Journée repos. Garance a fait des cauchemars cette nuit : « Non, je ne veux pas marcher, non, pas la montagne. » Pauvre ti pite. J’ai vite compris qu’il fallait que je lâche du lest. De toute façon, c’était prévu. Une randonnée et c’est tout.
Nous nous sommes levés tard (9h30, avec les filles, c’est hypra tard). Nous avons glandé toute la matinée. J’ai fait une lessive. Nous avons plus ou moins rangé le gîte. Cool, quoi. Léone disparaissant régulièrement derrière le gîte et me parlant vaguement d’une copine, j’ai fini par y aller voir. Armée d’un grand bâton, elle était occupée à faucher les herbes folles. D’ailleurs, un pavot que je venais juste de photographier n’y a pas résisté.
En fait de copine, il y avait là une femme d’un certain âge (entendre d’un âge un peu plus grand que le mien), occupée à récurer l’arrière de la maison. Elle était propriétaire d’un appartement et le préparait pour l’été.
« Tous les printemps, je viens ici. Et je récure tout à fond. Pour que mes locataires soient contents. Parce que, vous savez, ici, les gens, ils laissent faire. Ils louent les choses, mais ne s’en occupent pas. Ils s’en foutent. » A sa façon de me parler des gens d’ici, j’ai vite compris qu’elle ne l’était pas, elle, d’ici. « Je viens de la région parisienne. J’ai deux gîtes que je loue tous les ans, mais uniquement en été. Sinon, c’est trop de travail. Mais je m’en occupe beaucoup. Ici, l’hiver, c’est très humide. Alors au printemps, il faut tout nettoyer. Et changer les alèzes, les nappes. Les gens, ici, ils ne font pas cela. Ils louent tel quel. Et moi je les entends les locataires après, qui ne sont pas contents et qui râlent. Chez moi, ils sont gâtés, ils reviennent d’une année sur l’autre. »
Moi, mon gîte, j’en suis très contente. Tout est absolument nickel chrome. Les alèzes impeccables. Les draps fraîchement sortis de la blanchisserie, le ménage fait à fond, pas un mouton, pas une miette. Pourtant, rien qu’à voir la poussière qui s’accumule depuis notre arrivée, tout doit se salir très vite.
– Et puis vous voyez, poursuit la dame d’un certain âge, pour le jardin, c’est pareil. Ils laissent tout aller. Les herbes, j’ai demandé au jardinier de les couper. Il a fait la bordure, mais rien d’autre. Le reste, c’est toujours moi qui le fait. A cause de ça, là, juste derrière, il y a souvent des sangliers qui abîment tout. Et pourtant, je paie des charges. Et puis il y a toujours des grèves. Un coup, c’est l’eau, un coup la poste, un coup… Enfin, faut bien faire avec.
Jeux de société, ça rigole, ou ça s’engueule ? Je ne veux pas le savoir…
Elle commence un peu à me lasser avec ses récriminations, je cherche le moment opportun pour lui fausser compagnie de façon polie. Ce que je peux constater sur la résidence, c’est que tout est bien entretenu, comme dans mon gîte par exemple. Mais elle poursuit, inlassable. On a l’impression qu’elle n’a pas parlé à quelqu’un depuis nanni nanan.
– Et puis ici, il y a les Arabes, ils viennent voler dans les gîtes. Vous ne pouvez pas imaginer. Ils nous surveillent. Et dès qu’on s’éloigne sans fermer les portes, ils viennent et ils volent. Une fois, j’en ai même surpris un en train de me voler ma table de jardin. Quand je l’ai pris sur le fait, il m’a dit : « Ta table, elle vaut rien. » vous vous rendez compte ?
Je serre les dents, j’ai vraiment envie de déguerpir. Je revois notre propriétaire rentrant dans le gîte non fermé à clé, laissé ouvert sans apparemment de crainte, le barbecue du gîte voisin laissé dans sa cour alors qu’il n’y a personne… Soit elle exagère, soit il n’y a qu’elle qui a été victime de ce dangereux gang « d’Arabes » Je n’en peux plus de ce discours qui vire nauséabond. Mais le pire est à venir.
– N’empêche, maintenant, ils se tiennent à carreaux. Ils ont peur. Avec ce qui s’est passé. Ici, on n’aime pas les gens qui ne vont pas dans le bon sens. On leur a fait comprendre. Maintenant, ceux qui volaient ici, ils sont partis à Marseille.
La coupe est pleine. Léone, qui a senti mon exaspération, m’appelle auprès d’elle et je saisis la balle au bond pour m’éloigner sans même la saluer. Visiblement, ma fille ne tient pas plus à sa copine que moi. Pourtant la dame a bon cœur. Elle nous a indiqué les meilleures plages pour les enfants. Elle fera exprès le détour par l’office du tourisme pour nous ramener un prospectus sur une réserve de tortues, sachant que les petites aiment particulièrement ces animaux.
Après le déjeuner, nous partons pour la plage. Nous nous arrêtons d’abord pour acheter du matériel. Difficile, pour les filles, d’imaginer une partie de plage sans pelles ni seaux ni tout l’attirail du parfait enfant plagiste. Nous en profitons aussi pour choisir une bonne trentaine de cartes postales. Entre leurs copains, leur maîtresse, mes correspondants, on a à peine de quoi faire.
Nous reprenons la voiture et décidons de suivre les conseils de la voisine qui n’aime pas les Arabes… Nous passons Agosta, Ruppione, Isolella. Nous arrivons enfin à Verghia et nous découvrons une magnifique plage de sable très fin, très doux, encadré de deux pinèdes. La plage d’argent. L’eau est transparente et magnifique. Et surtout, les enfants ont pied tellement loin, qu’il n’y a aucun risque.
Les filles, une fois de plus, sont en maillots en moins de temps qu’il ne faut pour ne le dire. Moi, je me tâte. L’eau est vraiment glacée. Enfin, elle doit faire dans les 17/18 °C. Mais il fait chaud, il n’y a pas de vent. Je me laisse convaincre. Léone est super contente de se baigner avec moi. Je ne reste pas très longtemps, le sable m’attend ainsi que mon bouquin. Les filles, elles, continuent. C’est un tel bonheur. Je les prends en photo. Les couleurs et la lumière sont top.
Garance est la première à déclarer forfait. Mais c’est qu’elle veut inaugurer le matériel que nous venons d’acquérir. Et les voilà toutes les trois, au bord de l’eau, à construire des châteaux en Corse. Je ne suis pas assez méfiante avec Garance et j’oublie de lui remettre de la crème sur les bras et les jambes. Elle attrape ses premiers coups de soleil.
La stratégie de l’araignée
En fin d’après-midi, alors que tout le monde est déjà reparti, nous rentrons sur Porticcio. A Ruppione, nous nous arrêtons devant une boulangerie artisanale acheter notre pain. Depuis que nous sommes ici, je me régale. Le bon pain a la même cote qu’à Paris, mais pas le même prix. Heureusement. La boulangère vend également des confitures artisanales. Celle du gîte touchant à sa fin, j’hésite à en acheter une. Mais il n’y a pas le prix et je n’ose pas demander. Des fois, je suis timide et con. Je peste une fois arrivée à la voiture…
Nous rentrons à la maison, je lance une autre lessive. Finalement, la vie des vacances ressemble à celle à la maison. Mais contrairement à la Guadeloupe où je dois rendre des comptes dès que j’utilise le lave-linge, ici, je peux l’utiliser à ma guise et même deux fois par jour à moitié vide. Bon, n’exagérons rien. Je n’ai pas de revanche à prendre sur les petites misères que m’inflige ma belle-mère quand je suis chez elle.
A propos de belle-mère, je luis dédie ma première carte postale. La famille c’est sacrée. Ma mère aura la deuxième et mes frangines les suivantes. Nous nous appliquons. A l’intérieur de la maison, j’entends Léone demander à Garance de lui dessiner un cœur, elle a pris une carte pour Simon, un camarade de classe. C’est son « namoureux » m’a-t-elle avoué tout à l’heure dans la boutique…
Malheureusement, Garance ne dessine pas le cœur à l’endroit où le souhaitait ma petite lionne, qui, de rage, déchire la belle carte postale avec les chatons et la plage. Elle se prend une fessée, histoire de lui apprendre que les caprices ne sont pas appréciés à la maison. Depuis que nous sommes en vacances, elle est assez détestable avec ses sœurs, prenant plaisir à la faire gronder par leur père qu’elle sait manipuler. Lou ne la supporte plus. J’envoie tout ce petit monde au bain. Y’en a marre de les entendre se chamailler. Dans la baignoire, au moins, elles se calment.
Mon portable sonne.C’est Seashell qui me demande mes projets du lendemain. Pas grand-chose, dis-je, peut-être les calanques de Piana. Ça, je veux absolument y emmener la famille, c’est trop beau. J’ai même étudié le guide et ai découvert qu’on pouvait y faire une petite marche, une heure tout compris. Garance va encore me maudire. Je ferai passer la potion en disant que ce n’est pas dans la montagne et que ça ne durera pas aussi longtemps que la dernière fois.
Seashell me fait une proposition tellement malhonnête que je ne peux que l’accepter. Il s’agit de les rejoindre le lendemain midi à leur plage et de pique-niquer avec eux. « Ça te dis ? » me demande-t-elle. Ça me dit tellement que j’accepte immédiatement. Un bon moment dans un endroit superbe et des gens charmants, ça ne se refuse pas.
Le Nôm et moi nous préparons un apéro, pastis et charcuterie. Je mets au four le poulet qui fera notre repas du soir, je fais cuire le riz. Les filles se chamaillent pour changer, elles jouent dehors. Léone me demande mon appareil photo pour aller prendre le coucher de soleil qui est si beau. Elle a déjà le goût des belles choses.
Après dîner, nous passons un bon moment à jouer ensemble, à nous faire des guilis, des câlins. Puis extinction des feux et bisous, maintenant, on dort. Je m’installe dans la chambre pour écrire sur l’ordi. Et vous savez quoi ? il n’a pas fallu me bercer longtemps pour dormir.
A ceci près :
Léone a fait un cauchemar dans la nuit. Elle a fini par dormir avec nous. Puis ça a été au tour de Garance, qu’il a fallu que j’aille consoler (plus de place dans notre lit). Après, le Nôm et moi avons mis un temps fou à nous rendormir. Preuve que la fatigue commence à régresser… Quand je suis crevée, je ne fais jamais d’insomnie…