Quelques phrases encore, toutes tirées du programme (dont le prix est redescendu à 10 euros). Sur Almaviva : « […]Aristocrate habitué à se faire servir, les autres doivent trouver les idées à sa place.
Personnage touchant et comique, de temps en temps héroïque.
Son amour pour Rosine le rend furieusement actif, mais le véritable moteur de sa passion, c’est d’en découdre avec un père, en l’occurence Bartolo […] »
Le ténor Javier Camarena est absolument parfait dans ce rôle de jeune con dynamique.
Almaviva Lindoro face à Bartolo
Basilio « connaît très bien le processus de la destruction d’un homme par la calomnie, tellement bien qu’on a le sentiment qu’il a lui-même été une victime d’une calomnie et probablement d’un noble dont il n’a pu se venger […] Basilio décrit avec tant de détails et même de pitié la mort sociale d’un être.
Basilio, un homme désespéré, ruiné, cassé qui se venge. Si l’on fait comprendre qu’il raconte sa propre histoire, cet air devient bouleversant, le coup de canon, c’est lui qui le prend en pleine poitrine. »
Rosine, enfin : « Grande héroïne, à la limite du tragique, mais pleine d’humour, intelligente, écrivant beaucoup, elle commence la longue et lente marche de son sexe vers la liberté. »
J’ai lu ces notes après, plus tard, le lendemain et elles ont mis en mots ce que j’avais ressenti lors du spectacle. On peut ne pas être d’accord avec ces partis pris, mais le fait est qu’elle a su parfaitement les faire passer. Coline Serreau parle beaucoup de tragédie, mais elle a le tragique élégant, qui se masque derrière un éclat de rire. On s’amuse beaucoup, tout est fait pour cela. Mais cet amusement n’efface jamais totalement le désespoir. Et l’on repense au Figaro de Beaumarchais qui s’empressait « d’en rire avant que de n’avoir à en pleure ».
Quand les palmiers se sont élevés et que le rideau est tombé, je n’en revenais pas. Je n’avais guère vu filer les deux heures quarante-cinq annoncées. Cela ne pouvait pas être déjà fini.
Et pourtant si. Les chanteurs saluaient déjà. D’abord le chœur, pour une fois à la hauteur de la mise en scène, puis tous les autres un à un jusqu’à Marc Piollet, le directeur musical, et Coline Serreau, petite silhouette noire à l’écharpe rouge et aux boucles indomptées.
Le vendredi 25 avril 2008, 13:41 par andrem
Bonjour Akynou.
Les vies ne permettent pas souvent de converser tranquillement. Ta présentation du barbier de Séville me fut un vrai régal. Il fait partie de ces opéras dont je suis incapable de me lasser.
On peut longtemps parler du génie de Rossini, ou de sa facilité car j’en ai entendu, depuis mon plus jeune âge, de ces esprits supérieurs qui trouvaient Rossini petit sous prétexte de facile. Je le prends pour un des plus grands compositeurs de nos musiques, tous temps et tous genres confondus, et tant pis si dame Koz me foudroie.
Mais la question n’est pas seulement musicale. Derrière l’ornement, la sensualité (on dit que ces dames rougissaient, à l’époque, rien qu’en entendant un crescendo rossinien, une roucoulade ou une acrobatie, en une sorte de kamasoutra sonore), la joie de chanter, car Rossini est joie, il y a des rudesses pudiques qui se cachent. A commencer bien entendu par le texte dont tu as bien fait ressortir la force, qui appartient à Beaumarchais mais que Rossini n’a pas trahie, bien au contraire.
L’interprétation de Coline-Serreau est un peu forte, et peut-être un peu anachronique, au sens où nous parlions d’anachronisme avec Alix, pour certains tableaux. Ce n’est donc pas un reproche mais une vision nouvelle et intéressante. J’avais toujours eu pour Almaviva (aussi bien dans la pièce que dans l’Opéra) une sorte de méfiance, certes nourrie par la suite de l’histoire, le mariage de Figaro, où le jeune blanc-bec révèle sa classe sociale.
Je ne le crois pas con, tu es sévère, mais frais émoulu de ces certitudes dans lesquelles il a baigné ; il y a aussi cette affaire de paternité, avec Bartholo, que je redécouvre ici, et qui peut en effet constituer un nouveau champ d’exploration des personnages, très nouveau pour moi, notamment pour Bartholo qui a toujours été un peu mis à l’écart dans ma perception de cette pièce.
Même approche nouvelle avec Don Basile, dont je ressentais bien l’expérience de la calomnie, mais non en tant que victime mais en tant que pratiquant émérite. L’idée d’un vécu secret ne m’était jamais venue.
Merci Akynou d’avoir ainsi réveillé des souvenirs, pas si enfouis car tant l’Opéra que la pièce me sont très familiers, j’ai dû les voir chacun cinq ou six fois. Tu les éclaires, avec l’aide de Madame Serreau, d’une lumière étonnante et foisonnante. Et tu m’obliges à réfléchir, ce qui me fatigue rien que d’y penser, alors que c’est l’heure de la sieste.
Amitié, à toi et aux tiens.
Et si nous écoutions tout simplement la musique, non?

