Vu le peuple qu’il y avait dans les monuments hier (12 août), vu que je suis fatiguée, vu que Léone en a marre des promenades, vu que visite un jour ne veut pas dire visite toujours mais repos le lendemain, je déclare solennellement cette journée chômée pour le tourisme. Grasse matinée, farniente, avec tout de même comme d’habitude un peu de ménage, un peu de lessive et, surtout, le travail de Garance… Ce qui ne la fait pas rire du tout.

Je crois qu’elle préfèrerait faire quinze fois le tour de Batalha plutôt que de s’asseoir à côté de moi. Du coup, elle bloque, sur le plus facile évidemment. Et je me fâche. Je me fâche très fort même. Ce qui a pour mérite de la décoincer. Mais je ne suis quand même pas trop fière de moi. J’ai horreur d’en arriver à ces extrémités, de ne pas trouver d’autres solutions… C’est un peu la discussion que nous avions avec Sophie : nous sommes parfois contraints à agir ainsi, mais nous n’en sommes plus heureux pour autant…

Enfin, la suite se passe bien mieux et surtout plus rapidement. Je l’envoie jouer dès qu’elle a fini. Mais ses sœurs ont décidé qu’elles en avaient marre de ce jeu (commencé avant les devoirs) et partent se promener. Du coup, Garance se retrouve seule et bougonne.

Cela me rappelle un autre été, il y a très longtemps. Je venais de finir un CE1 calamiteux avec une maîtresse qui ne m’aimait pas. Je n’avais pas les fournitures qu’elle avait réclamées en début d’année, dont un repose livre, très en vogue ces années-là, quand les pupitres sont devenus plats et non plus penchés. Ma mère ayant trouvé cette dépense totalement superfétatoire et l’avait refusée. J’avais donc été cataloguée comme une moins que rien par Melle Pommier qui me relégua au fond de la classe, à côté d’une autre fille, Flore, qu’elle ne portait pas dans son cœur… et elle me donna systématiquement les mêmes notes quelque effort que je fisse… Flore était chaque mois dernière, et moi avant-dernière. La vieille bique devait considérer que j’étais un peu moins pauvre que Flore.

A la fin de l’année, j’en ai eu tellement marre de me coltiner ces mauvaises notes injustes (j’avais bien remarqué que ses préférées n’étaient pas meilleures que moi, mais sans doute plus fortunées), j’ai signé mon bulletin à la place de ma mère. Vous pensez bien qu’en CE1, on n’a pas le trait aussi assuré que celui de ses parents.

L’affreuse s’en rendit compte et me menaça de mille tourments si je n’avouais pas. Ce que je refusai de faire avec la dernière énergie, j’avais bien plus peur de la réaction de mes parents que d’elle… De rage, elle me traîna dans toute l’école avec un panneau me traitant de menteuse. C’était d’autant plus cruel que ce dernier jour d’école, tout le monde s’amusait. Une de ses collègues expliqua à ma tortionnaire combien ma conduite était répréhensible et lui proposa de me garder avec elle pour me faire travailler. L’autre, qui en avait sans doute assez de me promener, retourna dans ses quartiers et m’abandonna, tremblante, me demandant ce qui allait bien m’arriver. En fait, je me vis installée à une table au milieu d’autres enfants pour jouer, découper, dessiner. Je passais une fin de journée heureuse et tranquille…

Cet été-là, nous quittâmes la région parisienne pour la Charente. Je changeais donc d’école. La maîtresse avait déclaré que j’étais si nulle que je devais redoubler mon CE1. Ma mère me fit travailler sur des cahiers bien mal nommés de vacances. Pendant que mes sœurs s’amusaient, je devais travailler. Et je trouvais cela terriblement injuste.

Cependant, à la rentrée, et à ma grande surprise, je fus admise en CE2. Mon dossier s’était perdu dans les méandres de l’administration. Ma nouvelle école m’inscrivit naturellement dans la classe de mon âge. Le premier mois, je fus classée 7e sur trente. Le second et le troisième – quand arriva mon dossier – quatrième. Ma mère fut convoquée. Je ne sais pas ce qu’il se dit, mais en tout cas, il fut décidé qu’au vu de mes résultats, il serait stupide et cruel de me rétrograder. On peut dire que j’ai eu chaud, comme Garance. Mais elle, elle ne doit son passage qu’à son travail.

Enfin bref, je sais qu’elle ressent parfois ce besoin de travailler comme une injustice, mais je m’y tiens car c’est un contrat entre nous deux. Et que si moi-même je ne respecte pas les contrats que je signe avec mes enfants, où va-t-on ?

Les jours chômés, après le déjeuner, sont invariablement les mêmes : courses (le Nôm raffole des supermarchés et cette addiction est renforcée par le fait qu’ici, ils sont ouverts le dimanche et les jours fériés) et pichinas, traduire la piscine, en l’occurrence celle d’Almeirim. Tout à fait idéale pour les filles qui s’éclatent comme des malades et pour moi qui, une fois bien baignée, peux me la couler douce, allongée au soleil avec mon ipod et un bon bouquin. Pour le moment, je suis plongée dans un roman étonnant signé du Brésilien Bernardo Carvalho, 9 nuits. Tout à fait passionnant.

Ploufs en vrac

J’arrive à détourner une chaise longue et là, pour moi, c’est le grand bonheur. C’est exactement ce qu’il manque à la maison pour être tout à fait agréable.

Nous repartons juste avant la fermeture. Il n’est pas loin de 20 heures (21 heures chez nous). Le Nôm s’installe au barbecue à la lumière des phares de la voiture pour faire cuire de délicieuses côtelettes d’agneau. Et moi, je fais des frittes en improvisant une friteuse à l’huile d’olive.

Après dîner, je compulse mon Guide bleu pour découvrir que tout ce que nous voulions visiter à Lisbonne demain est fermé. C’est lundi… Pas la peine de prendre le train pour trouver porte close. On fera autre chose et l’on ira à Lisbonne mercredi.En attendant, on va chasser les mouches (les moustiques sont partis avec le temps frais et le vent), et puis dormir…

Si vous souhaitez voir la photo en plus grand et en regarder de nombreuses autres (et faire d’autres ploufs), il suffit de cliquer sur l’une d’entre elles ou de vous rendre dans mon dossier photo sur le Portugal ou sur nos vacances…

Le jeudi 26 octobre 2006, 19:35 par andrem

Bonjour Akynou.

M’étant évadé ce soir, je passe. Je laisse un commentaire de rien, seulement parce que ta journée de repos ainsi contée m’a reposé du bruit de l’atelier, à la Fondation.

Un devoir de (non)vacance, une piscine avec chaise longue (moi aussi, ce qui compte le plus, dans une piscine où que ce soit dans le monde, c’est la chaise longue qui va avec.

Une piscine sans chaise longue est comme un roman sans livre (proverbe Gallimartias).

Je ne sais pas pourquoi, mais c’est Garance ma préférée. J’ai bien le droit d’avoir une préférée, moi, je ne suis pas instit. Ne le dis pas aux autres, ni à elle non plus d’ailleurs. Elle me fait penser à Héraklite, à cause du feu.