Je suis une flemmarde. On ne dirait pas comme ça vu tout ce que je peux faire dans une journée. Mais c’est une réalité. Des fois, je pourrais écrire beaucoup plus. Mais je n’en ai pas envie. Je traîne. Je me dis : tiens je devrais taper un truc sur mon clavier, cela me dériderait les doigts. Et puis je me perds dans mes lectures de blogs, dans les photos à regarder. C’est fascinant Internet parce que cela occupe la tête sans trop se fatiguer. Un peu comme la télé quoi. On ouvre une petite lucarne et le monde s’engouffre dans notre ordinateur, dans nos yeux, dans notre cerveau. Cela ne demande pas trop d’effort. Des fois on rit, des fois on pleure. La vie digérée.

Cela n’incite guère au labeur. Parce qu’écrire, c’est tout un travail. Pour vous, je ne sais pas. Mais moi, je ne suis jamais satisfaite. Je peaufine mes phrases, je les remets sur l’ouvrage. Pas leur orthographe, non, ce n’est pas mon truc vous l’aurez remarqué. Mais leur musique, leur équilibre, la façon dont elles se balancent, s’accrochent aux autres…

Au bout du compte, à la lecture, cela doit paraître facile, comme si tout me venait d’un seul coup. Comme si ce que je vous racontais coulait tout seul de mes doigts, comme si je me laissais aller à mon inspiration. Comme si je ne savais pas ce que j’allais vous raconter dans deux minutes… En fait, je sais très bien. Je travaille mes intro, mes approches, mes digressions.

Le problème, c’est que lorsque je suis interrompue, il m’est très difficile de retrouver le fil de mes idées. Tenez ce matin, j’ai écrit le début de ce texte, je sais ce que je voulais raconter en final de compte. Mais je ne sais plus du tout comment je comptais passer de l’un à l’autre. C’est pareil que Garance quand elle me raconte ce qu’elle fait à l’école. Elle commence à me dire des trucs, elle sait qu’elle veut me parler de l’école, mais elle se perd au milieu…

Elle a du mal à se faire à la discipline du CP. Les devoirs, ça la défrise. Elle ne se sent pas concernée. Du coup, elle développe des conduites d’évitement. D’abord, elle n’en parle jamais, de ses devoirs. Les deux premiers jours, j’ai oublié, elle est passée au travers. Mais comme je m’en suis rendue compte et que la maîtresse a bien précisé que les enfants auraient un petit devoir tous les soirs, ça lui devient difficile. Alors elle profite du fait que je rentre tard. Quand j’arrive, les filles sont dans leur bain. Ensuite, nous passons à table. Ce n’est pas le moment ni l’endroit. Mais avant-hier, je l’ai eue. Après dîner, je lui ai demandé son cahier. Il y avait un mot à signer et, sur la page précédente, qu’elle s’était bien gardée de montrer à son père, il y avait un petit exercice à faire. Je lui ai demandé de s’y mettre séance tenante. Bon, cela prenait cinq minutes. cela ne l’emmenais pas au lit trop tard. Il ne faut pas tomber dans l’excès.

Hier, elle a trouvé un nouveau truc. Elle est venue  me voir tout de suite après la sortie du bain pour me l’expliquer : elle avait bien emmené son cahier, mais la feuille du devoir, elle ne l’avait pas collé dedans et, donc, elle l’avait oubliée dans son casier. Faute avouée à moitié pardonnée, je ne l’ai pas grondée, je lui ai juste dit que ce n’était pas terrible. Je lui ai demandé de faire un effort. Il fallait qu’elle apprenne à faire des efforts pendant que c’était facile pour elle. Parce que sinon, quand ce sera difficile, elle ne saura pas en faire, des efforts. Elle m’a regardée avec une grande lassitude dans le regard.

Après le déjeuner, elle m’a avoué qu’elle ne voulait pas aller à l’école. J’ai failli passer outre, lui faire juste un câlin et l’envoyer au lit. Et je me suis souvenue à temps qu’il y avait peut-être un message à décoder. Eh oui, les enfants de cet âge, ça parle rarement en clair. Il faut un décodeur. Je lui ai donc demandé pourquoi. J’ai eu de la chance, la raison est tombée tout de suite : son tube de colle était vide et elle ne pouvait plus rien coller dans son cahier. Nous avons remédié au problème. Vu ce qu’ils utilisent comme bâton de colle au CP, j’en ai acheté un stock à la rentrée. D’une certaine manière, cela m’a rassurée. J’ai compris que le devoir non collé n’était pas volontaire.

Il faut dire qu’on a un deal Garance et moi pour l’école. Lou a eu les oreilles percées en cadeau parce qu’elle avait fait un très très bon premier trimestre au CP. Garance rêvant de boucle d’oreilles, je lui ai toujours expliqué qu’il en serait comme pour sa grande sœur : d’accord si elle faisait un premier trimestre impeccable. Et puis un des derniers jours où nous étions en Guadeloupe, nous avons été à Milenis, un des plus grands centres commerciaux de l’île, situé pas très loin de chez nous. Nous voulions faire le plein de produits à ramener à Paris.

Eh oui, nous faisons nos courses là bas, c’est tellement moins cher. Nous achetons des punch, des liqueurs, des confitures, des moutardes, des friandises… bref quantité de produits. Et, surtout, nous achetons du sucre en poudre. Des kilos de sucre en poudre. A la maison, nous ne consommons que du sucre de canne. Il faut bien soutenir la filière. Mais le sucre que l’on trouve en France n’a rien à voir avec celui de Guadeloupe. Si vous ne me croyez pas, goûtez-le (si vous en trouvez), il est vraiment merveilleux. Son goût est extraordinaire. Bref, nous étions donc à Milenis. Nous sommes passés devant une bijouterie et je vois un écriteau : ici, on perce les oreilles.

Je dois vous avouer que pour Lou, à Paris, j’avais pas mal galéré pour trouver une bijouterie qui perce les oreilles. Les boutiques de piercing ne s’occupent pas des enfants. Et puis c’était assez cher. Dans les 15 euros. Alors qu’en Guadeloupe, toutes les bijouteries le font, pour des prix nettement plus doux. J’arrête mon mari et je lui glisse à l’oreille : « Et si on faisais percer les oreilles de Garance ici, ce serait fait. »

Il acquiesce immédiatement. Il est très pour les trucs de filles pour ses filles, cheveux longs, boucles d’oreilles, robes, etc. Je rentre donc dans la boutique pour me renseigner des tarifs et surtout si la vendeuse s’occupe aussi des petites filles. Pas de problème. Je ressors, Garance est assise dans le Caddy. Je l’attrape dans mes bras et entre avec elle dans la boutique. Je l’installe tout en discutant avec la vendeuse.

Garance ne sait pas du tout ce qui l’attend. Elle ouvre de grands yeux en se demandant ce qu’elle fait ici. La vendeuse sort les prothèses (c’est ainsi qu’on appelle les boucles qui servent à percer les oreilles et qu’on porte plusieurs semaine d’affilée) et me demande de choisir. Je lui réponds que je laisse ce soin à ma fille. La jeune femme se tourne alors vers Garance qui, là, comprend tout.

Elle reste sans voix, ses yeux s’embuent. Je vois qu’elle veut me dire quelque chose. Je me penche et je l’entends me chuchoter : « Je t’aime. »

Je crois que je m’en souviendrai toute ma vie.

PS : Eh voilà, j’y suis arrivée à vous la raconter ma déclaration d’amour…

Le titre est inspiré d’une chanson de Jomini. Et puis je suis en train d’écouter une inconnue pour moi, Malia. Pas mal… Ça s’appelle Echoes of Dreams

Le mercredi 22 septembre 2004, 13:08 par Ti bout despoir…
wow…

Le mercredi 22 septembre 2004, 17:47 par Anne
Que c’est doux… merci de nous faire partager ce tendre moment… 
Et bon courage pour le CP. C’est vrai, quoi, la peinture avé les doigts et la pâte à modeler, c’est quand même franchement plus drôle je trouve…

Le mercredi 22 septembre 2004, 19:32 par m.alicia
Eh bé… Chaque fois que tu racontes ce genre de moments avec tes filles, ça rate pas, ya mes yeux qui deviennent tout brillants.
C’est beau ce qu’elles te donnent, c’est beau ce qu’elles reçoivent, c’est beau, voilà. Merci de partager :)
Ah et puis bon anniversaire en retard à Léone. :)

Le jeudi 23 septembre 2004, 09:08 par heidi
Très jolie tranche de vie magnifiquement racontée. Et l’expression de Garance sur la photo est vraiment géniale !

Le jeudi 23 septembre 2004, 13:33 par falo à racontarstjrs tres sympa à lire ici …….et finalemnt les histoires d’amour chez toi finissent.. tjrs bien!;)) 
ps : soory je te maile des que j’ai un temps de libre…je t’oublies pas!;) 
bonne journéee L.

Le vendredi 24 septembre 2004, 22:19 par Mélisande
C’est tout mignon quand une enfant dit a sa mère qu’elle l’aime….je crois que je devrais faire ca plus souvent….
Merci d’avoir raconté la plus belle histoire qui soit :)

Le samedi 25 septembre 2004, 23:43 par ta soeuretteje viens de lire le passage sur le perçage des oreilles de la très coquine et trèe adorable Garance. Jen ai eu les larmes aux yeux; Quelle chance on a nous, mère de famille de rendre des petits bouts si heureux et si reconnaissant a si peu de frais. enfin peu de frais pour le coup, car c’est sans compter les heures de labeur qui passent a la trappe parce que tout le monde trouve normal qu’on torche, qu’on serpillère, qu’on dispute, qu’on nourrisse, qu’on trime pour la gloire. Non je parle de ces petits moments comme tu viens de décrire, les yeux qui s’embuent pour éclore en un je t’aime absolu. Arghh! le pied total

Le mercredi 29 septembre 2004, 11:35 par Gluon
Une petite pause dans le temps qui passe :-)