Un jeune homme pressé.
J’allais chercher de quoi me sustenter dans une de mes saladerie préférée, du coté du boulevard Pereire, quand j’ai vu un grand type me dépasser, l’air hyper pressé et totalement stressé, se précipiter vers une agence bancaire qui fait l’angle, en travaux depuis des mois, s’arrêter devant le distributeur et sortir sa carte bleue.
C’est dommage, je n’avais pas mon appareil photo. Car il fallait voir ce grand escogriffe tout perdu parce que le distributeur ne prenait pas sa carte. Il lui a bien fallu une minute (et une minute, c’est très long quand on est très pressé) pour se rendre compte qu’il y avait des travaux (ils ont tout cassé, et ils sont en train de finir de tout réparer, mais c’est quand même visible comme le nez au milieu de la figure). Et encore, je ne suis même pas sûre qu’il ait compris car il a tenté de faire le tour de l’immeuble, cherchant l’entrée, a enfin trouvé la porte (ouverte) et s’y est engouffré, passant devant un ouvrier tout aussi estomaqué que moi. Il en est ressorti, dépité, cherchant des yeux un autre distributeur, puis est parti, toujours pressé.
Le gars du bâtiment et moi, nous sommes regardés, nous nous sommes souri avec un air gentiment navré, puis nous sommes partis chacun de notre coté.
Fariza.
Nous avons recueilli quelque 700 signatures que je dois envoyer avec la lettre idoine à la préfecture de police. Grâce à nos interventions, un vœu (pas pieux j’espère) a été présenté par les élus Verts (ce n’est pas un choix, ce sont les premiers à s’être manifestés) au conseil municipal du 18e et au conseil de Paris. Le vœux a été voté par la gauche dans son ensemble. Et j’ai le regret de dire que la droite s’est abstenue. Pas un n’a voté pour…
Quoi qu’il en soit, le représentant du préfet de Paris est intervenu pour dire qu’il serait particulièrement attentif au cas de Fariza et de sa famille. Nous avons donc bon espoir. Mais dans sa classe, nous avons deux enfants iraniens dans le même cas. Voir même pire. Car la préfecture, prévenue par le cas des familles tchétchènes se méfie. Elle avise oralement les familles qu’elles ne sont pas admises sur le territoire français et qu’elles doivent faire leur demande d’asile dans le premier pays où elles sont arrivées, mais rien par écrit… Pas simple.
On verra à la rentrée.
En tout cas, Fariza, elle est super mignonne. J’ai accompagné sa classe dans une sortie à Chantilly avant les vacances. Je ne publierai pas la photo que j’ai prise. Sa mère refuse. Elle a trop peur des représailles pour la famille restée là-bas. Mais Fariza est vraiment mignonne. Très grande pour son âge (à 11 ans, elle est pas loin du 1,70 mètre), elle a un sourire éclatant dès qu’elle est avec ses amis et son institutrice, que visiblement elle adore (ce que je comprend). J’espère de tout cœur qu’elle réussira son année en CM2 et qu’elle pourra rester en cursus normal.
C’est incroyable, mais souvent, quand j’en parle, j’ai les larmes aux yeux. L’autre jour, je déjeunais avec de vieux copains syndicalistes à qui j’avais transmis la pétition qui ne les avait guère intéressés. Alors leur ai raconté la vie de la gamine, de cette classe et du travail fait à l’école, les dessins de ces enfants quand avait été effectué le travail sur le Shoah. Devant les copains médusés, je me suis mise à pleurer. Du coup, ils se sont sentis gênés de ne pas être plus concernés et de n’avoir pas pris le temps d’apposer leur signature. Ce n’était pas pour cela que je l’avais fait. Mais bon, qu’ils aient mauvaise conscience, tant pis pour eux.
Les syndicalistes d’ailleurs.
Je me suis retrouvé représentant mon syndicat, le SNJ, dans une négociation nationale sur l’augmentation des salaires face au SPMI, le syndicat patronal de notre branche, la presse magazine. Instructif.
Les patrons, plus vrais que nature. Les syndicalistes de même. J’en suis ressortie avec une vague nausée. En même temps, à quoi s’attendre de plus. D’un côté les représentants des patrons, qui ne sont que des DRH, donc pas vraiment des patrons. Quoi que, le DRH du groupe Hachette, c’est un patron à son niveau. Mais ce n’est pas Lagardère… Car si tu ne viens pas à Lagardère… Pardon, je m’égare. Ce que je me demande c’est qui est syndiqué dans le tas ? L’entreprise ? Le DRH es qualité, le DRH soi-même (comme n’importe quel salarié) ? Imagine-t-on un DRH membre d’un syndicat es qualité et d’un autre en son nom propre ?
De l’autre, les syndicalistes : CGT, CGT du livre, FO, CFDT, et nous, les petits poucets du SNJ…
Je n’avais jamais rencontré jusque là le patron de la CGT des journalistes (j’espère que vous suivez, car en fait, les patrons sont des syndicalistes et les syndicalistes peuvent être aussi des patrons…). Il a un physique étonnant. On le croirait tout droit sorti d’une carte postale des années cinquante. C’est bien simple, il ressemble à l’un de mes grands-pères : les cheveux blanc gominés et coiffé en arrière, le petit polo beige avec la fermeture éclair au col, la veste de confection bleu. Il devait sans doute porter un Damart en dessous. , les lunettes sécurité sociale. Un peu Pierre Bellemarre pour vous donner une idée, mais sans les cheveux teints… Cela dit, ne jamais tenir compte du physique dans ce genre d’endroit. Cela fausse considérablement le jugement sur les personnes.
La nana de la CFDT était inexistante. Le mec de FO avait tout du VRP de province… En face, l’armada en costard cravate ou tailleur pour les dames (une). Conformistes. Avec des petits sourires entendus quand leur chef faisait une saillie particulièrement bonne à leurs yeux, avec des haussements d’épaule, avec aussi ce petit ton condescendant quand il s’agit d’expliquer quelque chose (que nous connaissons par cœur, qu’il n’est donc pas besoin de nous expliquer, mais cela montre leur supériorité). Bref, un aréopage de chiens qui s’empressent de pisser partout pour marquer leur territoire.
Je mesure l’intelligence de mon adversaire à sa capacité de respecter l’autre. A ce compte là, il y avait très peu d’intelligence autour de cette table. Et je dois être moi-même assez débile. Je m’en remettrai
Ces messieurs du patronat nous ont royalement proposé (il s’agit d’une négociation salariale, destinée à compenser la perte du pouvoir d’achat) 1,6 %, en deux fois, quand on sait que le coût de la vie a été d’environ 8 % ces dernières années. Ces messieurs sont trop bons. Et cette augmentation ne serait même pas répercutée sur les salaires réels, mais sur les salaires de base de la profession. Nous avons, nous, gens de presse, une grille des salaires par métier. Mais celle-ci est très ancienne et n’a jamais été remise à jour. Il existe donc souvent une différence substantielle entre le salaire réel et le salaire de la profession. Les augmentations ne portant que sur les salaires de base, si vous gagnez 2 500 euros, mais que votre coefficient vous donne un salaire de 1 500 euros, vous ne toucherez que 1,6 % d’augmentation de 1 500 euros. Je peux vous le dire, ça ne pisse pas loin. Dans mon cas, même pas 6 euros.
Cela n’a pas empêché FO de signer. Je n’ai pas bien compris pourquoi.
Chez nous, je veux dire dans mon entreprise, c’est encore plus folklorique. La direction a proposé 0,8 % d’augmentation, réservant 0,8 % supplémentaires aux seuls méritants. Une mesure temporaire : si ceux qui ne touchaient pas cette hausse mettaient un coup de collier, il pouvaient en bénéficier dès le mois suivant. J’ai refusé de signer un tel accord. D’abord, en tant que déléguée syndicale, je n’ai pas rien à connaître de la qualité de travail de mes collègues. Je me dois de les défendre tous, même ceux que je n’aime pas (même mon patron s’il me le demandait, il n’est que salarié). La DRH, perfide, m’a demandé si je trouvais normal d’être payé la même chose que quelqu’un qui ne foutait rien. Qu’est-ce que vous voulez que je réponde à ce genre de connerie. Chère madame, nous n’avons pas les mêmes valeurs ?
Ensuite, je trouve quand même qu’ils ont un fier culot. Nous avons un management qui est incapable de dire quand il n’est pas satisfait du travail de quelqu’un. Tout n’est que bruits de couloir et de chiotte, ragnagna et compagnie. Quand on estime que quelqu’un ne fait pas son boulot, le B.A-BA, c’est quand même de le lui dire. Sinon, je vois mal comment il pourrait le savoir. Mais enfin, me dit le patron, vous le savez bien quand même quand vous travaillez bien ou pas. Ben, cher monsieur, quand on travaille sur une matière telle que l’écrit, non, désolée, ce n’est pas des plus évidents.
Donc, quand personne ne veut prendre ses responsabilités, je trouve incroyable qu’on prenne le biais d’une négociation salariale sur le coût de la vie pour prendre des sanctions.
Résultats, cinq personnes n’ont pas eu droit à leur 0,8 % d’augmentation supplémentaire. Ces 5 personnes n’en ont pas été averties au préalable, elles n’ont pas eu d’explications et ne savent donc toujours pas ce qu’on leur reproche. Et vu le montant que cela représente, l’une d’entre elles ne s’en est même pas rendue compte ! J’aimerais bien savoir qui va se remuer le c… pour 20 francs de plus par mois ! Enfin, si je vois une révolution notable dans le comportement de mes petits camarades, je vous préviendrai…