Un premier mai qui tombe un dimanche, vous trouvez ça moral vous ? Aussi, en guise de protestation, j’ai décidé de boycotter le muguet cette année et d’aller manifester mon courroux à la plage, non mais !
Je n’étais d’ailleurs pas la seule. Nous devions être une bonne trentaine (quinze d’après la police) à défiler de notre voiture jusqu’à la superbe plage où Seashell a ses habitudes. Bon, c’est vrai, la marche n’a pas duré longtemps. Mais c’est que nous portions des glacières, des parasols, des sacs contenant le matériel de terrassement des enfants. Je vous défie de faire République-Nation avec pareil barda. Nous avons alors opté pour le sit-in et l’occupation des lieux.
Hier, des manifestants ont mis le feu à une moto. Nous, nous avons mis le feu au petit-bois préalablement ramassé par les bons soins de certains camarades, surtout deux, que je ne dénoncerai pas de peur des représailles. Ensuite, nous avons mis toute la jeune classe en maillot de bains. Et nous les avons laissé aller défiler dans l’eau. C’est là un exercice difficile qui demande un certain nombre de protections, du style bouée, qu’en vieux de la vieille, nous n’avons pas manquées de leur fournir. Par esprit de pure bravade, j’ai affronté les forces d’interposition en plongeant à mon tour dans l’eau. J’en suis ressortie rouge écrevisse, non que l’eau fut bouillante, bien au contraire…
Nous avons également défié les autorités en fêtant nos anniversaires respectifs. Seashell est du 4 mai, je suis du 30 avril, ça s’imposait. Nous avons donc procédé à l’échange des cadeaux. Seashell et Laurence m’ont offert un vinaigrier, très beau. J’ai offert à Seashell un pendentif de chez Croquez-moi création et un CD de Jeanne Cherhal, une Bretonne pour une Corse, je trouvais que ça allait bien ensemble. Nous n’avons pas sabré le champagne parce que nous étions sur le sable et que nous craignions les confusions du genre « sablé de champagne », mais il y avait quand même quelques bons trucs à boire, notamment du rosé local.
Notre porteur de banderole
Les éléments (le soleil, la mer, le paysage) nous ayant éhontément provoqués, nous avons voulu montrer notre fermeté en engloutissant une montagne de nourriture. Certains individus, identifiés mais que nous ne dénoncerons pas à la vindicte des partisans, n’ont fait que grignoter. Les autres se sont bâfré en bons camarades révolutionnaires qu’ils étaient, donnant ainsi l’exemple aux jeunes classes qui les ont sérieusement imités.
La seule chose qui n’a pas été transmise à la bleusaille, c’est le rosé susnommé. Nous l’avons cependant descendu proprement, en soutien à la production viticole locale contre le capitalisme sauvage et ultra-libéral. Quelques bouteilles que ces cochons d’Européens n’auront pas.
Camarades s’entraînant pour la lutte des classes.
Comme la manifestation menaçait de durer, nous avons décidé de retourner nous baigner un certain nombre de fois. Les plus jeunes ont attaqué les travaux de terrassement, creusant le sable, vidant la mer à l’aide de leurs seaux qu’ils allaient reverser un peu plus loin. Une d’entre eux s’est montrée très impressionnante en sortant une collection de serpents et en les lançant dans les airs telle une Gorgone échevelée. Si les CRS étaient passés à ce moment-là, c’est sûr qu’ils auraient décampé, pris de frayeur.
Enfin, il faut savoir finir une manifestation dignement parce qu’on ne peut pas coucher là quand même. Nous avons donc replié les parasols banderoles, rangé nos cannettes et nos merguez, et nous nous sommes repliés dignement vers les voitures. Nous nous sommes dit au revoir, en nous promettant de remettre cela à la prochaine occasion, qui ne va pas être tout de suite parce que je crois que, quand même, nous avons impressionné. Et qu’un 1er mai, un dimanche, on n’est pas près d’en revoir un tout de suite.
Après une telle débauche d’énergie, nous sommes rentrés au gîte, j’ai préparé le dîner. Lou s’est écroulée dans son lit sans demander son reste. Garance a lu son livre à Léone en mimant toutes les actions, ce qui était vraiment très drôle. Puis, il a fallu tout de même les bercer un peu. Quant à moi, eh bien, je ne sais pas encore. On verra dans quelques minutes.
Le vendredi 20 mai 2005, 17:02 par Chonchon
C’est amusant en plein débat européen, et bien loin de la capitale j’ai mis du temps sur la formule « République-Nation » je me disais que l’ironie à l’égard des « états-Nation » était bien sentie… Comme quoi je calembourdise même si je ne le fait pas exprès…
En tout cas merci pour ton implication quand à la formation des jeunes classes militantes et pour le sourire que tu viens de m’offrir
2. Le vendredi 20 mai 2005, 17:14 par Laurence
Un récit totalement génial, on s’y croirait tellement c’est vrai 
3. Le samedi 21 mai 2005, 00:07 par Aude dite Orium
Et quels sont les slogans que vous avez scandés face aux éléments capitalistes ?
4. Le samedi 21 mai 2005, 10:12 par Seashell
Ajaccioooo, si tu savais
ta mer froideu, ta mer froideu
Ajaccioooo, si tu savais
Ta mer froide comme elle nous plait
Vieux souvenirs 
5. Le samedi 21 mai 2005, 13:03 par luciole
suis d’accord avec Aude,manque quelques slogan! devrait lancer un nouveau jeu! trouver slogan pour manif du 1er Mai à la sauce racontard.
par ex: Le rosé dans le gosier!
ou bien
A bas la mer froide!
A vous!!