Aujourd’hui, je suis en grève et je n’envoie pas mes filles à l’école. Faut être logique. Mon organisation syndicale a lancé un mot d’ordre de grève et mon association de parents d’élève a demandé à ce que nous n’envoyions pas nos enfants à l’école. Je suis les mots d’ordre. J’aurais pu ne pas le faire. Je suis pas franchement suiviste en général. Mais la notion de travail gratuit me gêne aux entournures. Celle de solidarité forcée tout autant. Toutes proportions gardées, quand on a un mari descendant d’esclaves, c’est quelque chose auquel on réfléchit, on est sensible. Toutes proportions gardées, je le répète.

Et je trouve un peu fort de café que le gouvernement fasse payer son incurie de l’été 2003 à tous les clampins qui travaillent. Solidarité disent-ils. Après nous avoir accusé d’avoir laisser nos grands-parents mourir de soif quand on sait que le plus fort taux de mortalité a eu lieu dans les maisons de retraite, souvent mal équipées pour cette chaleur et en manque de personnel. Tout comme les hôpitaux d’ailleurs pour le dernier point.

Moi, je veux bien être solidaire. Mais pas comme ça.
Voilà. Je ne lance pas un débat. J’affirme ma position. Inutile d’épiloguer.

Repost du soir. J’ai essayé de récupérer ma paye perdue pour journée de grève (parce qu’ils trouveront toujours le moyen de ne pas me payer une journée que de tout façon ils ne m’auraient pas versée) en faisant tout mon repassage au lieu de le confier à une amie qui me rend service en le faisant et à qui je rends service en lui donnant des sous… Six heures de repassage ce week-end, à 9 euros…

Repasseuse, ça paie pas. Et qu’est-ce que c’est chiant !

Cela dit, le Nôm est allé travaillé et il sera payé, lui. C’est le cas de tous les vacataires de la ville de Paris. Merci M. le Maire, ça lui fera une journée de plus dans sa paie au Nôm, car les vacataires sont payés à la journée travaillée. Pas au mois.

Repost du lendemain. J’ai beaucoup aimé ceci. A lire, avec les commentaires… J’ai découvert ce billet grâce à Samantdit, excellente, comme toujours.

Le lundi 16 mai 2005, 11:16 par Leeloolene

Je suis solidaire à 2000% de ton propos… La solidarité n’a PAS à être imposée. C’est une décision personnelle et privée… qui n’a pas à être étalée au grand jour et obligatoire !
J’avais décidé aussi de faire « grève » aujourd’hui mais évidemment je suis face à mon clavier à travailler… no comment… quand on bosse week-end et jours fériés, on n’a pas trop le choix !

2. Le lundi 16 mai 2005, 14:22 par racontars

C’est pas la même chose, férié ou pas, tu aurais travaillé de toute façon. Mais travailler gratos, c’est quand même dur à avaler.
Et puis je dis juste ce que je fais. Je ne jette pas la pierre à ceux qui pensent autrement et encore moins à ceux qui ne peuvent faire autrement.

3. Le lundi 16 mai 2005, 16:47 par Moukmouk

Pour un Nord-Américain qui envie les nombreux congés des Français, cette grève nous fait autant rire, que rêver et pleurer. Ici un cadre qui ne fait pas 60 heures par semaine se verrait congédier rapidement pour manque d’enthousiasme. le libéralisme, c’est la liberté des actionaires…
Mais la cause est juste, vous montrez le chemin au monde, de grace continuez à ne pas vouloir aller dans le non-sens d’ici.

4. Le lundi 16 mai 2005, 16:53 par a n g e l

tiens voilà la version sérieuse de mon post du jour je n’en attendais pas moins de toi, en fait :)

bises (et ma fille aussi est à la maison)

5. Le lundi 16 mai 2005, 17:47 par Anitta

D’accord avec toi, et comme tu dis : inutile d’épiloguer. Bonne soirée !

6. Le lundi 16 mai 2005, 17:56 par Anne

Pareil mais la grève dans une startuppe, c’est moralement difficile à envisager.

Donc je suis allée bosser.

Mais bon, j’avais un torticolis (de Pentecôte somatique ??!!) la semaine dernière alors j’avais fait vendredi férié.

7. Le lundi 16 mai 2005, 18:00 par racontars

Moukmouk. C’est parce que certains français ont compris qu’on était beaucoup plus productif en ne bossant que 35 heures mais en étant heureux qu’en bossant 60 mais en étant stressés, malades. L’esclavage n’est pas le meilleur mode de productivité, il ne coute peut-être pas cher, mais il produit mal et de mauvaise chose parce que personne n’a à cœur de faire du bon boulot. Et seuls les planteurs qui l’ont compris ont en définitive réussi à s’en sortir.
D’ailleurs les Anglais qui ont les premiers fait leur révolution industrielle, ont été les premiers à abolir l’esclavage. et ce n’était pas par grandeur d’âme…
Il fallait bien des consommateur pour écouler leur production.
On est à un stade ou pour dépenser, il faut bien sûr avoir de l’argent mais aussi du temps. Et qu’est-ce que tu veux avoir le temps de magasiner quand tu bosse 60 heures par semaine.
:-)

8. Le lundi 16 mai 2005, 19:02 par Leeloolene

Oui l’argument « les français sont feignants » me fait toujours beaucoup rire… et me dépite devant la bêtise d’un tel propos ! Comme si l’on était dans une course à « celui qui travaille le plus longtemps, jour nuit jours fériés »…
Bravo pour ta réponse Racontards ;)

9. Le mardi 17 mai 2005, 00:21 par Aude dite Orium

Comme souvent, tu dis très bien ce que je pense. Je n’ai pas envoyé mes filles à l’école, leurs maîtresses étaient présentes, m’ai m’ont dit qu’elles ne feraient pas classe. Alors elles ont passé la journée avec leur Tata. Par contre, moi, j’ai bossé. Mais ce n’était ni par obligation, ni par solidarité. Juste parce que le spectacle est dans un mois et qu’il ne faut pas perdre une minute.
Bisous…

10. Le mardi 17 mai 2005, 01:11 par racontars

Faire un grève un jour de bouclage, alors qu’on est totalement à la bourre, je vous dis pas comment moralement, cela ne fut pas évident. Il n’est pas sur qu’à 1h du matin, le travail soit fini et c’est sur que je ne les ai pas aidés. Mais en tant que déléguée syndicale appelant à la grève, je ne pouvais pas non plus ne pas la faire.
Y a des dilemmes parfois qu’on tranche, un peu à la pile ou face.
ce qui n’enlève rien au fond. J’aurais pu tomber sur face et bosser.

11. Le mardi 17 mai 2005, 02:25 par luciole

bon, alors en tant qu’intermittente du spectacle et oh combien privilégiée :) je sais ce que c’est que bosser gratos, mais comme je suis une privilégiée, je me la boucle. Et oui, je fais ce que j’aime et en plus j’aimerai être payée à chaque fois, non mais vraiment il y en a qui en demande trop! parce que dites vous le bien, le plaisir qu’on prend en travaillant, c’est un privilège tel, qu’on devrait payer pour le faire!

vive notre avenir incertain!

12. Le mardi 17 mai 2005, 09:52 par lavomatic

Bien compliquée cette journée, moi aussi je suis contre le travail forcé … surtout quand il est en + inégalitaire.
Moi je suis au chômage, je n’ai donc rien fait pour cette journée de solidarité. Mon mec travaille, donc il est allé bossé.
En France on a un truc qui s’appelle les impôts qui permet d’être solidaire avec tous. Plutôt que de baisser les impôts, peut être devrions nous ne pas les baisser et donner le « trop » à nos maisons de retraite ? Parce que à ce rythme la, dans 20 ans, il y aura encore plus de vieux et pas assez de sous, alors on fera comment ? Une journée de plus à bosser pour « rien »? Puis deux, puis trois …

13. Le mercredi 18 mai 2005, 00:21 par samantdi

Merci pour le lien ! Je trouve le commentaire de Lavomatic très intéressant, parce que moi aussi, je me fais la même réflexion. Etant célib sans enfant et gagnant correctement ma vie, je paie des impôts sur le revenu. C’est par ce biais que la solidarité devrait s’exercer et je préférerai en effet que le gouvernement arrête de faire des promesses mirifiques concernant nos baisses d’impôts sur le revenu et se serve de cet argent à bon escient.
Il me semble qu’on devrait se donner des priorités et faire porter les efforts en ce sens, des efforts sur le long terme et non pas ponctuellement.
Et puis j’en ai marre de ces discours moralisateurs, petits-bourgeois mesquins, rances de « ces gens-là » : les Français ne veulent pas travailler, ils sont fainéants, vous ne vous occupez pas de vos parents, c’est mal… La coupe est pleine, là !

(bon, je suis bien énervée, moi, ce soir!)

Grosses bises à toute la famille !

14. Le mercredi 18 mai 2005, 06:20 par Kozlika

Complètement d’accord, si la solidarité doit s’exercer – encore qu’on pourrait discuter de la répartition qui est faite de l’argent public… – les impôts sont faits pour ça. Supprimer un jour férié n’a d’autre but que… supprimer un jour férié. Solidarité, mon c..

15. Le mercredi 18 mai 2005, 08:22 par Kozlika

Je précise la première partie de mon commentaire ci-dessus :  » encore qu’on pourrait discuter de la répartition qui est faite de l’argent public » = avant de nous demander de mettre la main à la poche on pourrait redéfinir les priorités des dépenses de l’Etat…

16. Le mercredi 18 mai 2005, 08:23 par racontars

Sur le principe, je suis d’accord avec les impôts, c’est le moyen le plus simple de faire agir la solidarité intergénération. Et c’est la façon la plus juste, chacun selon ses moyens.
La baisse des impôts, tout le monde sait à qui elle profite le plus.
Cependant, je suis dans la même situation que le chômeur qui ne peut être solidaire puisqu’il ne travaille pas. Je ne paie pas d’impôts. Oh pas grâce à la baisse. Mais parce que nous sommes à 5 à vivre sur mon seul salaire…