en France, c’est connu. Alors, maintenant, nous allons en adopter des morts… Chaque gamin de 10 ans devra porter la mémoire d’un autre, disparu dans un camp de concentration. Bien sûr, c’est important que collectivement, nous portons cette mémoire, que nous enseignons à nos enfants que des drames, des tragédies, des atrocités se sont produites.

Mais outre que personne n’a attendu les trouvailles de M. Sarkozy pour porter la mémoire de nos morts, quelle que soit leur religion, je m’oppose formellement à ce que mes filles, à 10 ans, côtoient de façon aussi intime un de leur semblable décédé dans d’atroces conditions.

Je suis révoltée, en tant que mère, en tant que citoyenne par cette idée.

Dans l’école de mes enfants, quand l’expérience d’une commémoration a été menée, quand la plaque portant le nom et l’âge des enfants victimes de la Shoah de cette même école a été apposée, quand des rescapés sont venus témoigner, nous avons pris toutes les précaution pour que les élèves soient dans l’apprentissage, dans la connaissance, pas dans l’émotion inutile. Qu’apprend-on avec de l’émotion ? Les foules nazies n’étaient-elles pas elle-même guidée par l’émotion.

Que veut-on faire de nos enfants. Des adultes submergés par les pulsions ou des citoyens responsables ?

J’ai porté, moi, la mémoire d’une petite fille de 9 ans (l’âge de ma fille aînée à l’époque), disparue dans un camp de la mort. J’ai prononcé son nom en public. Et la douleur a été violente. Mais j’avais plus de 40 ans. J’étais consciente de ce que je faisais et personne ne me l’imposait. Ce témoignage, il était important pour moi de le porter. C’était un choix librement consenti.

Mais je ne souhaite pas à mes enfants de vivre pareille expérience à 10 ans.

Cela dit, Iznogood a encore réussi son coup, faire parler de tout autre chose que de ses fiascos. C’est sûr que dans la conjoncture économique qui est la nôtre, la mémoire des enfants morts il y a tant d’année était un problème extrêmement urgent à régler.

Ce soir, j’en vomis

Le samedi 16 février 2008, 00:35 par Fauvette

Moi aussi. J’en vomis. Vraiment.

2. Le samedi 16 février 2008, 07:41 par mab

Vomissons en choeur.

3. Le samedi 16 février 2008, 10:54 par Valérie de Haute Savoie

Fumigènes dit @si et je crois bien que c’est de cela qu’il s’agit et vois-tu cela m’est encore plus insupportable que l’on utilise cette émotion pour cacher les ignominies telles que la « reconduite » à la frontière d’autres enfants bien vivants pour l’instant.

4. Le samedi 16 février 2008, 16:43 par Oxygène

Et moi, si j’étais instit, je refuserai formellement d’exécuter cette volonté personnelle du présiprince. Je serai d’ailleurs plus que vigilante sur toute les recommandations qui me seront faites par cet individu qui ordonne, décide, impose, sans jamais consulter les instances démocratiques;

5. Le dimanche 17 février 2008, 10:45 par PMB

« cet individu qui ordonne, décide, impose, sans jamais consulter les instances démocratiques »

Oh Oxygène, que c’est mal ce procès d’intention ;-)

Vous n’avez pas dû écouter Mignon la conseillère du présiprince, qui dit que finalement ce ne sera pas un enfant seul qui portera le poids d’un petit mort, mais toute une classe. Et toc, Xygène ! Vous avez l’air maligne avec Akynou et tous ceux qui font rien qu’à penser que notre prince-président ne tient pas compte de ce que lui dit son peuple en gémissant mille sanglots !

…Bien joué Nico ! Tu balances un gros pavé, ça chouine, et hop, tu remplaces magnanimement le gros pavé par un petit, et chiche que même Simone, même Boris, vont se calmer ! (Bon, là, chui pô sûr…)

Ben non, ça ne marchera pas. Il reste un max d’inacceptable : la dictature de l’émotionnel, la sélection opportuniste de quoi commémorer, la nième cueillette d’une pomme de discorde, le nième gadget bon pour diviser pour régner.

Vois-tu, Nico, je suis allé à la maison d’enfants d’Izieu. J’en suis revenu avec trois souvenirs forts :
– Il faisait un temps beau, et la plupart des photos d’enfant les montraient offerts souriant au soleil. Imaginer que des camions gris étaient montés par de petites routes vers cet eden caché pour les conduire vers la noire géhenne…
– Ces enfants, avant même d’être des enfants juifs, étaient des enfants. Ils n’avaient rien mais rien de ce caricatures hideuses auxquelles, dans mon enfance, j’avais été exposé. Nous avions un jeune ouvrier agricole, simplet, qui venait d’un orphelinat. C’est là qu’il avait appris le mot « youpin », dont il ignorait le sens, qu’il en avait affublé mon jeune frère, que nous reprenions innocemment…
– A côté de la maison se trouve un musée, qui a l’intelligence et l’honnêteté de mettre cette saloperie en perspective avec toutes les atteintes aux enfants de par le monde, dont celles perpétrées au nom de la France.

Cette mise en perspective, elle n’était pas dans l’esprit de Prédator de Nagy-Bocsa quand il est venu faire sa retape au CRIF. On n’a pas eu besoin de lui pour connaître l’unicité de la Shoah. La majorité des enseignants fait déjà bien ce travail de mémoire, et n’a pas besoin des leçons de morale et de politesse d’un type qui en a si peu.

6. Le dimanche 17 février 2008, 14:39 par Clopine Trouillefou

Akynou, je te remercie, car tu as tout dit, là. Il faudrait envoyer ton texte au « courrier des lecteurs » de télérama (un exemple entre autres, hein, je pense à lui parce qu’ils m’ont parfois publiée) et je suis de tout coeur avec toi.

Ce type-là promet tout et n’importe quoi, en fonction du public devant lequel il est placé. S’il parlait à un congrès de néo-fascites, il leur promettrait le retour de la croix gammée, va savoir…. Devant les curetons, hop ! il parle de valeurs sacrées de l’église. Devant les marins pêcheurs, il baisse le prix du fuel. Devant les télespectateurs, il abolit la pub sur les chaînes publiques. Devant ses électeurs FN, il reconduit les étrangers à la frontière, et à coup de pied dans le cul. Devant les flics, il assure que les jeunes traqués étaient des délinquants…. Devant le conseil national juif, il en appelle aux enfants morts. Bref : ce type là, avec sa rolleix, ses amis plein de pognon, ses yachts, ses costards et son top-model (car elle aussi fait partie du tableau de chasse, qui c’est qui qu’a la plus grosse qui c’est qui qu’a la plus belle), n’est plus simplement bling bling. IL est obscène, tout simplement.

Clopine