biron, et la bastide de Montpazier. Et pourquoi pas Bonaguil.
Sinon, que mes ancêtres te viennent chaque nuit chatouiller les orteils pour le restant de tes jours, ils sont très forts en matière de tourment, mes ancêtres.
10. Le mercredi 12 août 2009, 22:02 par karmara
Il rend Tom*Tom, mais le système n’est pas encore très au point… Par contre, c’est jouissif de lui dire « Ta gueule !”
11. Le jeudi 13 août 2009, 01:23 par Akynou
Andrem : des alentours de 68 au tournant du millénaire, alors forcément, je les ai croisés. Peut-être pas eu comme enseignants. Je ne me souviens pas du nom de tous, mais de certains. Ils n’étaient pas si nombreux, ceux que les agrégés nommaient avec dédain des SNI-PEGC alors que j’ai rarement vu d’aussi bons profs, aussi dévoués (sauf quelques uns faut pas charrier non plus). Je me souviens d’une de mes profs de science nat, qui fut aussi ma prof de math en 5e, que j’aimais beaucoup, et qui a éveillé ma curiosité sur bien des choses. D’une autre prof de math, en 6e celle-ci, je l’ai connue demoiselle et abandonnée madame. Elle avait épousé mon prof de latin et d’espagnol. Et par ailleurs, hors collège, mon prof de judo à Sers. Je me souviens… Bon ! ça serait long, mais je me demande bien comment s’appelle ton neveu et ta nièce.
Et je me souviens très bien de Bernard Lavalette qui avait pris ce nom de scène parce qu’il venait de Villebois. C’est ce qui se disait à l’époque…
Quant à Sophie, elle n’est pour rien dans l’égarement, c’est Mappy le coupable qui voulait absolument nous faire passer par Périgueux pour aller à Bergerac. Ce qui est une hérésie. Je suis passée à Montmoreau, Ribérac, Mussidan, oui, au retour. J’avais oublié que ces routes étaient aussi jolies. Biron, non, mais je l’ai salué de Monflanquin. Et nous avons visité quelques ruines magnifiques, dans d’autres endroits, mais c’est une autre histoire.
Karmara : à Sophie, je lui fais même des doigts. Mais faut pas le dire 
12. Le jeudi 13 août 2009, 19:10 par Cunégonde
J’avais compris ça mais ma maison girondine est juste à cinquante mètres du département de la Dordogne.
Bergerac est assez proche.
13. Le vendredi 14 août 2009, 00:18 par Akynou
Cunégonde : je comprend mieux :-), c’est vrai que rien n’est très loin là bas 
14. Le vendredi 14 août 2009, 12:01 par François Granger
Il y a un vrai problème d’écologie avec tous ces systèmes d’assistance qui ont été programmés avec les pieds et qui nous disent quoi faire en fonctions de paramètres de « rois du pétrole » 
J’en avais parlé à l’occasion : Services web et écologie
15. Le samedi 15 août 2009, 18:49 par Oxygene
Quel partie de rire ! Cette Sophie mérite des compliments.