Dimanche matin, marché. Des gamins rieurs avec des fleurs plein les bras, des hommes concentrés sur la liste de courses, des femmes entourées…

Et puis ces petites vieilles que l’on enfourne dans les voitures pour les emmener, une fois l’an, déjeuner, avec enfants et petits-enfants et qu’on déposera ce soir, devant leur porte, après les avoir embrassé sur le front. « Bonne nuit maman, bonne solitude. »

La fête des mères, une fois l’an.

Et moi, je suis mère 365 jours par an. Et ça me suffit.

Le matin, je me lève. Je réveille les petites et dix minutes après, les engueulades commencent. Je vais au marché avec la grande qui pendant une partie du chemin me fait remarquer combien elle se sacrifie pour m’accompagner, parce que le marché, franchement, ça ne l’amuse pas. Mais moi non plus, ça ne m’amuse pas. Comme ça ne m’amuse pas de faire le ménage, la lessive, le repassage, le ménage, les devoirs, le ménage, la lessive, pas le repassage parce que je n’ai pas le temps, le ménage, ramasser les crottes du chien, faire le ménage, les devoirs…

Nous rentrons. Léone change enfin la litière de sa rate. Ça fait juste une semaine que je lui demande de la faire qu’elle me ment mais oui maman je l’ai fais pendant que tu emmenais Garance à la danse tu m’as menti Léone mais non maman je te jure, je l’ai fait… un peu. Garance traine sur le canapé joue avec le chien sa chambre est une pitié tellement il y a des trucs dans tous les sens. La moutarde me monte au nez en ce moment, j’alterne une ligne de pollen et une ligne de moutarde, j’en ai plein les narines.

Je vais dans ma chambre, je regarde par la fenêtre allez, encore une vieille que l’on sort de sa naphtaline je suis fatiguée. La Grande prépare le petit grand déjeuner. Une petite vient me chercher, je n’ai pas envie d’y aller, les affronter à nouveau, les cris, les remarques, les mots qui volent, tous les noms. Je traîne. L’autre vient à son tour me souhaite une bonne fête je finis par me décider. J’esquisse un sourire pour l’une qui me fait une farce, l’autre une caresse.

Ça ne dure pas la grande pique une colère parce que je ne l’ai pas remercié pour le petit déj préparé je souris, elle part et claque la porte de sa chambre. Je mange mes œufs. Echange sur le pain avec la moyenne qui m’envoie balader. Je la regarde et là, juste, la colère, le désenchantement, la fatigue… Je me lève les avertis que je reviendrai manger quand elles, elles seront parties retourne dans ma chambre sors à nouveau leur dire quelques phrases sur mon amertume, m’enferme à nouveau, me branche sur la radio dont je mets le son à fond pour ne pas les entendre s’accuser mutuellement, crier, s’engueuler, faire voler les mots tous les mots.

Je ne supporte plus les mots. Amertume désillusion fatigue je n’existe plus qu’à travers elles qui pense à moi pourquoi les gens de ma famille me traitent-ils si mal j’ai l’impression de disparaître donner donner donner et ne jamais recevoir donner donner pour qu’on me regarde qu’on m’aime et jamais rien rien rien rien rien rien…

Qu’ils aillent se faire foutre avec la fête des mères.