On a beau être calme, patient, compréhensif. On a beau aimer la vie et se dire que tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, il y a des soirs où on a envie de gueuler : MAIS PUTAIN DE MERDE, IL Y EN A UN QUI VA FINIR PAR BOUGER SON CUL DE SA CHAISE !

Je m’explique. Mon amie, celle qui suit Aya* et sa famille, celle qui m’a alertée il y a un an déjà, celle qui a fait des pieds et des mains pour que les choses bougent, celle sans qui je ne vous aurais jamais parlé de Nour. Bref, elle, me donne des nouvelles.

Elle a appelé l’hôpital : Aya est en mauvaise posture : il y a un risque important pour le bébé. Elle ne doit pas bouger du tout.

Elle appelle Aya qui lui dit qu’hier matin, elle est allée voir Mme Chotard (de l’association Droits devant). « Une femme remarquable qui fait les choses lorsqu’elle le dit. » Elle a décroché son téléphone, a dit au Samu social la gravité de la situation et leur a faxé les deux certificats médicaux. Ils allaient voir ce qu’ils allaient pouvoir faire…

Après l’hôpital, ma copine remontée (« pas en colère, mais convaincue ») a appelé le Samu social et a eu successivement deux hôtesses « absolument charmantes que j’ai complimentées pour leur accueil ». Il n’y a qu’elle pour faire cela. Elle leur a exposé les faits et leur a demandé à parler à la responsable du pôle familiale, dont elle avait eu le nom par une de ses amies. Après une telle entrée en matière, je me suis dis que mon amie avait peut-être enfin une bonne nouvelle à nous annoncer. Je suis optimiste, trop.

La responsable du pôle familial affirme très bien comprendre ce qu’on lui explique mais maintient qu’il est impossible d’avoir des chambres d’hôtel sur Paris. Je n’y crois pas ! Rien que dans la circonscription de l’école il y a sept hôtels qui louent leurs chambres à des familles déshérités. Ils abritent essentiellement des gens qui arrivent de France avant que l’Ofpra décide s’ils s’occupent ou non de leur dossier. Pourquoi ce que peuvent faire les associations qui suivent ces personnes, le Samu social ne pourrait pas le faire ?

Ses priorités sont les femmes enceintes seules. Il y en a environ cent cinquante. Effectivement c’est énorme. D’autant que beaucoup vivent des situations identiques à celle d’Aya et Béchir. Mais les considérations de santé ne rentrent pas en ligne de compte puisque les sans-abri sont, de toute façon, plus fortement exposés que toute autre à un risque d’accouchement prématuré. Est-ce pour cela qu’il faut laisser faire, accepter ? Depuis quand s’abrite-t-on derrière uns statistique ?

Mon amie lui a rétorqué qu’il y avait un moment où les situations devenaient tellement inhumaines qu’il fallait savoir mettre la clef sous la porte. Elle a poursuivi en l’avertissant qu’elle contactait la presse, non qu’elle ai quelque chose contre le Samu social, mais parce qu’il y avait mise en danger de la maman et du bébé – sans parler de la fillette qui ne va plus au CP – et qu’elle trouvait la situation intolérable. La responsable a soupiré. « Le soupir devrait être institutionnalisé, il y en a beaucoup dans ces métiers là » m’a dit mon amie.

Alors, le Samu social ne fera donc rien . Si, peut-être. Il est en train de négocier une trentaine de chambres d’hôtel (pour 150 femmes enceintes seules et combien de femmes mariées…). Mais ce n’est pas pour tout de suite. La famille d’Aya serait prioritaire. Mais il ne faut rien leur dire, il ne faut pas « donner de faux espoirs au cas où ». C’est quelque chose qui m’agace toujours, cette faculté qu’on les gens de prendre les autres pour des enfants, de penser qu’ils ne sont pas capables de comprendre…

Je veux bien croire que les employés et les bénévoles du Samu social font ce qu’ils peuvent. Ils en ont en tout cas l’impression. Le premier problème, c’est qu’ils ne se battent pas. Ils gèrent. Et la misère, on ne la gère pas. On lutte contre, on se bat. Le deuxième souci, c’est que même la gestion est mal faite : ainsi, dans le dossier de la famille d’Aya, il n’y a aucune trace des deux certificats médicaux faxés d’abord par l’assistante sociale scolaire, puis par Mme Chotard, le matin même. Ce sont pourtant des données essentielles qui concerne la santé et la vie d’une femme et d’un bébé à naître.

Nour a été à l’école hier après-midi, accompagnée par la grand-mère de 80 ans. Une organisation est en train de se mettre en place pour l’héberger près de l’école, le temps d’une solution globale.

Une solution serait aussi une intervention auprès de L’Opac pour qu’elle accepte temporairement la surpopulation de l’appartement de la grand-mère. Aya, Béchir et les enfants auraient ainsi une domiciliation et pourraient enfin bénéficier des aides auxquelles ils ont droit, mais qu’ils ne peuvent pas toucher puisqu’ils sont sans domicile fixe. Les deux enfants mangent à la cantine. Ils paient plein pot, tarif 8. Moi-même, je ne paie que le tarif 3 (le plus bas est 1), soit 2,75 le repas. Comment font-ils pour payer ? Ils n’ont pas non plus eu d’aide pour Nour quand elle et entrée au CP pour le matériel scolaire. Ils ont tout acheté.

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire d’Aya.

(*) Je rappelle que les prénoms des membres de la famille ont été modifiés pour leur éviter toute représaille.

1. Le vendredi 17 mars 2006, 10:03 par Leeloolene

Rien qu’en voyant ton titre… je pensais bien que tu n’allais pas nous annoncer de bonnes nouvelles !!
Ca fout en rogne de bon matin de lire ce genre d’aberrations… Tient nous au courant.

2. Le vendredi 17 mars 2006, 10:04 par Leeloolene

Ah… et pour info… je préférerai ne pas être dans les parages quand tu vas ouvrir la boîte à baffes !!! :)

3. Le vendredi 17 mars 2006, 13:11 par aude dite Orium

ET MERDE! Ca fait chier, dans quel monde vit ont ? Heuh, Est ce que ce serait une solution d’ouvrir une souscription? J’en vois passer plein sur les blogs. Des petitions des sousous pour machin et machine, et là si on faisait pareil est ce que ça aiderait?

4. Le vendredi 17 mars 2006, 13:34 par Onze

Je me suis alignée sur Aude dite Orium. J’ai fait un lien sur mon blog. Si je peux faire plus…

5. Le vendredi 17 mars 2006, 13:57 par C-wam

Yes…Moi je pense qu’il faut bouger son cul,mais pour tout le monde!!!On doit tous se battre,on va dans la merde la plus profonde…Tout pour les riches et tant pis pour les pauvres…Le beat-um-skore te reserve un lien sur son blog sans soucis…BLOG HIPHOP…Sans soucis…ciao…

6. Le vendredi 17 mars 2006, 13:59 par akynou/racontars

Aude : oui heun, ça fait bien chier…
L’argent, non, ils n’en veulent pas. c’est un problème, mais il sera réglé avec le logement et les papiers.
La seule chose dont ils ont besoin, c’est qu’on parle d’eux, le plus possible. Faire du bruit autout de cette histoire de façon à faire pression pour que ça bouge…

Onze : merci.

7. Le vendredi 17 mars 2006, 15:02 par Fauvette

Je passe le relais sur mon blog, et me sens bien impuissante et révoltée.
Je n’ai pas de contact hélas dans ce domaine.
Des idées :
la Paroisse de 18ème a été contactée je suppose ? Et toutes les assoc aussi.
Et une Lettre ouverte à Bertrand Delanoë ?

8. Le vendredi 17 mars 2006, 15:18 par Gio

Ancien responsable et coordinateur de nuit au Samu Social de Paris – je vous confirme que la plupart des employés sont sincéres dans leur volonté d’aider et quand ils s’aperçoivent de la raison purement politique de l’existence du Samu ils démissionnent –
Il faut savoir que le seul but de la direction est de rentrer dans les bonnes grace de la dass et que donc la loi du silence est de rigueur (sous couvert de confidentialité) et c’est lorsque j’en ai pris conscience et que j’ai commencer à crier au scandale que j’ai subit d’énormes pression qui m’on pousser à démissionner –
En effet il faut savoir que des femmes et des enfants,la grande majorité sans papiers, sont réguliérement battues violées et humiliées par des hôteliers sans scrupules dans des hôtel miteux de la banlieue parisienne – (Drancy, le Bourget, Roissy…)sous chantage de les virer si elles n’obeissent pas, et donc avec la menace et la peur de se faire arrêter et reconduire à la frontière,ces femmes sont terrorisées et sans défense.
De plus, lorsque ces familles sont hébergées si loin de Paris elles n’ont droit à aucune aide administrative sur le lieu ou elle se trouve, toutes leur démarches doivent se faire à Paris et elle ne possèdent donc aucun titre de transport pour se déplacer, le Samu Social n’en délivre pas, qu’elles font donc le trajet a pied, même en plein hiver et même sous la neige trés tot le matin pour pouvoir être à l’heure à leur rendez vous avec les services sociaux et que c’est durant ces mêmes trajet qu’un bébé est……mort de froid.
Le Samu Social et Mme Parigi (sa directrice) sont au courant….mais la Dass exige le silence et Mme Parigi vise sans doute l’ancienne place de Mme Versini(ex directrice du Samu Social et ancienne secretaire d’etat à l’exclusion).

9. Le samedi 18 mars 2006, 13:30 par Zub

Par experience j’ai pu constater que la DASS est composé au mieux d’inutile, au pire d’incapable ne voulant surtout pas faire le moindre effort. c’est une position courant pour un certain nombre d’assistances sociales dépendant directement de ministère. je ne comprend pas comment on peut faire ce métier sans être impliqué????
Je ne sais comment je pourrais intervenir pour t’aider, mais je suis de tout coeur avec toi.

10. Le dimanche 19 mars 2006, 12:26 par Anne-Ma

Je trouve tout ça révoltant et je suis en colère de voir que l’on puisse laisser vivre les gens dans de telles conditions. Et pourquoi doivent-ils payer les fournitures scolaires ? Je pensais que les fournitures à l’école primaire étaient prises en charges par la Municipalité ?

11. Le dimanche 19 mars 2006, 13:07 par Akynou/racontars

C’est curieux, j’étais persuadée avoir répondu à Fauvette…
Bon, l’amie qui les suit de près est aussi membre de la paroisse. Parce que ce n’est pas une donnée que je maîtrise. Les élus, dans cette affaire, ont fait leur boulot et même au-delà. Le problème, c’est que les T. N’étant domiciliés nulle part, ils neu peuvent pas bénéficier d’aides.
Gio : merci pour ton témoignage éclairant. J’ai été faire quelques recherche sur Internet. C’est sidérant.
Zub : Merci
Anne-Ma : il ne s’agit pas de fourniture scolaire. Mais de cantine par exemple. Ils paient plein pot, au tarif 8 car n’ayant pas de domicile fixe, ils ne peuvent avoir de réductions. En comparaison, moi, je suis tarif 3 et je paie déjà 2,70 par enfant et par repas. Alors tarif 8, tu imagines. C’est la même chose pour le goûter, le centre aéré (où ils ne vont d’ailleurs pas)…
Merci à tous pour votre soutien. Lundi et mardi l’imprimerai le tout et je le leur ferai passer.

12. Le samedi 25 mars 2006, 04:57 par helene

salut, quoi dire de plus que les autres? Rien, mais je mets ton blog en lien sur le mien, à+ Helene