Léonce commença à délacer ses chaussures. Penché sur ses souliers, il continuait de parler à Marco.
– Tu connais l’histoire du type qui achetait des chaussures trop petites ?
Marco secoua la tête. Mais comme son grand-père ne le regardait pas, il finit par répondre.
– Non Apé, je ne connais pas.
Le vieil homme se redressa et regarda le petit garçon en souriant.
– Eh bien voilà, ce type, ça fait des années qu’il achète ses chaussures dans le même magasin. Et ça fait des années qu’il les prend une pointure trop petite. La vendeuse a beau lui proposer la bonne taille, les lui faire essayer, rien à faire, il les prends trop petites. Alors, tu penses bien, la vendeuse, un jour, elle n’en peut plus et elle lui demande pourquoi. Et tu sais ce que lui répond le bonhomme ?
–…
– Il lui dit : « Vous savez, ma femme m’a quitté, mon boulot m’emmerde et mon fils est un délinquant. Alors au moins, le soir, quand j’enlève mes chaussures, ça me fait du bien… »
Léonce se mit à rire, les deux mains posées sur ses cuisses. Marco n’était pas sûr d’avoir compris l’histoire, mais elle faisait rire son Apé. Et son Apé, quand il riait, il était drôle, alors Marco riait aussi.
D’un coup, l’ancien redevint sérieux.
– Tu vois petit, enlever ses chaussures, c’est parfois le seul plaisir d’un homme. Il ne fait jamais oublier ça, tu m’entends Marco, jamais…

 

1. Le lundi 1 octobre 2007, 23:07 par andrem

J’attends toujours le dernier moment pour enlever les miennes.
Moment fatidique du soir où je dois renoncer à tout ce que je n’ai pas fait aujourd’hui et que peut-être je ne ferai jamais.
Qui peut jurer qu’il se réveillera en se levant le lendemain matin?
Léonce est un sage. Présent de l’indicatif.

Il est l’heure, maintenant. L’heure des charentaises.

2. Le lundi 1 octobre 2007, 23:48 par Aude

J’ai tendance a me révolter contre ce genre de vérité. La théorie du soulagement comme principe de bonheur me fait froid dans le dos et me monte la moutarde au nez :)

3. Le mardi 2 octobre 2007, 00:13 par Akynou

Aude, je comprends que tu te hérisse, moi c’est pareil. J’ai toujours trouvé cette histoire atroce. Mais, elle est atroce parce qu’elle est vraie. La fin de la souffrance résonne comme du plaisir…
Ce n’est pas une théorie du bonheur, loin de là…

4. Le mardi 2 octobre 2007, 01:29 par Aude

Je parlais de « théorie » à cause d’un copain avec qui je me disputais assez souvent à ce sujet. J’étais jeunette et il me promettait que l’âge me ferait changer d’avis, le fol! ;) L’absence où la disparition de la souffrance n’est pas, ne sera jamais suffisant pour faire le bonheur. Je suis têtue, goulue, et révoltée… :) Ca me fait penser à Luce qui rageait qd maman lui disait qu’on ne peut pas tout avoir dans la vie. Qu’elle finirait bien par comprendre… Ben non! 😀

5. Le mardi 2 octobre 2007, 08:33 par luciole

alors on parle de, moi ici, j’suis obligée d’intervenir;-)
Ton histoire c’est du théâtre ou du cinéma, j’ai les images rien qu’en la lisant. Et tu sais quoi? la suite, c’est que le papy retomba amoureux peu de temps après, un amour de fin de vie, un amour qui lui appris qu’il n’avait plus à souffrir pour goûter le plaisir d’exister …

6. Le mardi 2 octobre 2007, 23:01 par andrem

Je le savais, je le savais, que c’était l’heure des charentaises.

Nous sommes à l’opposé d’une histoire de cherche-bonheur à la sauvette, avec ces chaussures trop petites. Nous sommes dans une histoire de vivre encore un jour puis un autre puis un autre.

C’est le cadeau du soulier, même s’il n’y a ni cheminée qui fume ni barbe blanche en culotte rouge. Les trois coups d’avant de commencer. Et comme par hasard, voici Luciole qui donne la réponse, ce n’est plus l’heure des pantouffles, mais celle du troisième acte.

Comme par hasard.

7. Le samedi 13 octobre 2007, 13:54 par nike shoes

Moi j’ai rien compris.