Il est presque 20 heures quand j’arrive devant les Bouffes du Nord où j’invite une de mes amies avant qu’elle ne s’envole pour le Qatar. C’est la première fois que j’y viens. C’est ma période des premières. Je ne connaissais pas non plus la Comédie française et j’y suis allée deux fois en une semaine.

Les Bouffes du Nord, l’antre de Peter Brook dont je verrais bientôt la mise en scène de Fragment, la pièce de Beckett. Tiens, à propos, j’ai découvert que la quasi totalité des représentations étaient données en anglais. Avec sous-titre. Je ne me sens pas assez fortiche dans la langue de Shakespeare, je crains de perdre le fil du spectacle pour lire le texte. J’ai décidé de changer les billets. J’irai un samedi, pour une version française.

Revenons aux Bouffes du Nord. Je vais découvrir, in real life, les Wilson, père et fils. Le second est à la mise en scène et sur scène où l’on retrouve également le premier. J’ai toujours trouvé que Georges Wilson était un acteur formidable. Cela doit remonter du temps où j’étais petite, quand nous regardions, en famille, « Le Grand Echiquier » de Jacques Chancel. Du temps où il était possible de suivre la culture à la télévision et d’y découvrir les géants du théâtre. Oui, c’est bien comme cela que je voyais Georges Wilson : un géant.

Et j’ai toujours eu une grande curiosité pour le fils. Je suis sa carrière depuis longtemps. J’admire cette façon qu’il a de se démarquer de la statue de commandeur qu’est son père et de tracer sa propre voie.

Tout cela pour dire que je suis bien aise d’aller aux Bouffes du Nord pour y voir une pièce de Racine mise en scène et jouée par les Wilson.

Et puis ce théâtre, quand on le découvre, quelle surprise. L’immeuble ne se distingue en rien de ses voisins. On ne s’attend pas à trouver à l’intérieur une lieu unique, une scène immense et autour, en demi cercle, des gradins puis des balcons portant, très abimées, d’antiques décorations qui sont cependant au top de la branchitude vintage. J’adore cet endroit.

Nous sommes au premier rang. A nos pieds, bientôt, viendront les acteurs. Le noir se fait. Des ombres prennent place. La pièce peut commencer.

J’en avais complètement oublié le propos. Il est pourtant fort simple. 
Titus aime Bérénice et Bérénice aime Titus. Mais Titus est empereur romain et Rome n’aime pas les étrangères fussent-elles top model . D’ailleurs, c’est fatal, Titus dégringole dans les sondages. C’est le naufrage du Titanicus.

Donc, Titus, qui espère se refaire la cerise, décide, malgré l’avis des sénateurs, d’épouser sa belle et ainsi donner un signal fort à son peuple ; il rentre dans le rang, il redevient moral. Afin de montrer qu’il a compris le message de ses citoyens, il organise des noces discrètes, mais dont néanmoins tout le monde parle sitôt la cérémonie terminée. C’est que, pour Titus, aussi grand soit-il, il est difficile de ne pas exhiber sa belle Bérénice (jouée par Carole Bouquet).

Mais qu’est-ce que je vous raconte là…

D’abord, la pièce est bien plus glamour, bien plus forte. Ça vole à des kilomètres au dessus. C’est de la tragédie racinienne, pas du vaudeville bling bling !

Or donc, le noir se fait, des ombres furtives prennent place, la pièce peut commencer…



Eh bien la suite au prochain épisode. Peut-être.

Le vendredi 8 février 2008, 17:59 par andrem

Ton résumé de la pièce m’a fait mourir de rire.

Tout pareil que toi pour les Wilson. George fut le successeur de Vilar et ce n’était pas de trop de lui pour porter cet héritage. Son rôle qui m’a le plus impressionné fut celui de Puntila, au TNP, dans le Brecht de Memnon.

Et pour la Comédie Française qu’on ne découvre jamais assez tôt donc toujours trop tard, et pourtant j’ai cinquante ans d’avance sur toi j’avais douze ans la première fois, qu’y vis-tu comme pièce?

S’il s’agit du mariage de Figaro, tu as vu une de mes actrices préférées et pourtant peu connues, la subtile Anne Kessler.

Quant aux Bouffes du Nord, j’en garde le souvenir impérissable de trois jours de suite pour voir le Mahabarata, qui fut non une expérience théâtrale même si elle l’était, mais une expérience de vie pure, de stratosphère, d’état second, où la plus grande difficulté n’a pas été de suivre les trois heures que par trois fois durèrent les trois représentations successives, mais de se retrouver dans la rue sous la pluie vers minuit, à se demander comme on s’appelait.

Peter Brook avait encore frappé.

2. Le vendredi 8 février 2008, 18:39 par Akynou

J’ai emmené Lou voir Le Mariage de Figaro et toutes les filles, les Fables de La Fontaine, mises en scène par Robert Wilson, une pure merveille.
Je dois y retourner pour aller voir la Mégère apprivoisée, il me semble.

3. Le samedi 9 février 2008, 01:24 par Oxygène

Quelle chance !

4. Le samedi 9 février 2008, 01:31 par Oxygène

Andrem__, je me perds dans ton blog ;-( Où puis-je trouver tes écrits sur ton grand-père ? (regard plein d’espoir)

5. Le samedi 9 février 2008, 19:42 par andrem

Bonsoir Oxygène. Enfin, c’est ici le soir, là-bas chez toi grand est le jour et chaud le soleil malgré la pluie.

Je maîtrise mal la configuration de Blogger, une de mes deux plateformes. Le « Bloghumeur », intitulé aussi « première vie », l’IRL étant ma seconde, est sur cette plateforme. Tu y accèdes directement en cliquant sur mon nom, là dans ce commentaire. L’accès aux archives et anciens billets ne me plaît pas mais je ne sais comment afficher la liste complète des billets.

La série « pépé le marocain » est en quatre billets, écrits si je me souviens vers septembre-octobre-novembre de 2007. Tu dois donc les trouver dans la colonne de gauche du blogue, quel que soit le billet sur lequel tu tombes au départ, en cliquant sur la petite flèche devant l’année 2007, puis le mois concerné. Les billets écrits pendant ce mois se déroulent alors.

En principe, je les ai numérotés, pour qu’on puisse les lire dans l’ordre. En général, le titre du billet contient un lien vers le billet antérieur, et le mot « à suivre » en fin de billet un lien vers le billet postérieur.

C’est la théorie de mon projet, et je ne suis pas toujours bon élève de moi-même. Je suis pire qu’un GPS, et il ne faut donc surtout pas me suivre aveuglément. Mais bon, c’est la théorie.

Ensuite, je m’étonne que personne ne vienne. Je crains que tout le monde soit venu, et qu’ils errent maintenant dans la jungle épaisse à chercher la sortie. Toi l’amazonienne, tu n’as même pas peur.

Pardon, Akynou, de bavarder dans ton salon. Tes filles ont de la chance d’avoir une mère comme toi, qui donne du théâtre à leurs rêves.

6. Le samedi 9 février 2008, 20:30 par Oxygène

Andrem, je pars en explo dans ton blog, avec GPS mais sans sabre d’abbatis.

7. Le samedi 9 février 2008, 20:30 par Oxygène

Andrem, je pars en explo dans ton blog, avec GPS mais sans sabre d’abbatis.

8. Le samedi 9 février 2008, 20:48 par akynou

Andrem, je me suis dis que les fables, les pièces seront d’autant plus une merveille à apprendre qu’elles en auront de belles images dans la tête.
Cela dit, Léone s’est fait chier comme un rat mort… Elle est encore bien petite et surtout, elle n’aime que ses propres histoires. :-)

9. Le samedi 9 février 2008, 21:01 par Oxygène

Qu’elle se soit ennuyée n’est pas surprenant, surtout si c’est toi qui a choisi le spectacle LOL . Dans 10 ans elle te parlera, émerveillée de cette soirée. J’ai connu cela avec mes ex ados.

10. Le samedi 9 février 2008, 23:40 par akynou

Léone heureusement est loin d’être une ado, ou alors, à 7 ans, elle serait drolement précoce. Non, je crois qu’elle n’a pas vraiment compris de quoi il retournait. Garance n’a pas tout compris non plus, mais elle s’est laissée prendre par la magie du spectacle. Quand à mon ado pour de vrai, elle a adoré :-)
Les textes des fables étaient anciens, avec de vieux mots. Ce n’était vraiment pas évident.

Mais je leur ai acheté le DVD et depuis, elles le regardent toutes les trois assidument. JE gage qu’elles apprennent les fablers sans même s’en rendre compte :-)