L’arrivée de la PAO a profondément modifié les métiers du journalisme notamment dans les deux rédactions où j’ai travaillé dans les années quatre-vingt-dix : VSD et Femme Pratique. Deux magazines au fonctionnement traditionnel.

VSD a été le tout premier journal pour lequel j’ai travaillé en tant que secrétaire de rédaction. A noël 1988, j’y remplaçais des SR en vacances. Plus tard, j’y ai fait régulièrement des remplacements. J’y ai fait également des piges SR et rédactionnelles pour des publications, le plus souvent professionnelles, éditées par la holding (le journal de Philip Morris, le journal des communes de France, etc.)

VSD (pour Vendredi Samedi Dimanche) a été créé en 1977 par Maurice Siegel. Ce journaliste avait été directeur de l’information d’Europe 1 pendant vingt ans. Limogé à la demande du gouvernement en 1974, il lançait quatre ans plus tard ce nouveau magazine qui rencontrera très vite son public.

VSD est alors un hebdomadaire « généraliste mais avec une forte orientation sur l’actualité non conventionnelle ou insolite, les loisirs et l’évasion », comme le définissait son créateur. Il tenait à la fois du picture magazine (qui fait la part belle au photojournalisme) un peu à la manière de Paris Match et du soft news qui mélange actualité et sujets clairement destinés aux loisirs (des pages shopping, des sujets culture et sports et des photos de jeunes femmes légèrement vêtues). Il couvrait également des événements sportifs surtout maritimes et mécaniques, notamment le rallye Paris-Dakar, la Transat Jacques-Vabre et le Vendée Globe.

En 1985, après la mort de son père, François Siegel, fils de Maurice, prend les rênes du magazine. Son frère, Jean-Dominique Siegel, s’occupe, lui, des autres publications du groupe et de la régie de publicité. Un rédacteur en chef et des rédacteurs en chef adjoints, responsables des principaux services, complètent la direction du magazine.

Le secrétariat de rédaction était constitué de cinq SR, d’un premier SR, d’une secrétaire générale de la rédaction. Il y avait également une importante équipe de correcteurs. Les maquettistes étaient à peu près au même nombre que les SR. La rédaction était pléthorique, mais il n’était pas toujours facile de savoir qui était salarié en CDI, en CDD, qui était stagiaire ou pigiste, certains passant d’un statut à l’autre.

Les salaires n’étaient pas très élevés, les statuts étaient précaires, mais on aimait le journalisme que l’on y faisait. Chacun était considéré, encouragé et participait à la vie du journal.

Je suis entrée à Femme Pratique, un mensuel féminin à l’automne 1989, en qualité de secrétaire de rédaction unique. Le magazine appartenait à une toute petite entreprise, Femme Pratique SARL, au capital de 50 000 francs. Elle était gérée par José Fereira, directeur de la publication et par Georges Bensoussan, directeur général délégué.

Le magazine créé en 1958 avait connu son heure de gloire dans les années soixante et soixante-dix. Il se voulait le magazine de la femme moderne. Propriété du grand groupe de presse magazine, les Editions mondiales, il a été vendu en 1987, car en perte de vitesse. L’heure de gloire était passée et Femme Pratique était entré en rude concurrence avec une nouvelle presse féminine pratique, celle du groupe Prisma Presse (Prima).

Le magazine a été racheté par Femme Pratique SARL qui a engagé une nouvelle rédaction en chef pour tenter de le relancer. La greffe entre les quelques journalistes qui étaient restés et la rédaction en chef n’a pas vraiment pris et quand je suis entrée dans ce journal, le conflit régnait dans une rédaction pourtant toute petite.

Celle-ci comprenait : une rédactrice en chef, une secrétaire générale de la rédaction à temps partiel, un directeur artistique à temps partiel, issu de la publicité, qui faisait ses premières armes dans la presse, une secrétaire de rédaction unique (moi-même), une première maquettiste et un maquettiste à temps partiel. Et cinq chefs de rubrique qui travaillaient avec de nombreux pigistes. Faisaient également partie de l’équipe une iconographe, responsable de toutes les recherches photo, et une assistante de rédaction. Soit une douzaine de personnes en CDI.

Petit magazine, petite équipe, petits moyens…

Avec Femme Pratique, je bénéficiais de mon premier CDI, six mois après mon entrée dans la profession. J’exerçais la fonction de secrétaire de rédaction unique, poste qui a le même indice que premier secrétaire de rédaction. J’ai également rédigé un certain nombre d’articles. Je faisais le travail classique de secrétaire de rédaction, faisait le lien avec tous les fournisseurs pour la fabrication (photocomposition, imprimerie) et le service qui gérait la publicité.

Femme Pratique SARL n’a pas réussi à relancer le titre malgré une nouvelle formule assez moderne. Mais les moyens manquaient, notamment en matière de communication pour lutter contre le poids lourd, Prima, magazine de Prisma Presse. La société a été vendue à un autre petit groupe, Tripier SA (dont le P-DG était malheureusement connu pour ses malversations), plus intéressé par le numéro de commission paritaire que par la publication d’un magazine à bout de souffle.

En effet, à l’époque, le numéro de commission paritaire permettait de lancer des services télématiques (Minitels roses notamment) très rentables. La totalité de la rédaction a demandé à bénéficier de la clause de cession. Après un certain nombre de numéro parus avec des articles rachetés à la presse magazine populaire étrangère (notamment italienne), le journal a cessé de paraître.