Le lot de la mère de famille, aussi organisée soit-elle, c’est de courir. Emmener les enfants à l’école, partir au boulot, trimer toute la journée, revenir, faire les courses, essayer de passer un moment avec les enfants. Vérifier que les devoirs sont prêts, faire à dîner (heureusement, c’est souvent le Nôm qui s’y colle). Les faire dîner, les coucher, éventuellement leur raconter une histoire…

Caser des distractions dans cet emploi du temps déjà fort chargé relève le plus souvent de l’exploit. D’autant qu’il arrive aussi au Nôm d’avoir besoin que je m’occupe de lui. Sans oublier toute la paperasse. Ce n’est pas à 22 heures que je vais pouvoir aller au cinéma ou voir une expo.

Alors parfois, je dis STOP ! Je prends quelques heures pour aller – TOUTE SEULE – voir des choses qui me font envie. C’est ainsi qu’en cette après-midi de novembre, je vais au Carrousel du Louvre admirer des photos. C’est le mois, autant en profiter.

Au Carrousel, c’est un peu comme à la Fiac, ce sont des galeries et des agences qui exposent. On voit de tout. Des grands photographes d’avant ou d’après-guerre aux reporters en Irak en passant par des jeunots ultra-modernistes. Eclectisme. Ainsi, en deux ou tris heures ai-je l’impression de rattrapper les dizaines d’expositions que j’ai manquées.
Au détour d’un panneau, je me retrouve devant une cliché d’un très grand photographe, connu dans le monde entier, vu des milliers de fois dans des livres, sur des affiches. Mais là, à un mètre à peine, regardée pour la première fois dans un tirage original numéroté de la main de l’auteur, l’image devient émouvant. Et un peu décevante aussi, parce que les couleurs, les contrastes, les noirs et les blancs ne sont pas ceux que j’ai l’habitude de voir et que j’ai aimé…

Man Ray. Nu solarisé. Frances Jean Bakewell Connolly), 1933.
Galerie Serge Plantureux

Vintage silver gelatin. Comment traduit-on cela déjà en français ? Ha oui, épreuve argentique d’époque…

Je marche beaucoup, de long en large, en travers. Et je tombe sur ce couple de garçons. Ils sont devant moi, assis sur un canapé, l’un dans les bras de l’autre. Je les observe à la dérobée. Eux me regardent dans les yeux. Enfin, non, pas exactement. L’un d’eux, le brun, me regarde. L’autre, c’est moins sûr. On sent un demi sourire sur son visage. Mais ce n’est même pas certain parce que son visage est flouté. Tiens, pourquoi ? L’un s’exhibe, l’autre se cache. On voudrait connaître leur histoire. Savoir qui ils sont, où ils vivent. Mais je reste sur ma faim. Cette vie, il faudra que je l’invente si je veux tout en savoir. Et pourquoi pas ? C’est le rôle des photos de nous faire rêver et imaginer une réalité. Nous faire aller au-delà de ce que nous voyons. On pourrait en faire un jeu d’ailleurs : proposer des photos et demander aux gens d’inventer des contes à dormir debout ou à déambuler allongé. Ce pourrait être joli…

David Haines, DSC00041. Flatland gallery

Je continue mon chemin. Je suis dans les nuages. Je rêve d’une jeune femme qui flotterait dans les airs, entourée de ses robes et jupons blanc. Seule l’accompagneraient des colombes. Ce pourrait être une mariée, une jeune épousée qui s’envolerait au septième ciel. Elle est belle, elle est gracieuse. On pourrait même imaginer qu’elle est heureuse, mais il y a cette fleur rouge sang qui orne sa robe à hauteur de sa poitrine et qui sert soudain le cœur. Jeune fille immolée à quelle cause ou à quel vieux barbon. Je ne sais pas trop si j’ai envie d’inventer cette histoire là.

Rosemary Laing, Bulletproofglass #8, 2002.
Galerie Conrads (Düsseldorf)

 Je m’éloigne, entre dans une autre pièce pour tomber dans une poubelle.

Elle est immense et occupe tout un pan de mur. Un 4 X 3 au moins. La photo est belle. Technique parfaite de mise en scène d’objet du quotidien. Et la botte de persil est une tache verte idéale. Un peu trop fraîche, un peu trop idéale. Je regarde le nom de la photo, chose que je fais rarement : « Non sélectif ». Une image militante. Je comprends le message, mais je suis trop dans la réalité. J’admire le travail, mais je n’aime pas qu’on me mette le nez dans mes déchets. Je n’ai guère envie d’aller fouiller les poubelles de mes histoires.

Je tourne le dos et m’en vais rêver ailleurs…

Ceci est ma participation à la troisième session du Diptyque. L’histoire de la photo de Scheiro.

Paris Photo 2005 – Carrousel du Louvre – Du 17 au 20 novembre 2005
Les photos présentées ici (sauf celle de la poubelle bien sûr) sont tirées du catalogue du Paris Photo 2004

Le dimanche 6 novembre 2005, 12:20 par luciole

Petite maline comme tu t’en sors bien!!! Rires! Enormes bisous, vous me manquez toi et ta tribu, fais leur des bisous de ma part et glisse un mot tendre à l’oreille de Léone pour moi…

2. Le mercredi 7 juin 2006, 22:01 par Scheiro

© All rights reserved
Je remarque que la charmante tribu publie sans problème une photo – la poubelle – sous licence sans même se donner la peine d’indiquer la source sinon – ô ironie – la phrase suivante : « Les photos présentées ici (sauf celle de la poubelle bien sûr) sont tirées du catalogue du Paris Photo 2004 »
Aussi, je tiens à recevoir un petit mail en retour.
A bientôt !