Je n’ai pas de mot. C’est rare. Mais c’est ainsi. Ma colère est au-delà des mots. Il y a eu ce terrible incendie la semaine passé à Paris. Dans un des hôtels sociaux dont je parlais dans une série de notes sur mon quartier en février. En février justement, un petit garçon était arrivé à l’école dans un état de quasi hypothermie car l’électricité, et donc le chauffage, avait été coupée chez lui depuis plusieurs mois.

Cette fois-ci, toujours dans la même école, c’est une petite fille, dont la maman est à l’hôpital parce que gravement brûlée. Elle logeait, elle et toute sa famille dans cet hôtel, rue de Provence.

Il y a des enfants qui, dans ces écoles, logent, avec toute leur familles, dans des chambres minables, dans des hôtels qui profitent du manque de logement à Paris. Des hôtels marchands de sommeil qui font payer, à la collectivité, une fortune des chambres miteuses, où s’entassent à trois, quatre, cinq, six des hommes, des femmes, des enfants de tous âges. Des chambres ou des enfants grandissent parfois pendant des années. Et meurent aussi.

L’an passé, ce sont deux petits Tchétchènes qui ont été très gravement brûlés par l’eau d’une bouilloire qui leur était tombée dessus. Il faudra combien d’accidents, combien de morts ?
Une assistante sociale de Paris qui passait par mon blog en visite m’a laissé quelques commentaires disant que des familles préféraient vivre dans ces hôtels miteux plutôt que dans des HLM en banlieue. C’est possible.

La majorité des familles dont les enfants sont scolarisés dans la zone où j’habite n’ont pas le choix. Ils débarquent en France, venant de Tchétchénie, d’Azerbaïdjan, du Kosovo, d’Iran, de pays en guerre le plus souvent, demandeurs de l’asile politique, d’un peu de paix surtout. Tant que leur dossier n’est pas accepté par l’Ofpra, ils n’ont droit à rien, pas de logement, même pas un foyer, encore moins à une HLM. Alors les associations – et parfois les services sociaux – qui s’en occupent les logent là où ils peuvent, dans ces hôtels le plus souvent. Ils changeront d’adresse tous les mois, plus souvent pendant les congés d’été puisque les hôteliers ont besoin des chambres pour les touristes.

Vingt-deux morts, dont la moitié sont des enfants. A Paris. Au XXIe siècle.

L’école maternelle de la rue d’Orsel a ouvert une collecte pour aider ceux qui ont souffert dans le sinistre. Pour aider la petite I. qui a 5 ans et qui est en classe de grande section et dont la famille a perdu le peu qu’elle possédait. Si vous passez dans le quartier, arrêtez-vous à l’école, l’urne est dans l’entrée.

Repost du lendemain Je souhaitais ajouter que l’hôtel qui a brulé n’était pas un des pires. Il était modeste, mais propre, entretenu, mis aux normes. Ce n’était pas un taudis. Mais le problème reste entier.

Le lundi 18 avril 2005, 19:15 par samantdi

Ici aussi les associations se mobilisent face à la dégradation des conditions de logement des plus démunis, relayées par des médias militants… Je salue dans ma ville le travail d’urgence que font actuellement la Cimade et Medecins du Monde, et d’autres.

Que d’énergie déployée, que de bonnes volontés additionnées pour des résultats souvent faibles… famille après famille, plancher en partenariat sur des dossiers de (re)logement…

Quant à l’argument : « ces familles ne veulent pas aller en banlieue », c’est une sorte de bouclier des Dames-Patronesses et de leurs homologues masculins pour dire : « braves gens, ces sales pauvres, voilà-t-y pas qu’ils voudraient vivre dans les beaux quartiers comme nous! ». On entend aussi ça des SDF : « mais ils ne veulent pas aller dans les refuges de nuit » (sachant que de toute façon, il n’y a pas de place, ni en banlieue, ni ailleurs).

La bonne conscience de certains me donne envie de vomir.

2. Le mardi 19 avril 2005, 00:44 par luciole

Oui! ça énerve! Et heureusement que ça enerve encore! le jour où nous serons calme devant la tragédie du quotidien c’est que nous aurons renoncé.Elle sera surement toujours là, la tragédie, quand nous mangeront les pissenlits par la racine, mais c’est pas une raison. Le sentiment d’impuissance ne peut être une excuse, la tragédie reste la tragédie et au moins nous pouvons crier et pleurer, nous facher et lutter, c’est cela qui fait nôtre humanité.

3. Le mardi 19 avril 2005, 03:07 par del4yo

C’est partout pareil, partout, cette impermeabilite a la souffrance des autres me laisse pantoise et me fait peur.

J’aimerais pouvoir passer Rue d’Orsel!

4. Le mardi 19 avril 2005, 09:28 par Anne

J’ai pensé à toi en entendant la nouvelle.

Le pire, je crois, est que ce drame ne servira pas de leçon. Trop de boulot, trop de soucis, pour des gens qui ne serviront aucune carrière.

L’horreur.

5. Le mardi 19 avril 2005, 10:47 par ImpasseSud

Racontars, je comprends et partage ton immense colère. Mon aîné a passé quatre ans à Paris entre le monde des plus démunis et celui de ceux qui, soit disant, les aident. Il a passé bien des nuits dans les rues, à distribuer des boissons chaudes et à discuter. Toutes les histoires (il y aurait de quoi en écrire un gros livre) qu’il m’a racontées à propos des bureaucrates du social, éducateurs, assistants sociaux et psy qui, « littéralement », « vivent sur et de cette misère », allant parfois même jusqu’au vol, à l’intimidation et au chantage, a définitivement déclassé toute cette catégorie à mes yeux. Je sais bien qu’il ne faut pas généraliser, que les hommes de bonne volonté existent et qu’ils sont plus nombreux qu’on ne le croit (j’en connais même plus d’un), mais désormais, avant de donner un coup de main par leur intermédiare, je demande à voir de plus près.

6. Le mardi 19 avril 2005, 22:12 par Aude dite Orium

je suis dégoutée, je ne sais même pas quoi répondre…

7. Le mercredi 20 avril 2005, 20:11 par Aude dite Orium

Tirelireli tirelirela tirelirelirela !!!
Au 7 mai !
Gros bisous à tous !

8. Le jeudi 21 avril 2005, 14:18 par oznej

Que dire ?

Cela dure depuis tant d’années.. quand cela va-til changer ?

Et ce sont encore de pauvres innocents qui paient..

soupir..

Oz